SAINT-BARTHÉLEMY ET SAINT-MARTIN
Après avoir examiné les dépendances immédiates de la Guadeloupe, telles que'les Saintes, Marie-Galanjie et la Désirade, nous allons passer à travers une partie des petites Antilles Anglaises, telles que les iles de Montserrat, Antigua, Saint-Christophe, etc., pour arriver à nos deux petites îles de Saint-Barthélémy et de Saint-Martin, bien peu connues de la majorité des Français.
L'île de Saint-Barthélémy, à 475 kilomètres au nord de la Guadeloupe, est entourée, elle-même, au nord par Tîle Saint- Martin dont elle est séparée par le canal de Saint-Barthélémy, à l'ouest par Saint-Christophe et au sud-est par Barbuda ou la Barbade, ces deux dernières à l'Angleterre.
^ SaintrBarthélemy fut française de 1648 à 4784, époque à laquelle la France la céda à la Suède qui nous l'a rendue le iO avril 1877.
Longue de 9 kilomètres sur une largeur de 3 kilomètres, en moyenne, sa superficie ne dépasse guère 2.400 hectares. Maïs comme cette île calcaire possède des côtes très découpées, son littoral ne mesure pas moins de 25 kilomètres.
Les extrémités de l'Ile sont marquées par la pomle Nègre au sud, la pointe Colombier à l'ouest et la pointe Toiny à l'est. En tout temps Ton peut pénétrer dans les baies de Saint-Jean au nord et de Gustavia, à l'ouest et cette dernière même constitue une excellente position stratégique pour une escadre. Le fait est à retenir dans ces Antilles, où il n'y a généralement que des rades foraines, plus ou moins sûres et où les fameux rowleauXy comme l'on dit dans le pays, grandes vagues tout à la fois courtes et rapprochées qui se lèvent tous les jours sur le
coup de onze heures à midi, ne sont pas toujours sans danger dans ces mers chaudes, où les ports sont encore plus particulièrement infestés par les requins.
L'on compte environ 18.000 habitants dans toute File et la ville principale, la capitale si l'on peut dire, est Gustavia, à l'entrée de la rade du même nom et qui est restée ainsi appelée depuis Toccupation suédoise.
La constitution calcaire de Tile dont je parlais tout à l'heure et qui n'est qu'un accident dans la constitution géologique générale des Antilles, rend son sol d'une aridité et d'une pauvreté de végétation qui n'est heureusement qu'une exception, mais qui contraste singulièrement avec la végétation luxuriante des autres Antilles. Aussi, heureusement pour elle, Saint-Barthélémy possède d'autres richesses, car l'on y trouve d'importantes salines et une mine de zinc et de plomb.
Au nord de Saint-Barthélémy et dans un rayon de 8 kilomètres environ, se trouvent quelques petites îles ou ilôts qui nous appartiennent également et dont les principaux sont : la Fourche, la Frégate^ le Chevreau, l'île Boulanger^ etc., comme l'on trouve les îles Coco, Fourmi, etc. au sud, de l'autre côté de l'île, mais qui sont sans importance.
Encore un peu plus au nord, à 233 kilomètres de la Guadeloupe, se trouve File Saint-Martin qui est située à l'extrémité nord de la chaîne des petites Antilles, et dans un groupe assez dense de petites îles ou îlots.
Les îles les plus proches sont celles de r Anguille qui appartient à l'Angleterre, de Tintamarre et de Saint-Barthélémy dont je viens de parler, ces deux dernières à la France également.
Elle était propriété française depuis 1639 ; mais, avec notre jolie indifférence coloniale ou plutôt ignorance coloniale, nous restâmes neuf ans sans nous en occuper, sans y fonder aucun établissement, et, lorsqu'en 1648, nous nous décidâmes à l'occuper, les Hollandais y débarquèrent presqu'en même temps que nous.
Mais il était dit que tout serait extraordinaire dans cette île, depuis cette époque jusqu'à aujourd'hui. Jugez-en un peu par ce court résumé de sa modeste histoire. Il y eut d'abord des querelles, des démêlés entre Français et Hollandais qui voulaient réciproquement se jeter à la mer ; mais comme il * n'y avait que dç braves gens des deux côtés, bientôt les deux partis se jurèrent une amitié réciproque, inaltérable, touchante et éternelle, et ce qu'il y a vraiment de merveilleux, c'est qu'elle dure encore aujourd'hui et qu'elle n a jamais été troublée par le plus léger nuage, la loyauté des Français et des Hollandais étant absolue, car, c'est de lopéra-comique que l'on pourrait mettre en musique sous ce titre alléchant : Les frères Siamois desAnlilles I Mais où ça devient tout à fait amusant, c'est que Saint-Martin étant relativement très éloignée de la Guadeloupe — plus de 50 lieues — jouit d'un régime commercial spécial et n'a que peu de rapport avec la dite Guadeloupe dont elle n'est officiellemment qu'une dépendance, ce qui lait que l'île a été surtout peuplée par des Anglais qui y ont introduit leurs mœurs, leur influence et jusqu'à leur langue.
