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AU CONGO FRANÇAIS

OPINION DU GOUVERNEMENT SUR LES DESIDERATA DE l'UNION CONGOLAISE FRANÇAISE. — UN PEU DE STATISTIQUE.

Je crois avoir exposé dans les précédents chapitres aussi succinctement et clairement que possible les principaux desiderata des sociétés concessionnaires, formulés et condensés par rUnion congolaise, au nom des parties intéressées.

Aujourd'hui, je vais m'efforcer de résumer, toujours d'après la même méthode, Topinion de M. Albert Grodet, commissaire général du gouvernement au Congo français, dontractivité et la puissance du travail sont bien connues.

C'est au cours d'une visite faite par le Comité de l'Union, si mes souvenirs sont bien exacts, que le Gouvernement eut l'occasion de formuler son opinion à peu près dans les termes suivants. Mais avant, je vais faire remarquer au lecteur qu'il n'a qu'à se reporter à ce que j'ai exposé précédemment, pour suivre exactement la pensée du Commissaire général.

« Vous me demandez mon avis au sujet de la main-d'œuvre; tout en reconnaissant la nécessité impérieuse de l'organisation, il ne me semble pas possible de pouvoir donner satisfaction à la demande des sociétés en ce qui touche l'impôt de prestation, par suite des très vives critiques formulées contre la corvée et les prestations par le rapporteur du budget des colonies, ce qui a contraint le ministre à en ordonner la suppression à Madagascar, où le général Galliéni l'avait établi. Sous la même pression, le Ministre venait de nommer une commission chargée de l'étude des mesures propres à assurer une justice équitable aux indigènes, et puis, avant d'établir aucun impôt, il faut auparavant s'assurer des moyens de le recouvrer, ce qui est fort juste. Puis il ajoutait à propos de l'impôt de capitation et de la facilité

donnée aux indigènes de l'acquitter en ivoire ou en caoutchouc, qu'il réservait son opinion, ayant besoin d étudier la question à fond, avant de se prononcer.

Il fit la même réponse à propos des droits des tiers, et, abordant la question des facilités à accorder pour le paîment des droits de douane, il fit remarquer que la colonie ayant besoin d'argent pour payer ses fonctionnaires, serait obligée, si le système proposé était adopté, de faire venir elle-même d'Europe les monnaies d'argent qui lui seraient nécessaires et supporterait naturellement les frais devant résulter de cet envoi, ce qu'il ne saurait admettre, d'autant plus que le ministre des Finances ne se prêterait jamais à une combinaison de ce genre, laquelle tendrait à transformer le Trésor en une véritable banque à la disposition des sociétés. Mais, par contre, il étudîrait volontiers la question du chargement des lettres dont tout le monde lui parle en ce moment. Quant à la revision de l'article 13 du cahier des charges, le ministre des colonies est seul qualifié pour répondre à cette question.

Cependant, au sujet des fusils à piston, tout en reconnaissant volontiers qu'ils n'étaient ni plus ni moins dangereux que les fusils à silex tolérés, le commissaire général affirme qu'il ne peut rien répondre, et pour moi, je me permettrai de croire qu'il a manqué d'initiative, car, comme je l'ai constaté, cette interdiction ne sert qu'à provoquer la fraude sur une vaste échelle, au profit de nos voisins sur la côte Occidentale.

Enfin, M. Grodet, à propos des dates de départ des courriers d'Europe partant de Brazzaville, reconnaît qu'il y a lieu de modifier les dates de la dernière levée, comme les concessionnaires en expriment le désir.

Alors se produit un incident bien typique ; un membre du Comité prend la parole et lui fait remarquer que le bureau de poste de Brazzaville confie la distribution des lettres à un bon noir illettré qui présente le paquet de lettres qui lui a été remis à tous les Européens qu'il rencontre sur son chemin.

Chacun fouille à son gré et prend ce qui lui convient ; mais

malheureusement des personnes peu scrupuleuses se sont appropriées ainsi des lettres qui ne leur appartenaient point et ne leur étaient point adressées.

Cette fois, le Gouverneur prie le Comité, de vouloir bien lui écrire par le premier courrier une lettre lui rappelant ces faits, pour qu'il prescrive, dès son arrivée au Congo, la cessation d'un pareil abus.

Aujourd'hui c'est fait, et M. Grodet a tenu parole; mais j'ai tenu à rapporter le fait qui remontait à 1902, en somme, à peu de temps, pour montrer comment tout se passe d'une manière vraiment par trop fantaisiste dans ces pays neufs.

A propos du dernier vœu des sociétés concessionnaires se rapportant aux modifications apportées au tarif douanier, il affirme que, personnellement, il n'a jamais voulu modifier un impôt, surtout pendant un exercice, que si, dans la suite il agit ainsi, c'est qu'il y sera contraint, en vue de parer à un déficit du budget et seulement en fin d'année. Puis il ajoute relativement à l'emploi des sommes provenant des redevances que les sociétés doivent verser annuellement dans les caisses de la colonie et qu'elles désireraient voir affecter uniquement à l'exécution de travaux d'utilité publique, que quant à lui, il s'efforcera toujours dans son administration, de sauvegarder tout à la fois et dans la mesure du possible, les intérêts de l'Etat et ceux des concessionnaires. Et .c'est pour obéir au même ordre d'idée qu'il donna l'assurance la plus formelle de ne rien distraire de leur emploi spécial des contributions imposées aux sociétés pour l'établissement de nouveaux postes de douane et la construction de lignes télégraphiques.

