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LES NOIRS. — COMMENT ELLES SONT TOUJOURS FRANÇAISES

EN DROIT. — l'historique DE LA QUESTION.

Dernièrement un colon de la Guinée française, M. d'Aix attirait de nouveau rattention de la Métropole sur ces petites îles, en publiant une note dont voici la partie essentielle :

a C'est des iles de Loos que je veux parler, et c'est en qualité de Guinéen, de concessionnaire à Conakry, que je considère comme un devoir patriotique d'attirer l'attention des affaires étrangères sur cette rade française, commandée par deux îles anglaises.

« Prévoyant que le moment de poser la question était proche, j'ai demandé en Angleterre des renseignements sur l'historique de l'occupation de ces îles, pour étudier les droits et les conditions de l'occupation de l'Angleterre et pour découvrir par quel phénomène bizarre Conakry nous appartient sans que les îles de Loos fissent partie de notre domaine.

« D'Angleterre, il me fut répondu qu'il était impossible de trouver des documents sur les îles de Loos (ce qui est un indice du peu d'importance que l'on attache à la possession de ces rocks). Je serai donc très heureux si un de nos collaborateurs pouvait me fournir des éclaircissements à ce sujet. .

« Au point de vue économique je sais que les îles de Loos n'offrent pas grandes ressources. Elles approvisionnent Conakry en fruits (oranges et bananes). Il y a quelques factoreries anglaises. Mais au point de vue stratégique ou politique c'est différent. L'Angleterre nous concédera volontiers que les îles de Loos ne sont d'aucune utilité à Sierra-Leone. En cas de conflit, de moins en moins probable avec nous, elle pourrait de ses « rok? » brûler Conakry en un quart d'heure, ce qui ne l'avancerait pas à grand chose, car nous trouverions dans le Foutà-Djallon une barrière infranchissable et irréductible.

«ri'

« Nous ne demandons donc la cession des iles de Loos que comme satisfaction propre pour nous sentir plus chez nous. C'est presque avec un sentiment analogue que je parlerais de la Gambie que notre incompétence de jadis nous a fait livrer à l'Angleterre qui, de son côté, n'en tire pas grand'chose, puisqu'elle a son hinterland fort limité, tandis que nous aurions dans la Gambie une voie fluviale de pénétration navigable à un point très éloigné de la côte, et qui nous permettrait d'atteindre par un court railway la tête de ligne du chemin de fer de Kayes au Niger. 3> I Voilà qui est partait ; mais il ne suffit pas d'avoir raison, il

1^ faut le prouver et c'est pourquoi je pense qu'il est indispen-

sable de poser la question métliodiquement, si l'on veut arriver tout à la fois, à la comprendre et à la résoudre.

J'espère, du reste, que ce ne sera pas très compliqué. Voici ce que dit M. Vivien de Saint-Martin : Les îles de Los et non de Loos. Petit groupe d'iles de la côte de Sénégambie (Afrique Occidentale), par 9^ 25' — 9o 32' latitude Nord et 16o 5' — 16ol4' longitude Ouest. Le groupe se compose de quatre îles habitées, Tamara^ la plus occidentale, Craïuford^ Los ou Factory, et Tumbo, et de trois îlots qui ne sont que des rochers. Les îles sont en général élevées et fertiles. La population était en 1881, de 1.370 habitants. Les habitants sont un mélange de nègres Bagos, Souzous et Mandingues. Les Portugais qui y abordèrent les premiers en 1446, les avaient nommés ilas de los Idolos ; les marins, par une abréviation assez bizarre, en ont formé la nom actuel. Ces îles ne sont séparées que par un canal de quelques kilomètres de la pres- . qu'île de Tombo et de l'embouchure de la Doubreka, qui font partie des dépendances de la colonie française du Sénégal ; elles devraient donc, comme toute la côte voisine, appartenir à la France. Cependant l'Angleterre émet des prétentions à leur possession, et a fait à ce sujet des réserves expresses dans la convention provisoire de mai 4881. Il est propable, toutefois, que les îles de Los, qui ne pourraient que devenir par leur

situation un repaire de contrebandiers, seraient, dans le traité définitif, acquises à la France.

C'était du moins l'opinion très nette et très précise de M. Vivien de Saint-Martin en 1887, tandis que précisément la même année, Elisée Reclus qui ne semble pas en avoir compris toute Fimportance, n'en parlait qu'incidemment dans trois courts passages de sa Géographie universelle que voici :

« Ces îles, islos de los Idolos, — mot dont le nom actuel n'est qu'une contraction, — doivent leur appellation aux images révérées qu'y trouvèrent les premiers navigateurs. Ces terres sont certainement d'origine volcanique. Les deux îles principales qui dépassent 200 mètres de hauteur, sont disposées en forme de cratère ébréché, au milieu duquel un îlot a l'aspect d'un cône central. Les rochers de. l'archipel sont des laves bleues et jaunâtres entourant des masses de porphyre. (Belcher, mémoire cité)...

