‹ La concurrence étrangèreChapitre 25 sur 119 · UARCHTPEL DES ILES KERGUELEN · texte numérisé non relu

UARCHTPEL DES ILES KERGUELEN

Nous possédons un certain nombre de petites colonies de deuxième et même de troisième ordre, si Ton veut, dont personne ne parle et ne s'occupe en France, ce qui est certainement un grand tort, car par ces temps de concurrence ardente entre les peuples et de marche rapide des navires, il n'y a pas de points à dédaigner, ne serait-ce que comme dépôt de charbons, et points de relâche, de repos, d'abri et de réparations, surtout quand on a la bonne fortune de les posséder, et qu'il ne s'agit que de les conserver.

C'est ce que je voudrais bien faire toucher du doigt ici, en m'occupant, pour la dernière fois, de nos petites colonies encore plus méconnues, qu'inconnues.

L'archipel des Kerguelen, disent mes excellents confrères Malleterre — ' un nom prédestiné -^ et Legendre, est situé à 1.400 kilomètres environ dans le Sud de Saint-Paul et de la Nouvelle-Amsterdam, par 48^ 30' et 50o 5' de latitude Sud et ()6o 40' et 68o 40' de longitude Est, sur les confins de l'Océan Indien et de l'Océan Glacial.

Cet archipel se compose d'une île principale en forme de croissant — en y mettant un peu de bonne volonté — longue de 440 kilomètres, large en moyenne de 50 kilomètres, et d'une superficie de 480 kilomètres carrés, et de 250 petites îles ou roches, dont les plus éloignées ne sont distantes que de 25 kilomètres de l'île principale.

Les plus importants de ces îlots — îles Nuageuses au nord, île Swain, île Howe et île du Port à lest, île de YOuest à l'ouest — n ont pas une superficie supérieure à 5 kilomètres carrés.

L'île Kerguelen est d'origine volcanique et repose sur un soubassement de colonnes basaltiques.

Les côtes extrêmement découpées, principalement à Test, sont constituées par de hautes falaises à pic, et présentent une très grande analogie avec les ijords de Norwège.

Le poisson y abonde et des milliers d animaux marins, tels que pingouins, manchots, pluviers, etc.,-* nichent dans les rochers escarpés, tout comme sur les côtes Scandinaves également.

La plupart des anses innombrables du littoral, sont d'excellents abris pour les navires égarés dans ces mers lointaines pour une raison quelconque et ajoutent les géographes que je citais plus haut, Içs meilleurs de ces mouillages, sont : sur la côte est : Poi^t Christmas, abrité des ouragans par de hautes terrasses de 400 métrés et où vinrent aborder, en 4772, le capitaine Kerguelen, appelé KergeuUn, dans l'édition de.Vosgien de 4845-46, qui découvrit l'archipel et en prit possession au nom de la France. En 4776, le capitaine Cook y vint à son tour. On y trouve la baie de Cumberland,\si baie Blanche, la baie Rhodes, la baie Hillsborough et le port Belsij ; sur la côte sud et la côte ouest, \e^ baies du Royal Sound, le port Groenland, la baie Miissel et la baie de V Iceberg, ce qui indique assez la température du lieu, quoiqu'en somme il n'y fasse jamais froid, comme nous le verrons tout à l'heure.

Le sol de l'île possède un rehef très pittoresque, ou plutôt très singulier, étant formé de terrasses superposées, au-dessus desquelles s'élèvent les pics d'anciens volcans^ dont les plus élevés sont : le mont Richard, qui a 4.220 mètres; le mont Crozîer, — rien du protocole, — 990 mètres ; le mont Ross^ 4.860 mètres. Les autres sommets de l'île ne dépassent guère 500 mètres.

Le climat de tout l'archipel est pis que s'il était froid, car il est extrêmement pluvieux et humide, ce qui donne l'impression d'un froid perpétuel, quand c'est au contraire un automne perpétuel, assez froid à la .vérité, qui y règne, puisque le thermomètre oscille entre 2 degrés, au-dessous de zéro centigrade et 8 degrés au-dessus. Rien n'est monotone au monde comme

ce manège de dix degrés, si j'ose m'exprimer ainsi, dans lequel doit se mouvoir le corps humain ! Les vents du N.-O. et du S.-O. soufflent alternativement avec une extrême violence.

Il est presque superflu d'ajouter que la végétation est des plus pauvres et se résume en mousse, herbes dures et choux sauvages.

