LES ILES WALLIS
Ces îles sont peu connues — de réputation même — de la plupart des Français qui ont l'honneur de les posséder ; elles offrent cependant le plus vif intérêt à tous les points de vue et c'est pourquoi il con\îent que nous y passions aujourd'hui un bon moment.
Du reste, nous sommes là en pleine actualité coloniale puisque nous venons de hre un peu partout la petite note suivante :
« L'aviso-transport la Meurlhe, commandant Itier, a quitté Nouméa le 8 novembre dernier (1902), faisant route directe sur l'archipel des Tonga.
« A Tonga-Tabou ou Talu, s'est embarqué l'évêque résident Monseigneur Lamaze. De Tonga, la Meurlhe a visité les îles Keptel (groupe des Tonga), puis- Miafou. II. se dirigea ensuite sur Futuna (Wallis) et après un court séjour mouillait à Ouvéa, la principale île des Wallis, dans la baie de Matootu ; c'était le 20.
« M. l'administrateur Chauffaut, le nouveau résident et représentant du protectorat, et Monseigneur Lamaze (ce dernier très souffrant), étaient débarqués. Jusqu'alors, le bâtiment avait presque constamment rencontré du gros temps et de la pluie.
« Sur la côte d'Ouvéa, il s'était perdu quelques semaines auparavant, un trois-màts-goélette norvégien, Zélateur, échoué en entrant dans la passe d'Ouvéa, sur les récifs qui entourent l'île. Une commission, dont le président était le capitaine Kade, commerçant et armateur anglais aux Fidji et aux WaUis, avait condamné le navire.
« La Meiirlhe transporta 7 hommes de cette goélette aux Fidji, le capitaine et 3 hommes de son équipage voulant rester à la garde du navire jusqu'à la décision de la Compagnie d'assurances qui se prononcera sur Fabandon ou une tentative de réparations.
« En quittant les Wallis, le commandant de la Meurthe prit comme passager un missionnaire Wallissien, le père Pierra ou Peleto, qui avait cessé de plaire aux missionnaires français.
(c De Nouméa, le P. Pierre doit se rendre à Sydney, au siège de la mission mariste. »
Un aviso de l'Etat n'est pas un paquebot-poste pour le transrport des voyageurs, et Ton se demande avec stupéfaction comment la marine de l'Etat peut servir à promener des missionnaires.
Aux Tonga, la Meurthe a rencontré le Zambèze^ voilier français chargé de coprah, et venant de Madagascar.
II y a là comme un tableau de la vie actuelle dans ces îles, avec ses taches noires — c'est bien le cas de le dire — et ses espérances commerciales, qui nous intéressent toujours.
Les lies Wallis sont situées dans la partie occidentale de la Polynésie Orientale, à 800 kilomètres à l'ouest des îles Samoa, et à 1.350 kilomètres au nord-est des îles Fidji. Elles sont composées d'une grande île ou terre principale, Ouvéa ou Namo et de onze petites îles ou îlots, tels que Faioa, NoukoufotaoUj Noukoualéai, Noiikouloa ou île Longue, etc., qui font partie de la grande ceinture madi;éporique d'Ouvéa. Cette ligne de coraux, très serrée, n'est précisément coupée que dans le sud, entre les petites îles que je viens de citer, par la passe de Honikoulou.
Aujourd'hui, je dois dire un mot de Thistoire de ces îles, car elle est assez tintamaresque. Découvertes en 1767, par Wallis dont elles ont gardé le nom, elles furent visitées en 1837 parle père Bataillon, un bon moine qui voulait tout conduire militairement comme son nom et convertir les sujets du roi Lavélaa^ un drùle de type qm passait, à tort ou à raison, pour avoir n)a.ssacré plusieurs é(juipages de baleiniers européens,
Mais le bon père. ne s'embarrassa pas pour si peu, il se fit bien venir de la princesse Amélia, et à sa mort, en 1870, après avoir initié la princesse à toute la supériorité de la race blanche, TArchipel ne formait plus qu'un halaillon de catholiques.
En 4842, le roi Lavélua signa un traité de protectorat et naturellement ce traité de protectorat a été confirmé en 1886 par la reine Amélia. Enfin, en vertu d'un décret de 1887, le contrôle du protectorat des îles Wallis, qui était exercé par le gouverneur de Tahiti, est passé à celui de la Nouvelle-Calédonie et son résident français a été installé auprès de la reine Amélia. '
Comme Ton voit, Thistoire méritait vraiment la peine d'être contée.