Un îlot voisin, Matacong, appartient à la France, tandis que les îles de Los sont territoire anglais

Sur le promontoire de Tombo, en face des îles de Los, se fonde le village de Konakri, qui paraît devoir se peupler rapidement comme escale des bateaux à vapeur : c'est le point d'attache d'une branche du câble maritime d'Europe à la côte de rOr et au Gabon. Les îles de Los, que les chefs indigènes ont louées aux marchands anglais, ont beaucoup perdu de leur importance commerciale dans ces dernières années ».

Voilà tout ce que trouve à en dire Elisée Reclus et cependant à la page 333 de son douzième tome, il en donne une petite carte très exacte, avec l'indication précise des profondeurs marines qui, au centre entre les deux îles principales en forme d'arôte de poisson, c'est-à-dire Tamara etFactory island, comme il les appelle en anglais (?) sont à peu près nulles, c'est-à-dire de zéro à dix mètres.

Mais il n'y a pas lieu d'en vouloir à Reclus et s'il raisonnait ainsi en 1887, voilà à peine dix-neuf ans, c'est que, s'il avait bien préMi relativement le développemement de Conakry, il ne

pouvait pas supposer qu'il serait, ni si rapide, ni si important. En effet, aujourd'hui, il n y a pas moins de cinq lignes venant d'Europe, une faisant la côte et venant du Sénégal et six ou sept autres descendant vers le Cap en faisant la côte, qui fassent escale à Conakry. Il y a un chemin de fer en projet qui doit remonter jusqu'à Timbo et Kouroussa ; cette ville et ce port sont en passe de devenir l'un des points importants de la ^ côte, de Dakar à Grand-Bassam.

I Mais nous voilà déjà armé et éclairé suffisamment pour

I conclure. M. Vivien de Saint-Martin nous apprend, ce qui est

t; d'ailleurs la pure vérité, que rien n'a été conclu par la Conven-

S; tion provisoire de mai 1881. C'est là un premier point acquis

f^ et Elisée Reclus qui semble ne s être occupé qu'incidemment

^ de la question, nous fournit l'argument décisif en faveur du

f droit de propriété entier, absolu, intégral de la France, sur les

^ îles de Los, quand il constate que les indigènes les ont louées

f{ aux marchands anglais !

l C'est toujours la même histoire qu'à l'île de Pâques, que

f. partout où nos gouvernants ne savent pas faire respecter nos

: . droits les moins contestables, les plus intangibles.

f La Guinée française, de la frontière de la Guinée portu-

gaise à celle de Sierra-Leone est bien à nous, personne ne nous ' conteste, par exemple, les îles de Tristao ou Tristan^ comme

personne ne conteste au Portugal, à côté devant ses côtes de Guinée, la légitime possession de l'archipel des Bissagos. A bien plus forte raison doit-il en être de même pour nous des îles de Los qui touchent à la pointe de Tombo, à Conakry même, c'est-à-dire à la capitale de la colonie.

Comment voulez-vous que des indigènes, que des noirs qui habitent un territoire, un pays qui appartient officiellement, effectivement et réellement à la France, aient le droit d'en louer une partie, encore moins d'en vendre ou d'en aliéner une partie au profit d une autre nation ?

En droit international, comme en droit naturel, ce n'est pas possible. Je ne suis pas de ceux qui insultent constamment

l'Angleterre ; je pense, au contraire, que c'est une très grande et très belle nation, capable tout comme nous, de reconnaître la justice, l'équité, la vérité et je suis persuadé qu'il suffira à notre diplomatie d'exposer simplement la question, comme je viens de le faire, pour obtenir imn^édiatemant de nos voisins la juste satisfaction sur laquelle nous pouvons compter, en vertu de nos droits antérieurs et incontestés.

Ces sentinelles à la porte de notre capitale sont intolérables, d'autant plus intolérables que les Anglais n'en ont pas besoin, comme le faisait remarquer très justement M. d'Aix.

Seulement on est vraiment attristé de voir combien l'on se tient peu au courant de pareils litige^: en France même. Ainsi il est bien certain qu'en Angleterre même nos voisins savent que les îles de Los ne sauraient pas leur appartenir en droit, à la première réclamation sérieuse de notre gouvernement et cependant des cartes admirablement faites comme celles de l'Atlas des Colonies françaises de M. Paul Pelet, les portent comme appartenant à l'Angleterre.

Il y a là une méconnaissance vraiment regrettable de nos droits les plus sacrés, contre laquelle on ne saurait trop s'élever !

Cependant maintenant la question paraît être suffisamment élucidée pour espérer que notre diplomatie tiendra à honneur d'y apporter promptement la seule solution, conforme à l'équité et au droit international qu'elle comporte, c'est-à-dire la reconnaissance par l'Angleterre des droits de la France sur les îles de Los.

Et pour moi, la question est si claire et si évidente qu'il me paraît qu'une simple note échangée de bonne fctt axecle Foretng Office suffira pour obtenir une solution pacifique qui s impose à tous les esprits non prévenus et au courant de la question (1).

(1) Depuis r entente cordiale on sait que r Angleterre nous a rendu les îles dp Los, qui ne lui appartenaient pas contre nos droits de pêche incontestables «t incontestés sur la côte de Terrre-Neuve ; on ne sait qui admirer le plus de r habileté de T Angleterre, ou de la naïveté de nos diplomates.

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