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UETAT ACTUEL DE LA QUESTION

LES SOCIÉTÉS CONCESSIONNAIRES PROTESTENT. — UNE LETTRE AU MINISTRE DES COLONIES

Maintenant, il me reste à examiner toujours avec le même esprit d'impartialité, l'état actuel de la question, et je pense que je ne saurais trouver de meilleurs éléments d'information que ceux qui me sont fournis par la lettre du président Y Union Congolaise^ adressée au Ministre des colonies, le 26 mars 4902.

Je vais donc en rapporter les passages principaux, me réservant de formuler les réserves nécessaires que semblent comporter certaines affirmations.

« En vous adressant la présente lettre, dit le président, nous avons l'honneur de vous faire connaître que les termes en ont été arrêtés, et son envoi décidé, par l'assemblée générale des Sociétés Congolaises adhérentes à notre syndicat ».

Nous nous trouvons donc bien en face des derniers desiderata des sociétés concessionnaires et nous allons enfin, après cette longue enquête; après avoir exposé toutes les pièces du procès, comme l'on dit, pouvoir dissiper les dernières obscurités.

Je poursuis mes citations:

« Nous venons, de nouveau, Monsieur le Ministre, vous exposer leurs doléances, au moment où, pour la troisième fois, on leur demande le paîment de la redevance annuelle.

€ Elles n'auront certainement pas à vous démontrer que jusqu'ici, l'Etat et la Colonie du Congo ont, seuls, bénéficié des entreprises congolaises créées sous le patronage, non absolument désintéressé, du Gouvernement Français. Le délégué de votre département que vous avez placé auprès des sociétés}

avec charge de contrôle et de vérification de leurs opérations, vous a fait connaître le résultat financier des premiers exercices. Ce résultat a déterminé quelques-unes à se retirer; d'autres, vous le savez, Monsieur le Ministre, ont cherché, soit en fusionnant entre elles, soit par d'autres moyens, à améliorer leur situation ; mais les moins nombreuses sont celles qui peuvent envisager l'avenir avec confiance ».

Cette franchise a vraiment quelque chose de douloureux et de tragique, en ce moment ; mais s'il en est ainsi, la faute à qui, la plupart du temps? Je Tai dit et ne saurais trop le redire: une partie des sociétés concessionnaires avaient demandé de vastes territoires, sans même les avoir fait prospecter à fond, ou superficiellement, ce qui était une première folie et ensuite ces mêmes sociétés, sans recommandation ou pour toute autre cause, envoyaient des hommes absolument incompétents et ignorants des choses d'Afrique, pour organiser et mettre en valeur ces territoires.

Il faut bien l'avouer : avec de pareils procédés on marche à coup sûr à la ruine et ce n'est pas ainsi que l'on met sur pied de grandes entreprises coloniales. Mais passons.

« Ce résultat est bien différent des espérances du début, lesquelles étaient cependant amplement justifiées autant par la richesse propre du Congo que par l'importance des capitaux engagés, la puissance des moyens d'action et les succès incontestables obtenus par des entreprises similaires dans l'Etat indépendant du Congo. Cet* optimisme ne pouvait èti-e que fortifié par les déclarations du Gouvernement français, lequel, dans les instructions officielles du 24 mai 1899, avait promis d'accorder à ces entreprises tout son concours, son appui le plus bienveillant, en vue d'assurer leur réussite.

Or, nous avons pu constater que l'Administration coloniale n'a jamais considéré les concessionnaires que comme des débiteurs devant, à échéance fixe, verser dans sa caisse le montant des redevances qui leur étaient imposées, mais qu'elle ne s est nullement préoccupée des mesures à prendre pour leur

permettre de récupérer les sommes déboursées par eux, en leur facilitant les moyens de se créer des ressources correspondantes aux frais élevés qu'entraînent toute opération coloniale, principalement dans ses débuts.

Là encore il faut bien reconnaître que ce n'est point le rôle du Gouvernement ; il a exigé des redevances trop lourdes, c'est.possible, mais ce n'est pas à lui à indiquer aux Sociétés le moyen de faire des affaires et c'est toujours la même histoire : on pourra leur reprocher leur étonnante légèreté. Il s'agissait là d'un véritable contrat synallagmatique. Pourquoi l'ont-elles signé ou consenti? Ceci dit, je suis le premier à reconnaître que le Gouvernement devrait leur accorder, en ce moment, tous les tempéraments désirables, dans l'intérêt de tous, pour tacher de leur éviter le naufrage final et irrémédiable.

Mais comme toujours par la voie détournée, nous allons revenir fatalement à la question brûlante, à celle dans laquelle bénévolement les Sociétés se sont enferrées par leur inconcevable entêtement, à* la grosse et quasi unique quesMon de la main d'œuvre, en un mot :

€ A différentes reprises, vous avez bien voulu, M. le Ministre, nous témoigner, de vive voix et par écrit, du très grand intérêt que vous n'avez cessé de porter à la cause des concessionnaires congolais. Nous eussions été heureux de voir vos excellentes intentions réalisées et mises en pratique par l'Administration du Congo.

« Nous assistons, au contraire, à un spectacle vraiment éti'ange ? Tandis que vos instructions officielles du 30 novembre, prescrivent aux fonctionnaires coloniaux de <l venir en aide dans la plus large mesure aux entreprises des concessionnaires », M. le Commissaire général du Gouvernement, par ses instructions confidentielles, prescrit aux mêmes fonctionnaires de faire connaître aux noirs qu'ils ne sont pas tenus, ni de travailler, ni de fournir, même à prix d'argent, des vivres aux blancs; que ces derniers ne sont rien, etc..

a: Si vos instructions, Monsieur le Ministre, ne sont pas observées, il n'en est pas de même de celles de M. le Commissaire général; il tient la main à ce que Ton s'y conforme strictement. Nous ajouterons que les noirs n'ont que trop abondé dans le sens de telles recommandations, si bien appropriées à leurs habitudes de paresse et à leurs instincts persistants d'indépendance.

« Semblables instructions, ne trahissent-elles pas la grande cause d'éducation, de civilisation et d'assimilation de la race nègre, à laquelle l'Administration coloniale a le devoir de s'employer, de se consacrer toute entière... ?

« Ne tendent-elles pas, en effet, à restreindre les rapports des agents des concessionnaires avec l'élément indigène ?. . . .

« L'Administration coloniale ne devrait-elle pas, au contraire, agir dans le sens opposé; c'est-à-dire tout faire pour arriver à rendre ces rapports des plus fréquents, afin d'amener les noirs à contracter par suite de leur contact journalier avec les européens, des habitudes et des besoins qu'ils ne pourraient satisfaire que par le travail. »

Non, les instructions si sages et si humaines du Commissaire général, ne trahissent pas du tout la cause de la civilisation, elles veulent simplement empêcher le rétablissement de l'esclavage par les voies détournées et ce n'est que justice.

Elles ont absolument raison d'affirmer que le noir est libre de travailler ou non et ce n est pas par la Chicolte que vous le ferez travailler poui^ rien !

La seule solution réside en Afrique dans le travail libre et honnêtement rémunéré des noirs et encore une fois, avec de nouvelles preuves à l'appui, avant d'aller plus loin, je le démontrerai dans le prochain chapitre d'une façon si claire et si précise que personne ne pourra conserver aucun doute à ce sujet.

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