Les Hollandais et les Français planent sur le tout et tout le monde vit dans une très bonrie intelligence ! ça, ça pourrait s'appeler Vile heureuse ou le trio parfait ! J'en recommande l'étude tout particulièrement à Barnum et à nos politiciens !
L'ile d'une superficie de 8.000 hectares environ, fut donc partagée entre la France et la Hollande et les deux tiers appartiennent à la France. Elle se compose de deux parties : le& Terres-Basses et la Gh^ande-Terre, Au milieu des Terres-Basses se trouve une vaste nappe d'eau, couverte de fertiles îles, connu sous le nom à'Etang de Simpson, qui ne communique pas. d'ailleurs avec la mer et qui est comme un petit Morbihan fermé en miniature.
Le Marigot est le chef-lieu de la partie française ; l'intérieur de l'île est couverte de montagnes d'une certaine élévation, dont la plus élevée, le Mon-ne Paradis qui est en territoire français, a 585 mètres d'altitude. A la fin de la saison des pluies, le sol,.
quoique léger et pierreux, devient très fertile, et si les côtes sont très poissonneuses, la chasse n est pas moins abondante.
itofin, chose à retenir, le cliraat de SaintrMartin est très tempéré et infiniment plus régulier que dans les autres Antilles, ce qui fait que les Européens s'y acclimatent très facilement. Cest peut-être pour cela aussi que Français, Hollandais et Anglais y vivent en si bonne intelligence» Cependant nous ne ferions pas mal détacher de réagir un peu et de tâcher de lutter amicalement contre cette influence anglaise qui, au seul point de .vue économique même, n'est pas sans danger pour notre commerce.
Au pied de la pointe nord se trouve Ylle Tintamai^-e qui nous appartient également et qui, par sa position même, est d'une certaine importance pour nous.
Je dirai peu de chose du climat, (Jes cultures, etc., parce que nous sommes là en pays intertropicaux et que les observations générales, en dehors des particulières que j'ai dû faire, sont toujours les mêmes.
Il y a trois saisons tranchées ; l'hivernage ou saison des pluies, de juillet à novembre, la saison fraîche... relativement, de décembre à mars, et la saison sèche, d'avril à juin compris ; la température moyenne est de 26o, au-dessus de zéro, sauf peutêtre à Saint-Martin et à la Désiradè, où, comme je l'ai fait remarquer, le climat, soit à cause de la situation dans le Nord ou de la sécheresse de l'air, est plus particulièrement sain que dans les autres Antilles, du moins à ma connaissance, car il peut y avoir quelques points particuliers dans les îles anglaises, aussi sain et que je ne connaisse pas personnellement.
L'ensemble des forêts renferme environ 250 espèces de bois, dont plusieurs espèces pour l'ébénisterie de luxe, puis toutes les variétés élémenlaires que l'on retrouve sous les tropiques, tels que bananiers, arbres à pain, cocotiers, orangers, citronniers, limoniers, manguiers, figuiers, goyaviers, ananas, sapotilliers, papayers, tamariniers, corosolliers, pommiers-cajoux, etc.
Il n'y a pas d'animaux sauvages ; il y a bien quelques mangoustes, jolis petits animaux qui détruisent les rats et si le trigonocéphale est un serpent fort dangereux, on ne le trouve heureusement qu'à la Martinique et à Sainte-Lucie, — cette dernière aux Anglais. Les pâturages fournissent des chevaux créoles, moitié mexicains et moitié arabes d'origines, qui sont sobres et résistants comme des chameaux, c'est le cas de le dire. Ils ne sont pas très vifs, mais jamais fatigués et j'en ai usé sous toutes les formes, toujours avec une satisfaction sans pareille ailleurs.
A part les arbres fruitiers que je viens de citer, on cultive sur une grande échelle dans nos petites Antilles, les caféiers qui donnent les meilleurs cafés du monde, les cacaoyers, 'les cotonniers, les poivriers, vanilliers, tabac, maïs, manioc, arrowroot, tayaux, malangas, patates douces ou non et tous les tubercules farineux en général, la vigne dans certaines îles moins chaudes, la canne à sucre, le rocou qui produit des résultats vraiment merveilleux, comme matière colorante d'un beau rouge vermeil, laramie, etc., etc.
En somme ces petites Antilles, tout comme nos possessions .océanniennes,sont de véritablesparadis terrestres, d'une incomparable fertilité et nous avons le grand tort de ne pas les connaître et de ne pas nous en occuper assez ; car elles le méritent à tous égards, non seulement pour elles-mêmes, mais surtout pour la grandeur et la prospérité de la Métropole, surtout à la veille de l'ouverture de l'Isthme de Panama, comme je ne cesse de le répéter depuis un tiers de siècle !
Je connais bien les petites Antilles, j'y suis marié, je les aime, et je voudrais bien cependant espérer qu'un jour ma voix sera entendue, avant qu'il soit trop tard.