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LES ILES HORN

Après les îles Wallis, viennent tout naturellement les iles Hom^ dont les deux principales sont vraiment dignes de retenir toute notre attention. Découvertes en 1616, ce n'est qu'en 1837 que le père Chanel vint s'établir à Futwia. En 1841, les deux iles étaient placées sous l'autorité de roi Nulikiï et elles se trouvaient déjà divisées en deux portions hostiles et profondément déchirées par les malheureuses querelles confessionnelles et le parti chrétien qui avait à sa tête le fils du roi, très fier de posséder un dauphin, en vint aux mains avec le parti resté fidèle à la religion des ancêtres. Au cours de la lutte, le promoteur de cette sanglante échauffourée, le père Chanel, trouva la mort. L'année suivant, le roi Nilikiï mourut à son tour et ses fils signèrent un traité de protectorat avec le gouvernement français. Depuis cette époque déjà lointaine, c'est-àdire depuis soixante-cinq ans, à part quelques troubles passagers sans importance, le régime monarchique électif continue à faire le bonheur des insulaires ; le résident français des îles Wallis n'a simplement qu'à contrôler les votes politiques et^administratife de ces iles fortunées.

Détail qui a bien son importance, et qui prouve l'incontestable supériorité de cette monarchie paternelle sur les Etats plus ou moins soi-disant civilisés de l'Europe : Elle n'a institué aucun ordre de chevalerie ni aucune hiérarchie de palmipèdes, marquant ainsi un sage dédain pour la ferblanterie officielle. Altez donc après cela blaguer ces soi-disants sauvages.

Mais il est temps de donner une courte description de ce modeste archipel.

Le groupe des iles Hom ou Alloufatou comprend deux îles principales : Futuna au nord et Alofi au sud, séparées par

un canal de deux kilomètres de large environ et où les coraux ne laissent qu'un étroit chenal de cent mètres. Au nord de Futuna se trouve niot de Champeaux, et enfin un amas de récils de coraux enserre de très près la côte occidentalede Futuna et la côte orientale d'Alofi.

Futuna a environ 40 kilomètres de tour et Alofi 20 kilomètres, rîlot de Champeaux ne mesure que quelques hectares. La mer dans les parages des îles Horn est en général assez mouvementée, sinon mauvaise et Vayise Sigavé est le seul mouillage passable de l'archipel et tout ce qu'il y a de plus forain naturellement.

Le sol de Futuna et d' Alofi est très tourmenté, et l'on est surpris de voir que la montagne schouten qui domine Futuna a près de 890 mètres d'altitude et le mont Pouké 750 mètres. Dans l'île sœur, Aloti, le mont KolofaoUy avec sa consonnance vaguement bretonne, n'a que 360 mètres d'altitude, ce qui se conçoit aisément, puisqu'elle est moitié plus petite.

A Futuna les pentes de la montagne Schouten sont couvertes d'une végétation tout à fait incomparable, antretenue par un grand nombre de petits ruisseaux qui coulent dans les ravins, dans des cafions comme disent les Yankees qui ont emprunté ce mot aux Espagnols et qui peint si bien letroitesse même de ces failles où la bdle et luxuriante végétation intertropicale a répandu à profusion une incomparable débauche de fleurs rares et de parfums capiteux où viennent se griser les oiseaux-mouches, gros comme 'une fève de marais!... Mais à quoi bon se mettre soi-même l'eau à la bouche, quand ces voyages lointains coûtent, hélas! encore si cher?

Les côtes sont garnies d'une épaisse bordure de cocotiers, formant la plus fastueuse des ceintures d'émeraude opalisée à faire damner d'envie la plus johe fille de Golconde. Les orchidées piquent follement leurs couleurs et leurs formes de rêve à travers cette frondaison éternellement jeune et printanière et dans l'intérieur, croissent à profusion, dans le plus poétique des fouillis, les arbres les plus précieux qui sont là comme des

mines vivantes, sans cesse renaissantes et inépuisables, de quelque fabuleux faubourg Saint-Antoine. L'arbre à pain, le bana- • nier nourrissent avec une prodigalité toute tropicale les habitants et involontairement on est tenté, lorsque Ton débarque du boulevard Haussmann ou de la rue Bonaparte et que Ton a quitté deux mois auparavant le Métropolitain, de demander au premier indigène qui se présente à votre vue :

— Pardon, mais est-ce que ce n'est pas ici que demeurent M. Adam et Mme Eve?...