L'ile d'Ouvéa, d'origine volcanique, mesure 12 kilomètres du nord au sud et 6 kilomètres de l'est à l'ouest. Le cratère de son volcan éteint n'est qu'à 200 mètres d'altitude et contient un petit lac d'eau douce.
L'ile ne renferme que quatre villages dont le principal joue au rôle de capitale ; c'est Mala-Utui, résidence de la reine, aujourd'hui très âgée, et du résident français.
Il possède une belle église gothique, un collège à Lcaio, et une jolie place entourée de petites maisons de pierres très bien construites et qui produisent une excellente impression.
Vraiment, la reine Amélia n'était pas la première venue !
Il convient d'ajouter que la rade de Mala-Ului a des fonds de 12 mètres pour les navires de fort tonnage. Sa population^ disent très justement MM. Malleterre et Legendre, de race polynésienne, est vigoureuse, active, intelligente, très sobre : elle e.st divisée en une trentaine de tribus comptant de 0 à 7.000 naturels parlant tous le français.
Les indigènes se livrent à la pèche, très abondante sur les côtes, à la constniction d'élégantes pirogues, à la culture de leurs terres et à une foule de petits métiers, dans lesquels ils se montrent d'une rare adresse. .
C'est ainsi que les femmes se livrent à la fabrication de la
Topa^ écorce du Siopa, avec lesquelles elles tissent des pièces d étoile qu'elles teignent avec beaucoup d art et rendent tout à fait imperméables avec la résine de koka. Inutile d'ajouter que ces jolies étoiles sont très recherchées dans les îles océaniennes. Avec Fécorce du faii^ elles tressent des cordages et des nattes très fines et très résistantes ; enfin, elles extraient des racines de Iriva, arbrisseau de la famille des pipéracées. un breuvage très tonique. Du reste, on sait que, par un curieux rapprochement kava veut dh'e café en arabe- Il parait que le mot était prédestiné.
A 1 heure présente, il y a une centaine d'Européens, surtout de Français qui ont, aux îles Wallis, introduit des métiers à tisser, de petites machines, une imprimerie, et fondé une fei> me modèle, près du collège de Lano.
Le sol noir, très fertile, est couvert de bois précieux et les débroussements à la rustique, laissant surtout subsister les grands arbres, ce qui est nécessaire pour Vombre et Thumidité, •et est une économie de temps et de main-d œuvre, se prêtent admirablement à la culture des ignames, des arbres à pain, etc., tandis que les cotonniers fournissent un coton de tout premier ordre.
Les porcs, les pigeons, les oiseaux de toutes les variétés, les volailles y abondent, et Ton n'y connaît pas les bêtes malfaisantes.
Les principaux produits pour lexportation sont d abord le ■coprah ; soit environ 1 .000 tonnes par an à î200 francs l'une ; 100 et quelques tonnes de racines de kava à GO francs l'une; les cocos, les nattes, etc., qui représentent envu'on 300.000 fr. par an.
Les importations en cotonnades, coutellerie, quincaillerie, -outils, instruments aratoires, etc., représentent environ 60.000 Irancs par an, ce qui prouve que dans cet heureux pays, la fameuse balance du commerce est tout à fait en sa faveur.
En dehors des échanges directs, c'est-à-dire du troc, on -emploie la piastre, comme monnaie courante.
Malheureusement, il n'existe pas encore de communications directes et régulières entre la Nouvelle-Calédonie ou Tahiti et les îles Wallis. Les vaisseaux de la marine de TEtat les \îsitent deux fois par an et les goélettes et autres bateaux de commerce mettent Farchipel assez régulièrement en relation avec les îles Océaniennes.
Le climat est salubre, mais cependant anémiant à la longue.
La. chaleur moyenne y est de 28 degrés avec la brise de Test, et de 30> en temps calme, ce qui est vraiment un peu trop chaud ; aussi les affections du foie sont-elles assez fréquentes pour l'Européen.
Mais pour tous ces petits inconvénients, il n'y a que quelques précautions à prendre, et la vérité c'est que comme langue, comme constructions, comme mœurs aimables et douces,, comme activité, c'est bien vraiment un petit coin de la France, de la mère-patrie, que l'on retrouve tout uniment dans ces îles fortunées, dans ces terres australes, au charme tout à la fois si tendre et si capiteux...