LES ILES SOUS LE VENT. — RAIVAVAE ET TUBUAI
Après avoir parlé des îles du Vent, il convient maintenant de nous arrêter un instant à Mrchipel des lies sous le Venty composé, à la vérité d'îles plus nombreuses, mais moins importantes que celles de Tahiti. Elles occupent la partie Nord-Ouest de l'Archipel de la Société et ne forment géographiquement qu'une tranche d'Archipel, si j'ose m'exprimer ainsi.
Découvertes en 1769 par Cook, sur les conseils de Pritchard, la reine Pomaré IV, en 1847, renonça aux droits de suzeraineté qu'elle exerçait sur elles. Pritchard voulait naturellement les faire passer sous le protectorat anglais quand, sur la demande du roi de Raïtaea, l'île la plus importante et de la reine de Tahaa, son aimable et modeste voisine, la France les prit sous son protectorat, bientôt accepté par tous les autres chefs.
Elles ont été définitivement annexées en vertu des traités des 17, 18 et 19 mars 1888; cependant les reines de Huahine et de Bora-Bora sont autorisées à arborer leur drapeau à côté de celui de la France.
Il y a là une constatation bien curieuse qui n'a jamais été faite que je sache ; chez les peuples primitifs tout le monde est roi, le moindre chef en prend le titre. Il y en a un par village, qui a un peu moms d'autorité que nos maires et peut-Hra un peu plus de prestige que nos gardes-champêtres. Mais bientôt au contact de notre civilisation, ils rougissent eux-mêmes de leur titre un peu puéril et, comme dans les petites républiques noires, ils ne sont plus que généraux ! c'est un progrès.
Les lies sous lé Vent sont au nombre de 8 îles ou îlots ; en partant de Moorea, des îles du Vent, on trouve à 100 kilo-
mètres au Nord-Ouest HuahinCy qui comprend, mais en tout petit, comme Tahiti, deux petites lies montagneuses entourées de coraux et presque séparées par deux baies profondes, celle de Maroë et celle de Bouragne. Elles forment de bons mouillages et communiquent même entre elles par un canal guéable à travers Fisthme étroit et très plat qui relie les deux îles, comme une rivière salée en miniature. C'est ainsi qu'en saisissant par le milieu Tahiti et Huahine, un géant pourrait faire des altères qui ne seraient vraiment pas ordinaires et si ça ne lui suffisait pas il pourrait encore aller chercher Saint-Pierre et Miquelon, a,u bout de l'Amérique du Nord !
Il y a à Huahine deux petits lacs abondants en poissons et en sauvagines. Les montagnes les plus élevées ne dépassent pas 700 mètres. Jtare^iuiatra^ le village principal, possède une bonne rade. L'île fort bien cultivée, est couverte de plantations de cocotiers, d'ananas, de cotoniers pulu et d'arbres à pain, dont on devrait bien, entre parenthèses, commencer à exporter les fruits chez nous — ce^ châtaignes savoureuses — sur une vaste échelle.
Il y a environ 1500 habitants qui se liwent à la pêche, à la culture du tabac, à la récolte des cocos et à la construction de pirogues et de goélettes pour faire le commerce dans les îles. Comme l'on voit, avec un peu de mémoire et de bonne volonté, la reine peut connaître personnellement tous ses sujets et les appeler par leur petit nom: heureux pays !
Roïatea et Tahaa sont les deux petites îles suivantes, situées à 160 kilomètres dans le Nord-Ouest dg Tahiti, également entourées d'une ceinture de coraux et séparées par un canal navigable de cinq kilomètres de largeur. Dix passes donnent laccès dans de très bons mouillages.
Les deux îles sont traversées par deux chaînes de montagnes dont les points les plus élevées sont le Tapioï qui forme dans Raïatea une véritable tour de basalte haute de plus de 1.000 mètres et qui rappellent en grand nos aiguilles du Puy.
UOhiri dans Tahaa ne s'élève qu'à 590 mètres.
Le chef-lieu de Tile Raïatea est leavaroa et c'est là qu'est le tombeau sacré d'Oro, le fondateur de la société des Arioïs.
Teavaroa possède une école, un temple protestant et les établissements d'une société pour l'exploitation des cocos qui exporte le coprah sur une assez vaste échelle.
Sa population atteint 2.500 habitants, tous protestants, actifs et intelligents, se livrant au commerce du coprah et du coton pulu.
Un peu plus loin, toujours en nous éloignant de Tahiti dont nous voilà maintenant à 260 kilomètres, voici une pyramide imposante et superbe qui s'élève à 725 mètres au-dessus du niveau de la mer sous le nom de mont Pahia\ c'est le point culminant de Tîle de Bora-Bora ou Faanui qui n'a guère plus de 38 kilomètres de surface. Elle est entourée d'une ceinture de coraux qui comprend et enserre en quelque sorte Tile de Tiihué^ dont la côte forme avec celle de Bora-Bora une excellente rade, très sûre, mais dont rentrée est assez difficile à marée basse.