L'épaisse couche d'humus qui recouvre les deux îles semble toute préparée pour la culture des patates, des ignames, du taro, expression générique qui désigne plusieurs plantes de la famille des aroïdées ou de celles de certaines fougères,, des racines .desquelles on extrait une fécule particulière dont on fait une sorte de pain qui constitue lui-même le taro dan& son sens le plus communément employé.

C'est du reste un vieux mot polynésien qu'il ne' faut pas ^. confondre avec le tayao ou malanga^ espèce de patate non su-

|v crée des Antilles.

I Et chose assez rare et qui en général, en pays intertro-

Ç picaux, ne s'explique et ne s'obtient que par la différence des

^\ altitudes, là la terre est si généreuse et le climat si clément,.

f: qu'en dehors même du souci légitime des différences d'altitu-

r ' de, on cultive également tous les légumes des pays tempérés,

\ tels que melons, tomates, aubergines etc., etc. Il est vrai que

■", ces derniers sont originaires de l'Hindoustan et de la Birmanie.

'v Les forêts sont remplies, si j'ose m'exprimer ainsi, de

i.* porcs et de chiens sauvages, de rossignols, de pigeons, de

perruches, etc.

On trouve àFutuna, dans les dites forêts un serpent python d'une grosseur prodigieuse, avec la peau duquel on pourrait faire vraiment de petits tunnels, mais qui n'est point venimeux, point capital. Tout à fait comme le serpent du Paradis Terrestre, quoi ! La tradition raconte même qu'un reporter du Constitutionnel, égaré un jour dans ces parages lointains.

le prit pour le célèbre serpent de mer, d'où est tiré la fameuse légende du journal de Guéroult.

Le climat de rai'chipel est tout à la fois très chaud et très sain, ce qui trouve une double explication dans les forêts qui couvrent les îles et les vents de mer qui les balayent sans cesse ; malheureusement, les cyclones y sont souvent fréquents, et souvent redoutables pour les navires qui se trouvent dans ces parages.

La population totale des deux îles ne dépasse guère 6.000 habitants, de la même race polynésienne qu'aux îles Wallis, et ils se livrent aux mêmes travaux agricoles et industriels, avec un égal succès et toujours une incomparable adresse, surtout de la part des femmes.

Ces îles sont en communication avec la Fmnce par les vaisseaux de guerre qui les visitent chaque année ; c'est-à-dire qu'elles n'ont été informées que longtemps après nous de la tragi-comédie de la tiare de Saïtapharnès, ce qui d'ailleurs les a laissées vraisemblablement très froides — malgré la température du pays. Elles commercent avec les îles Océaniennes par les goélettes qui transportent aux îles Fidgi et Samoa les divers produits des deux îles. L'exploitation est faite par les employés des maisons allemandes des Samoa, malheureusement.

Je dis malheureusement, sans colère, simplement parce qu'il y aurait là une excellente place à prendre pour des familles françaises et pour nos maisons de commerce spéciales, si elles veulent bien montrer un peu plus d'initiative et d'esprit d'entreprise.

Les Européens ne dépassent guère le chiffre de 150 personnes, quand il y aurait place facilement pour au moins 500 Français qui voudraient y aller commercer, en centralisant les produits du pays et en exploitant les forêts. Non, décidément, nous ne connaissons pas nos richesses 1

Dans les deux principaux villages, à Sigavé et à Aloé qui sont comme les deux chefs-lieux des deux îles, il y a deux églises.

deux écoles, bien bâties en pierres et des exploitations agricoles très prospères.

Dans le prochain chapitre nous passerons à nos établissements français de VOcéanie^ qui, sous cette rubrique, comprennent sept groupes ; je crois bien que nous avons encore du pain sur la planche, si ces petites promenades pacifiques, autant que l'océan du même nom, ont le don, très flatteur pour votre modeste cicérone, de vous amuser !

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