‹ La concurrence étrangèreChapitre 60 sur 119 · DÉTAILS EXACTS · texte numérisé non relu

DÉTAILS EXACTS

On commence maintenant à avoir des récits très fidèles de la catastrophe par ceux mêmes qui ont pu en voir une partie, joon pas à Saint-Pierre même ou dans les environs immédiats, 'Car sauf une femme que Ton a retrouvée respirant encore trois jours plus tard dans son bain et le malheureux noir au fond de jaoxi cachot, tout le monde, sans exception a péri sur le coup à Saint-Pierre et dans les faubourgs.

Voici deux courts résumés, vraiment saisissants faits par les témoins à distance dont je viens de parler.

C'est d'abord un négociant, un M. Leclerc qui habitait l'été une maison de campagne sur le Morne du Parnasse, sur la côte de la Montagne Pelée, aussi très élevé et assez éloigné.

La veille de l'éruption, c'est-à-dire le 7 mai, il voulait absolument rester en ville pour le c Packet d, c'est-à-dire pour le bateau qui devait emporter le lendemain la correspondance sur l'Europe. Sa femme insista pour qu'il vienne retrouver le soir la famille.

— Mais il n'y a aucun danger.

— Alors nous restons tous.

Et comme sa femme lui avait arraché la promesse de remonter le soir, il rentra et le lendemain la voiture était devant la porte pour le reconduire, lorsqu'il vit le Mont Pelée s'ouvrir en deux sur la ville et avant qu'ils n'eussent tous compris, lui et les siens virent « tous les gens qui étaient dans les champs ou sur les routes tomber à l'instant foudroyés. » . D'un autre côté, également sur une hauteur, un négociant rentrait en ville dans sa voiture. Tout à coup ses mules terrifiées rebroussaient brusquement chemin et remontaient la côte au

triple galop, tandis qu'il voyait aussi en bas sur les routes les cavaliers et les chevaux tomber foudroyés, morts sur place, ce que Ton n a compris que plus tard, bien entendu.

Toute une série de phénomènes terrifiants se sont produits simultanément et instantanément comme lorsqu'il arrive un coup foudroyant de « soufflards î), comme disent les géologues.

C'est-à-dire que la montagne s'est ouverte en deux, que le cratère a vomi une pluie de cendres, de gaz asphyxiants, dans un coup de vent furieux, dont on estime la chaleur à peut-être 2.000 degrés, ce qui a tué sur place, à la seconde, tous les êtres animés, bêtes ou gens ; il n'y a donc pas eu fuite possible ni affolement.

Quand on a pu pénétrer en ville au bout de trois jours, on a retrouvé partout les chevaux morts sur place, sans qu'ils aient eu seulement le temps de tirer sur leur longe, ce qui est bien la preuve matérielle qu'ils ont péri dans le temps d'un éclair.

Quelques jours après le 8 mai, un officier de Fort-de- France qui allait rentrer en France a voulu aller sur les lieux.

Arrivé à trois kilomètres environ de Saint-Pierre, il a attaché son cheval et est entré en ville jusqu'à la gendarmerie, dans une rué il a vu un homme sur son siège dans une voiture. Tout était brûlé, il ne restait que la carcasse en fer de la voiture, le cadavre de l'homme carbonisé sur son siège et le cadavre du cheval devant, le tout sans mouvement et sans contraction.

Il est doncbien certain maintenant qu'avantmême Tincendie, le coup de vent furieux de ces gaz délétères, poussés à une température folle, a tué, pétrifié et anéanti tous les êtres vivants dans une fraction de seconde ; c'est presque inconcevable, mais c'est cependant bien comme cela et il n'y a plus à en douter. Quand l'officier est rentré à Fort-de-France, son colonel qui ne savait pas où il était et l'avait fait demander, s'écria de suite en approchant de lui :

— C'est étonnant comme vous sentez le cadavre. D'où venez-vous donc ?

Il est certain qu'il y a encore bien des points obscurs dans ce coup de folie furieuse du volcan, c'est ainsi que le phare très solide, en pierre, a été rasé à cinq métrés, sans tremblement de terre et sans que Ton puissse s'expliquer comment.

C'est ainsi qu'à Sainte-Pliiloméne, à côté du Carbet, le Pouyer-Quertier^ en laissant filer son cable, a pu constater des effondrements sous-marins subits de plus de 1.000 mètres. Là où il y avait 100 mètres de fond on en trouvait 500 et là où il y en avait 300, on trouvait tout à coup de 1.300 à 4.500 mètres. C'est exactement ce qui s'est passé en 1883 à Krakatoa et ce qui prouve bien encore une fois de plus, comme je l'ai expliqué ici, que c'est l'eau de mer, arrivant sur ces matières qui forme ces terribles combinaisons chimiques, qui arrivent à dissocier les deux gaz constituants de l'eau, l'hydrogène et l'oxygène et à tout brûler à la seconde lorsque le soufflard s'ouvre en deux. De la Guadeloupe, de 150 à 200 kilomètres on entendait comme une canonnade formidable venant de la Martinique pendant toute lajournce, cela donne une idée de la grandeur de cette éruption et de letendue, encore inconnue en partie, de ces effondrements souF-marins.

J ai tenu à donner aujourd'hui ces premières et terrifiantes informations, mais aussi fidèles et exactes à coup sur, du désastre du 8 mai.

La semaine prochaine pour répondre à un grand nombre de questions qui me sont posées d'un peu partout, j'expliquerai comment et pourquoi les cendres peuvent rester des années en suspens dans la liante atmosphère et même théoriquement faire le tour dune partie de la terre.

11 y a là des problèmes météorologiques du plus haut intérêt, à l'étude desquels je me suis consacré tout particulièrement aux Antilles, aussi bien qu'ici et je me ferai un devoir de les exposer aussi clairement que possible à mes lecteurs, en leur en montrant tout à la fois les causes et le mécanisme.

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