‹ La concurrence étrangèreChapitre 19 sur 119 · RAPA. — LES GAMBIER. — L'ARCIIIPEL DES MARQUISES, ETC · texte numérisé non relu

RAPA. — LES GAMBIER. — L'ARCIIIPEL DES MARQUISES, ETC

. Je vais tâcher d achever aujourd'hui Vexamen rapide des' Etablissements français de l'Océanie dont je n'ai pas encore parlé, de manière à pouvoir examiner ensuite l'ensemble de leur organisation politique et économique, en une seule fois, si faire se peut.

Ceci dit, je continue ma petite revue.

Nous voici à Tile Râpa ou Râpa iti qui est le plus méridional de nos établissements d'Océanie.

Râpa ne mesure que 15 kilomètres du Nord au Sud et 11 de TEst à rOuest et 38 kilomètres de tour, cependant elle forme un district et depuis longtemps les Anglais auraient bien voulu nous le prendre. C est qu en effet, à tous les points de vue, elle possède pour nous une importance capitale qui, au point de vue économique surtout, en fait l'une des premières stations stratégiques du Pàcilique. Ces braves Anglais, on aurait pu facilement les accuser de rapacité!

Elle se trouve sur la route directe de Panama à Sydney, et le jour où l'Isthme américain sera percé. Râpa deviendra un centre de commerce d'échange et un port de relâche merveilleusement actif et vivant, comme était Saint-Thomas aux Antilles, autrefois, surtout, du temps de la navigation à voile.

Il suffira d'en faire un port franc pour assurer sa fortune et, par contre-coup, celle de tous nos établissements français de rOcéanie.

Râpa possède des côtes très découpées, avec des coraux qui y adhèrent et remplissent la plupart des baies, dont la plus importante et la seule accessible est celle (ÏAhttreï, au Nord- Est. •

L'ensemble de l'Ile figure un vaste cirque aux parois basaltiques qui entourent la superbe racle d'Ahureï, et dont les crêtes, découpées très pittoresquement, atteignent jusqu'à 700 mètres d'altitude, de' plus, elles sont surmontées do forts élevés autrefois par ime population de naturels très braves qui, k notre contact, hélas, en prenant nos vices européens, sont tombés de 0.000 à "200 ! Il n'y a pas là de quoi nous rendre si fiers de notre civilisation.

Grâce aux grandes brises de l'Ouest qui la balayent sans cesse, Râpa possède un climat très tempéré. Elle produit principalement des noix de bancoul ou bancoulier, des bananiere de Chine, des pommes de terre, des tares et du café. Sa lloî'e est très riche en espèces rares et plus particulièrement en orchidées merveilleuses, aux formes et aux couleurs incomparables.

Ses côtes sont très poissonneuses, mais les requins y sont nombreux, trop nombreux, et jusqu'à présent, nous n'avons pas pu encore nous mettre dans la tète qu'ils représentent une fortune, en employant leur jolie peau, solide et souple — oh ! combien ! — dans la maroquinerie de la Métropole.

Sans vouloir insister plus qu'il ne convient sur la très grande importance et le charme ex(iuis de Ilapa, nous arrivons à l'Archipel des Gamhier, entouré d'un cordon de récifs qui enclôt dix ilôts.

Les îlots de Mintgareva, Tarav(ù\ Akamani et Aukeua Hont seuls habités et comptent ensemble 580 habiti\nts de mœurs très douces, comme cela arrive dans presque toutes nos possessions du Pacifique. Ils sont répartis en quatre districts, avec Matif/areva pour chef-lieu.

Ces iles sont montagneuses, et les pics Mokolo et Manga, qui dominent Mangareva, ont plus de 400 mètres d'altitude.

On pénètre dans T Archipel par trois passes, dont la meilleure est celle de Rikitea. La superficie totale des îles ne dépasse pas3.0(X) hectares environ. Malheureusement, le sol est déboisé et couvert de broussidlUîS où pullulent librement les chèvres sauvages. Les cultures, très rudimentaires, sont à peine suifi-

santés pour nourrir les naturels, dont la seule industrie est la pêche des nacres.