Cependant j'arrive, suivant moi, au point intéressant — le seul peut-être de ces contrées lointaines — et pour mon compte je n'ai cessé d'attirer l'attention des personnes compétentes ou audacieuses sur ce point. J'ai nommé ce fameux chou sauvage, ce qui est une désignation facile des géographes et qui est plus !« connue des 'coloniaux et des marins qui ont bourlingué dans

^ ces deux Océans Indien et Glacial antarctique, sous le nom qui

y lui est vraiment propre, de c/ion de Kerguelen.

■/ J'ignore son nom en botanique, je ne crois même pas qu'il

Ç appartienne à la grande famille des crucifères, mais ce que je

ù: sais bien, c'est qu'il est très rustique, très résistant, très abon-

f* dant dans l'archipel tout entier, qu'il est la Providence des bêtes

f:\ et des gens et qu'U pourra peut-être bien en être la fortune

.> relative dans un avenir prochain.

m.. Cook en appelant Kerguelen île de la Désolation quatre

% ans après la découverte du marin breton, exagérait certaine-

I ment et il suffit d'aUer à la bibliothèque lire les ouvrages si

F ' curieux de celui qui devait devenir le ^dce-amiral Yves-Joseph

I ' de Kerguelen, notamment ses Voyages dayis les Mers australes

^. et des Indes ^ parus en 1782, pour en être convaincu.

Avec ces herbes dures, parfois même avec ces plantes %. cryptogames, toujours avec les fameux choux de Kerguelen on

peut et l'on doit y nourrir des troupeaux de chèvres et de moutons.

V Cette idée, une expédition belge, conduite par M. de

Gerlach, U y a six ans environ, si j'ai bonne mémoire, a tenté de la réaliser. On me dit qu'elle a échoué ; c'est possible, mais je n'y renonce pas pour cela et, sans être né à Quimper, comme Kerguelen, je suis parfois entêté comme un Breton. Or je ne

veux pas perdre de vue que dans des conditions analogues, un peu moins mauvaises, mais pas sensiblement, les Anglais élèvent d'immenses troupeaux de moutons et réussissent admirablement dans les îles Malouines^ plus connues dans la Grande- Bretagne sous le nom d'îles Falkland.

Si le climat y est plus tempéré et plus doux, les troupeaux y sont aussi admirables et sont la source d'une véritable fortune pour le pays.

Je ne parle pas naturellement des deux Géorgie méridionale et septentrionale ou Géorgie du sud, car dans ces archipels de la mer polaire les Anglais n'ont jamais rien pu faire.

Et s il y a des tourbières inépuisables aux M alouines, il y a également des gisements de charbon et de tourbe aux Kerguelen.

Pendant plus d'un siècle nous avons abandonné les Kerguelen bien à tort et il n'y allait que des pécheurs de morue, de phoques — lions marins — et de baleines, au temps où il y avait encore assez de ces gros cétacés pour que la pèche en vaille la peine.

Cependant nous nous sommes enfin décidés à en faire une nouvelle prise de possession officielle le 11 japvier 1893 par le vaisseau VEure commandé par Lieutard.

On a parlé de faire de Kerguelen un lieu de déportation pour les condamnés à la relégation ; pour mon compte je n'y verrais pas dmconvénient, mais il y aurait mieux à faire ou tout au moins il faudrait le faire en même temps, ce serait l'acclimatation des chèvres et moutons pour arriver à leur acclimatement définitif, de manière à pouvoir les élever sur une grande échelle. Il y a les choux de Kerguelen pour les nourrir en partie, il y a de la tourbe pour chauffer les pasteurs et ce serait du moins amusant et utile et surtout humain de changer des forçats en bergers !...

Et pourquoi pas ? tout arrive avec l'amour de la terre, même la plus ingrate.

Ceci me rappelle une histoire bien amusante aussi ; c'était

après la guerre. Un jour le Foreng Office demanda par la voie diplomatique à notre ministère de la marine et des colonies la permission d'établir un dépôt de charbon temporaire dans notre archi{iel dès Kerguelen.

Ce fut un joli branle-^bas au ministère pendant deux jours. Personne n'y avait jamais entendu parler de notre possession.

Cet incident tout à la fois regrettable ^t bouffon, fut même, je crois lé point de départ de notre occupation définitive en

Depuis nous avons fait heureusement quelques légers progrès en science coloniale ; on est moins ignorant dans nos ministères, et je termine en disant encore une fois qu'il ne faut point se décourager après les tentatives de M. de Gerlach, mais au contraire s'en servir comme point de départ, pour les recommencer plus pratiquement et par conséquent avec plus de chances de succès.

Avec de bons frigorifiques, je ne désespère pas de manger un jour prochain d'excellents gigots des moutons de Kerguelen.

La chose est possible et elle doit se faire pour le plus grand bien des entrepreneurs de l'affaire et pour les consommateurs français.

LES SEIT ÉMGTIES

DU NONDE COLOMIAL

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