REMPLACEMENT DE LA COTE DU VERITAS
Je faisais remarquer dans mon avant- dernier chapitre, ici même, combien la question du droit des tiers elait difficile à résoudre et .je cherchais à expliquer pourquoi ; or, voilà qu'aujourd'hui les Anglais protestent et réclament au nom de leurs commerçants. Je ne veux pas revenir sur la question et rechercher qui a raison des deux gouvernements, mais simplement faire remarquer encore une fois, que nous sommes là, en face d'un bloc de difficultés de toutes natures et qu'il serait vraiment puéril de ne pas chercher à les résoudre une fois pour toutes et voilà pourquoi je publie moi-même, ici, ce longtravail en ce moment, faisant appel à toutes les bonnes volontés, surtout à celles du gouvernement, de l'Adminigtration si Ton veut, et des sociétés concessionnaires, les premières intéressées à voir intervenir, une prompte, définitive et équitable solution.
Ceci dit, nous allons voir aujourd'hui pourquoi " l'Union Congolaise française", au nom des sociétés syndiquées qu'elle représente, demancîait depuis près de doux ans la révision de larticle 13 du cahier des charges. En elTet, Tobligation inscrite au deuxième paragraphe de l'article 13 du cahier des charges, ne lui paraissait pas réponch'e au but que s'est proposé l'Administration, qui est évidemment, dit-elle, d avoir un critérium sur la bonne construction et la sécurité des bateaux que les sociétés concessionnaires au ('ongo Français, sont tenues de construire et de metti'e à flot sur les fleuves et rivières du Congo.
A ce propos mes lecteurs n'ont qu'à se rei)ortor aux tableaux que j'ai (loTui-^s au début de ces études.
La dite clause concernant les bateaux est conçue en ces deux termes :
« Ils seront cotés ou Veritas ou en Lloyd à une cote agréée par l'Administration. »
Les sociétés concessionnaires font remarquer avec assez de raison qu elles ne verraient aucun inconvénient à se conformer rigoureusement à cette prescription du cahier des charges, si les bateaux qu'elles sont dans Tobligation de construire pouvaient être renvoyés à Brazzaville et au cap Lopez dans l'état exigé par le Veritas et le Lloyd pour en obtenir la bonne cote, c'est-à-dire complètement terminés, prêts à naviguer, ce qui naturellement nécessite un montage parfait; avec les machines et les dilîérents organes en place, fixés à demeure, soigneusement et solidement boulonnés et rivetés.
On ne saurait mieux dire et, dans son mémoire adressé au Ministère des Colonies, l'Union Congolaise ajoute fort judicieusement : Tout ce travail serait fait en pure perte, car nos bateaux, pour être transportés à Brazzaville ou au cap Lopez, doivent être tronçonnés, coupés en parties de dimensions et dt» poids suffisamment réduits pour en permettre le transport par le chemin de fer de l'Etat indépendant et les vapeurs européens qui font le sei'vice de la Côte Occidentale d'Afrique.
Les bateaux reconstruits à Brazzaville ou sui- rOgooué seront certainement identiques, en tant que matériaux, aménagements et formes extérieures, à ceux cotés par le Veritas et le Lloyd, mais ils en dilTèi'eront notablement dans la solidité des assemblages d'où dépend, en majeure partie, la sécurité des bateaux, quoi que l'on fasse, quelles que précautions que l'on prenne, quelle que soit la compétence professionnelle des ouvriers, il saute aux yeux que les assemblages ne seront jamais aussi parlaits ([ue dans leur état primitif et cela, uniquement parce que les pièces auront été iatiguées dans le travail du sectionnement, quel que soit le soin que l'on apportera dans cette opération, quelque précaution que Ton apportera dans le démontage et surtout le dérivetage des pièces, il en résultera
fatalement des gerçures, craqures et déformations plus ou moin^ grandes des fers et des tôles.
La question est ainsi posée nettement, clairement et cette franchise, d'ailleurs nécessaire aux yeux des gens de métier, car il n y a hi que l'énoncé des faits matériels bien connus pour quiconque est un peu au courant de la construction navale, n'en honore pas moins les sociétés et prouve une fois de plus combien il est dangereux en matière coloniale de vouloir tout réglementer de loin, dans les bureaux de la Métropole, avec les traditions, sans doute respectables, des vieux peuples, mais souvent les plus inapplicables quand il s'agit de pays neufs. ^ Cette constatation elle-même, il ne me conviendrait pas de
la faire sans restriction, comme je l'ai déjà dit, car en effet, au Congo Français plus que partout ailleurs, tout est convenance du moment, opportunité et contingence relative; mais cette fois, dans Tespèce, il me semble que les sociétés protestataires sont absolument dans leur droit et ont la matérialité des faits, lexpérience pour elles.
En elTet, dans de pareilles conditions, quelle serait la garantie donnée par la cote du Veritas et ne serait-on pas autorisé il la considérer comme illusoire ? Cependant les sociétés concessionnaires n'en auraient pas moins supporté les dépenses résultant : 4« d'un démontage complet ; 2» d un sectionnement ; I;. 3« du remplacement ou de la réparation des pièces avariées ;
? 4^ du prix de la cote; 5^ d'une perte de temps toujours consi-
:• dérable et qui pourrait, le plus souvent, être très préjudiciable