Les Gambier qui avaient été placées sous le protectorat français en 1844, sont devenues colonies françaises depuis 1853, et le Journal Officiel du 25 février 1903, si j'ai bonne niémoire, contient des notes fort intéressantes sur les îles Gambier. Des renseignements tout à fait inédits sur la constitution et la climatologie de ces îles. Ils sont dus au naturaliste Seurat, dont les études scientifiques se poursuivent sur un champ d'expériences, si nouveau pour lui, qu'il est devenu passionné pour son œuvre et ne manquera pas de la mener à bien au grand profit des intérêts commerciaux de la colonie.

, Suivant Tordre géographique ordinaire, j'arrive à l'Archipel de Tiiamotu ou îles Basses; mais comme j'en ai parlé au moment de la catastrophe qui les a désolées, nous allons sauter à pieds joints par dessus, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, et ce qui est d'autant plus facile qu'elles émergent à peine de quelques mètres au-dessus de la mer, et nous allons • arriver de suite à l'Archipel des Marquises, distant de Tahiti de 1.000 kilomètres environ.

Découvert en 1595, reconnu par Cook en 1772, puis par le Français Marchand en 1791 qui y planta notre drapeau et en prit possession au nom de la France, il a été placé sous le protectorat de la France en 1843, et est enfin devenu colonie française en 1858.

11 comprend deux groupes d'îles : celui du Nord-Ouest qui renferme Niikahiva, Uapu, Huahuna, Eiao, Motidtiy Hahilu et quelques îlots, et celui du Sud-Ouest qui comprend Hivaha, Fatiihuku, Tahuata, M^tané et Fatuhiva.

Motuiti, HatutUj Fatuhuku et Motané sont inhabitées; d'origine volcanique, toutes les îles de l'Archipel sont tourmentées et ont un relief très élevé qui atteint 1.260 mètres à Hivahoa, 1.175 mètres à Nukahiva, et 1.190 mètres à Uapu. De la chaîne principale qui est généralement présentée du Sud-Est au Nord-Ouest, se détachent de nombreux contreforts qui divisent

les lies en vallées dont la fertilité est légendaire et tout à fait ejxtraordinaire, et c'est ainsi que Ton trouve dans les forêts toutes les essences précieuses d arbres, puis des cultures très riches, d arbres à pain, de taro, de pommes de terre, d'oignons, de cannes à sucre, de cotonniers, de cocos, d'oranges, de citrons, de bananes, de canneliers, de goyaviers, d'ananas, d'avocatiers, de vanilliers, de tabacs, d'indigotiers et de légumes de toutes sortes. Les moutons, les chèvres, les bœufs, les porcs, les volailles, les canards de Barbarie, etc., y viennent comme chez eux, c'est le cas de le dire, et les côtes dépourvues de coraux, ce qui change un peu dans ces contrées, sont abondamment pourvues en poissons et en coquillages.

Les habitants du pays fabriquent des goélettes qui tiennent admirablement la mer, et les femmes fabriquent des tissus de topa. L'industrie européenne possède à Taiohae deux usines pour l'égrénage du coton.

Les habitants, de taille élevée, sont renommés pour leur beauté et la grâce incomparable de leur visage, surtout chez les femmes, ils sont de mœurs très douces, mais peut-être pas très travailleurs. Comme beauté plastique, mais plus gmnds, et comme amour du farniente, ils me rappellent singulièrement les napolitains : les uns laissent filer le macaroni et les autres laissent filer la vie avec la même aimable insouciance. Comme je les envie ces gens qui, après tout, étant donnée la brièveté de l'existence et l'inutilité, le plus souvent, de l'effort, doivent être des sages.