Enfin, comme lentretien allait prendre fin, un incident bien inutile et des plus regrettables, suivant moi, s'est produit.

Le commissaire général n'osant pas l'attaquer ouvertement, s'est plaint du syndicat formé par les agents des sociétés qui existent à Brazzaville, en demandant qu'on les invite à la plus grande prudence dans leurs délibérations et les vœux qu'ils pourraient formuler.

Naturellement, au lieu de prendre sa défense, les membres présents se sont empressés de déclarer qu'ils n'avaient aucune attache avec le syndicat, en bons disciples de saint Pierre, qu'il avait été reconnu et approuvé par l'Administration, mais que, néanmoins,. les sociétés s'empresseraient d'envoyer à leurs agents des instructions conformes au désir de M. le Gouverneur !

Voyez-vous çà, çà rie suffit pas de traiter trop souvent les noirs comme des esclaves, il faudrait encore traiter les blancs comme... des nègres !

En vérité, c'est merveilleux de voir que ces messieurs n'ont jamais entendu parler de la loi de M. Waldeck-Rousseau sur les syndicats ! Non seulement pour le bien de ces employés, mais pour le bien de la colonie, il faut que le syndicat existe; il a pour lui la loi, le droit et la justice, et pel'sonne n'a le pouvoir d'y toucher, pas plus un comité qu'un gouverneur.

J'ai exposé, du moins, je le pense, avec une entière impartialité, les vœux des sociétés concessionnaires et l'opinion du commissaire général, c'est-à-dire du ^gouvernement et, pour remonter déjà à de longs mois, ces faits n'ont point perdu de leur valeur ou de leur actualité, car, malheureusement, au Congo français, comme dans tous les pays neufs, du reste, les solutions ne sont jamais promptes.

Cependant, avant de poursuivre le cours de ces études et d'en revenir à la main-d'œuvre, cette fois, d'après les derniers documents, je crois qu'il est absolument nécessaire de faire aujourd'hui un peu de statistique d'après;les^indications fournies par une autre lettre de l'Union congolaise,^, à M. Grodet ; ce sont là des chiffres officiels que l'on nejsaurait mettre en doute et qu'il est bon de ne pas perdre de vue dans ce modeste travail.

Le lecteur en a bien déjà trouvé quelques-uns dans les deux tableaux que j'ai publiés au début ; mais, il est cependant nécessaire de les grouper ici sans un raccourci vraiment saisissant, avant d'aller plus loin.

A cette époque, — et depuis, il n'a pas dû se produire des modifications bien sensibles, du moins, à ma connaissance — les 41 sociétés, créées en vue dé l'exploitation agricole, commerciale et industrielle du Congo français, représentaient un capital, s'élevant exactement à 61.350.000 francs.

Pendant les cinq premières années de leur existence, ces sociétés doivent payer, annuellement, une redevance de 266.050 francs, redevance qui atteindra le chiffre important de 533.000 Irancs, à partir de la onzième année.

Ces sommes sont destinées à alimenter le budget de la colonie.

Les sociétés devaient aussi construire et entretenir 14 bateaux à vapeur, grand modèle, 35 bateaux petit modèle et 12 embarcations diverses, pouvant être réquisitionnées en tout temps pour le transport et la relève des troupes, des approvisionnements, le service de la poste, etc., etc.

Comme nous venons de le voir plus haut, les sociétés concessionnaires doivent contribuer à la création de nouveaux postes de douane, pour la somme de 922.500 francs et à la construction de lignes télégraphiques, pour la somme de 260.000 francs.

Elles ont eu à déposer un cautionnement de 1.016.000 fr. et si Ton additionne le montant de toutes ces charges, on arrive au chiffre vraiment exorbitant de huit millions pour une année seulement!

Mais, ce n'est pas tout, TEtat s'est encore alloué une quotepart de 15 0/0, dans la répartition des bénéfices des sociétés concessionnaires, sans pour cela, les exonérer d'aucun des droits et impôts existant dans la colonie.

Ces chiffres sont assez éloquents par eux-mêmes et démontrent, tout de suite, que l'épargne française, par les capitaux qu'elle y a engagés et le budget de l'Etat aussi bien que celui de la colonie, sont grandement intéressés à la nécessité du groupement d'aussi vastes entreprises.

Du reste, les instructions ministérielles ont toujours été de

mon avis et je ne puis mieux faire que de rappeler ici le passage suivant de lune d'elles : « Vous devez considérer en ce qui vous concerne, que non seulement le succès des exploitations projetées, intéresse, au plus haut degré, l'avenir de lacolonie, mais encore qu'il doit avoir en France, un écho retentissant, et que cette répercussion, mieux que toute œuvre de propagande, peut contribuer au développement de notre empire colonial. i>

Voilà, certes d'excellentes paroles, auxquelles je ne saurais trop m'associer, surtout si les actes viennent les corroborer utilement!

La conclusion, à tirer de tout cela, c'est que nous nous trouvons là, véritablement, en face d'un effort considérable qui intéresse la France entière, qu'il importe de ne pas laisser péricUter l'œuvre commencée et que nous devons tous, sociétés concessionnaires, administration et modestes économistes, faire tout notre possible, pour arriver à surmonter les difficultés présentes, dans l'intérêt commun de la Métropole et de la colonie.

Là, est le salut et pas ailleurs!

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