L'île est littéralement couverte des bois les plus précieux et la population, de 1,800 habitants, également industrieux et travailleurs,est très occupée par la culture du coton, la récolte "des cocos et la préparation du coprah.
Uluroa, le chef-lieu est en relation régulière avec Tahiti par un vapeur particulier et par les paquebots de la Nouvelle- Zélande.
Les îles Molu-iti^ Maupiti et Mapihaa ne sont en quelque sorte que des masses de rochers, très tourmentées, cependant très boisées et d'accès difficile, entourées de coraux avec une étroite bande de cocotiers le long des plages. Au moment de la récolte des cocos et de la ponte des tortues, des grosses tortues de mer ou amphibies, des espèces de carets^ comme l'on dit aux Antilles, qui sont très nombreuses dans ces îles, il y a 5 ou 600 habitants qui y résident et s'y trouvent disséminés, suivant les besoins du jour.
Ces îles dépendaient autrefois du royaume de Bora-Bora.
Enfin en cinquième lieu, il faut citer l'ile de Bellinghausen
et Tarchipel des récifs de Scilly qui sont à 650 kilomètres de Tahiti, ce ne sont que des atolls de coraux et une faible bande de terre supporte une couronne de cocotiers entourant un lagon ou petit lac salé intérieur. Rien n'est plus intéressant que de saisir ainsi la nature en plein travail de formation, grâce à Faction incessante de ces coraux, de, ces polypes, toujours en action.
Ces îles sont visitées régulièrement par les pécheurs.
Avant de terminer donnons encore quelques indications sommaires sur Raivavae ou Vavitu et Tubiiai, La première à la forme d'une ellipse et elle est entourée de récifs de coraux qu'il faut traverser naturellement pour entrer dans l'excellent mouillage de Raima, Le mont Rualara s'élève a 320 mètres, tandis que la superficie de l'ile elle-même n'estque de dix milles carrés. Les 27 îlots boisés qui émergent de la ceinture de corail ne présentent qu'une superficie de deux milles carrés, mais lui forment comme un prestigieux collier d'émeraude. Vraiment, la nature est comme toujours, superbe et merveilleuse dans ces îles du Pacifique, mais de plus elle s'y montre grande artiste et souvent fort spirituelle ! .
Raivavae e?t partagée en deux districts et ne renferme que 290 habitants.
Tubuai est entourée de coraux que l'on peut franchir par les trois passes de Malaura ^ de Vapoa et de Taahuaïa ; mais ce dernier mouillage est seul accessible aux goélettes.
Le mont Taïota s'élève à 310 mètres et la superficie de l'île est de douze milles carrés; elle est entourée de quatre petits îlots boisé et elle forme un district avec 470 habitants.
Le climat de Raivavae et de Tubuaï est salubre et très agréable et le sol, très fertile, produit du café, du tabac, de la vanille, du maïs, des taros, du manioc et des patates sucrées. On devrait bien se décider à exporter ces derniers tubercules, qu'il s'agisse de taros, de manioc, d'arrow-root, de malanga, de patates sucrées ou non, sur une grande échelle, dans la Métropole ; car on trouverait là d'excellents succédanés de nos pommes de terre et des topinambours dans le Nord de
la France et qui seraient capables de rendre les plus grands services, au point de vue de Falimentation publique, surtout parrai les classes laborieuses.
Ce sont là des produits excellents de toutes nos possessions intertropicales, qui peuvent se transporter facilement, surtout avec les navires à marche rapide. Ils se conservent, ce n'est pas comme les fruits-crème de ces pays fortunés, et à force de le répéter, je veux croire que Ton finira par voir qu'il y aura là un grand commerce, également utile à la Métropole et a ses colonies, tout comme celui dès productions classiques, telles que celles du café, du cacao, des arachides, du coton, du caoutchouc, du ricin, de la vanille, du riz, du maïs, etc.
Nous sommes tellement routiniers, qu'il faut longtemps frapper sur le même clou avant de faire entrer l'idée la plus simple et la plus féconde dans la tête de nos compatriotes.
Enfin ces deux îles sont également admirablement plantées de cocotiers qui fournissent le grand commerce du coprah, d'orangers et de bananiers.
Décidément, toutes ces poussières (Tiles, comme on -les a appelées souvent poétiquement, sont bien aussi comme la menue monnaie d'un paradis réel et tangible, et nous avons tout intérêt à les mieux connaître, à les aimer davantage et à mettre en valeur normalement et pratiquement leurs richesses naturelles.