Les deux plus grandes îles sont Nukahiva, qui a 32 kilomètres de long sur 19 de large et 100 kilomètres de tour, ce qui est déjà quelque chose. La ville principale, Taiohae ou Ilahopehi, est le chef-lieu de Fadministration secondaire, puis on peut, encore citer Hakahoui, au fond de la baie de Taïna, et non loin •de la première:

Cette île est la plus grande et la plus peuplée des Marquises, dix-huit à vingt mille habitants disent les dictionnaires, qiai l'écrivent Nouka-Hiva, comme ça se prononce.

Je ne rappellerai pas ici les tristes souvenirs du Forl Collet, lorsque Tile était un lieu de déportation politique, au lendemain du 2 décembre, c;a demanderait un chapitre à part, mais combien terrible et suggestif! Nous avons donné là de jolis exemples de sauvageries et de cruautés imbéciles, à ces soi-disant sauvages infiniment plus doux et meilleurs que nous, et plus l)raves que nous surtout au moral, comme au physique! C'est triste et peu consolant.

Cependant, aux jours les plus sombres- de la déportation des plus nobles et des plus belles intelligences de France, la vieille gaîté gauloise et Tesprit parisien n ont jamais perdu leur droit à Nukahiva, car tous ces esprits éminents en villégiature un peu forcée et lointaine, savaient que les tyrans passent et que l'heure de la vérité de la justice immanente finit toujours par sonner au cadran de l'humanité !...

Ils blaguaient sur tout, sur leur situation et sur leur île, ces nouveaux robinson malgré eux, et c'est ainsi que Tun d'eux, im joui', prononça cette phrase étourdissante pour qui a connu les acteurs de cette impériale tragédie et qui est restée légendaire dans l'île, à la veille d'une balade insulaire :

— Charles attend, Buka reste, Nouka y va, et moi je pars avant 1

Quand on a le grand honneur d'être forçat politique et de soulïrir pour la liberté, il fout rire de tout de peur d'en pleurer !

Puis la seconde grande île est Hivaoa^ qui a 39 kilomètres de longueur sur !20 kilomètres de largeur. Le village principal est Aluana. UArchipel est divisé- en .10 districts,, et beaucoup de géographes lui donnent de 4."200 à 5.00() habitiints. Nous voici loin des 18.000 habitants de Nukahiva. C'est qu'hélas, nous apportons l'abus du tabac, de l'alcool et la syphilis à ces malheureuses populations et, c'est triste à dire, c'est notre civihsation, notre contact, qui les tuent.

Le climat chaud y est très sain, et l'acclimatation des blancs, des Européens, très facile.

Enfin, nous voici arrivés au septième groupe des Etablissements français de TOcéanie, aux îles Ruruiu et Rimalara dont il me reste quelques mots à dire. Ces deux iles comprennent 6 villages habités par 950 naturels. Elles sont entourées d une ceinture de coraux qui rende leur accès difficile et elles sont très accidentées à Fintérieur. Leur sol, très fertile, possède à peu près les mêmes cultures qu'à Tahiti, sur une plus petite -échelle, mais est plus favorable à l'élevage, te récif connu sous le nom d'itZc Marna dépend de Rimatara. Ces îles ont été placées sous le protectorat français les 27 et 28 mars 1889 et elles relèvent administrativement de Tubuaï.

Mais avant de finir, je veux donner ce dernier renseignement qui peut intéresser beaucoup de nos commerçants.

Un arrêté du Gouverneur des Etablissements français de rOcéanie régularise comme suit les droits de sortie sur le coprah :

Pour les îles Marquises, ce droit est porté de 0 à 10 francs les 1.000 kilos.

Pour les îles Tuamotu, il est de 10 francs les 1.000 kilos, ainsi que pour les îles Gambier et Tubuaï.

Pour les îles Sous-le-Vent, il est porté de 0 à 10 francs les 1.000 kilos.

Ainsi, il se trouvera être désormais le même pour tous les Etablissements.

Du reste, nous examinerons cette partie éconoiri^ue plus en détail dans un prochain chapitre.

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