LES ERREURS A RECTIFIER
LES RÉPERCUSSIONS ÉLECTRIQUES. — A l' ACADÉMIE DES SCIENCES. LES CENDRES DANS LA HAUTE ATMOSPHÈRE
On ne saurait se rendre compte de la quantité énorme d'erreurs et de contre-vérités débitées depuis un mois à propos de réruption de la Montagne Pelée : c'est ainsi qu'un certain M. Francis Mury, qui s'est fait remarquer par sa haine des noirs, parle de la Martinique comme un homme qui ne saurait même pas où ça se trouve.
Heureusement que M. Henry Lémery a remis les choses au point :
Peut-être un de ses ancêtres y est-il allé, il y a deux siècles, alors qu'on rencontrait encore de ces Caraïbes que l'écrivain de la Revue Bleue y fait vivre aujourd'hui, et qui ont en réalité disparu du pays sans laisser aucune trace, peu après les massacres de 1658. — Il est vrai que M. Francis Mury a pris la sage précaution de placer ses Caraïbes dans « les parties inaccessibles de l'île. » Mais les Martiniquais ne sachent pas qu'il y ait d'endroits inaccessibles dans leur pays.
Voilà qui donne une idée singulière de la méthode historique du rédacteur de la Revu£ Bleue et de la foi qu'il faut accorder à ses affirmations.
M. Mury affirme qu'en 1848, après l'abolition de l'esclavage, les noirs se sont refusés à travailler moyennant salaire et ont mis les colons dans la nécessité d'avoir recours à l'immigration indienne.
C'est une contre-vérité.
Vraiment quand on étale son ignorance avec cette naïveté en parlant des Caraïbes, on ne mérite pas l'honneur d'une réfutation.
D\in autre côté voici la très intéressante lettre que mon confrère Laur vient d'adresser à TAcadémie des sciences :
« J'ai eu l'honneur de 4880 à 1880 d'établir par une série ï> d'observations consignées dans les Comptes-rendus, la coînï) cidence des tremblements de terre avec les dégagements » gazeux dans les sources minérales et les dégagements de gri- D sou dans les mines. J'ai montré quel était le mécanisme de JD ces éruptions gazeuses à l'aide de la source du Geyser de » Montrond (Loire) et indiqué que les coups de grisou ont tou- » jours suivi les mouvements sismiques.
j> Une vérification de cette théorie — que le corps des mines 2) a accepté définitivement en Belgique en créant des observa- » toires sismiques avertisseurs à Tusage des mines, — vient » d'avoir lieu ces jours-ci. Une explosion de grisou s'est pro- » duite le 19 mai — 1902 — à sept heures et demie du matin » dans les houillères de Fraterville et de Thistle à Coalcreek » (Tennessee) et a fait plus de deux cent cinquante victimes. » Un seul homme a pu s'échapper.
» Il est II remarquer que les houillères du Tennessee sont » les plus voisines du golfe du Mexique et de la Martinique. » Elles devaient donc être les premières atteintes par la ternie pète sismique actuellement déchaînée.
» C'est le moment du reste, dans le monde entier, croyons- » nous, de prendre toutes les précautions pour les houillères à » grisou. »
Ceci prouve simplement qu'il y a de grands courants électriques qui traversent et secouent la terre dans tous les sens, d'un pôle à Taufre, rien de plus et sur ce point tout le monde est d'accord
Enfin, voici une dernière infor-mation qu'il est bon de rappeler ici, car elle me donne l'occasion de répondre à une foule de questions sur le rôle des cendres volcaniques dans la haute atmosphère :
La Commission des Indes Occidentales a reçu par le der-
nier paquebot des échantillons de la poussière volcanique, provenant de 1 éruption de la Soufrière de Saint-Vincent.
Le professeur d'Alburquerque en a fait l'analyse. Elle contient de Tacide phosphorique, de la potasse, quelques traces de sulfate de chaux et plusieurs silicates. Cette poussière mélangée avec de la terre produit un terrain fartilisable.
En effet les cendres volcaniques mélangées à la terre et à rhumus deviennent très fertilisantss et Ton a raison de citer les plaines de la Limagne; mais ce sont là des exemples qui se perdent dans la nuit des temps géologiques dans des contrées où les volcans sont éteints depuis les temps historiques et malheureusement ii n'en est pas de même aux pieds de la Montagne Pelée, où il est impossible de songer à se rétablir dans un rayon de 35 à 40 kilomètres, en admettant même que la situation ne s'aggrave pas avec ces terribles tassements sou&marins que Ton signale de toutes parts dans la mer des Antilles, en ce moment.
Enfin j'arrive aux fameuses cendres volcaniques qui ont été projetées à des altitudes énormes dans la haute atmosphère de 4 à 6.000 mètres, dit-on.
Du reste avec le calcul de la trajectoire qui a lancé des pierres à 500 mètres de Fort-de-France, c'est-à-dire à 37 kilomètres du cratère de la Montagne Pelée, il ne doit pas être impossible de calculer la hauteur de projection. Mais il faudra encore tenir compte de la légèreté spécifique extraordinaire de ces cendres impalpables et qui doit leur permettre d'être lancées encore beaucoup plus haut que les pierres ramassées à 37 kilomètres.
Aussi quand on a dit que les cendres de l'éruption de Krakatoa en 1883 étident restées trois ans en l'air et avaient fait le tour du Globe; quand on affirme que l'on pourra constater la présence des cendres de Saint-Pierre de la Martinique jusque sur les cotes d'Angleterre, et quand on constate aujourd'hui ces merveilleux couchers de soleil dans toutes les Antilles par les cendres incendiées par les feux du couchant, il n'y a rien là
que de très compréhensible, malgré que Ton en puisse dire.
Il ne faut pas perdre de vue que ces cendres volcaniques sont fines, impalpables, légères et qu'elles sont lancées dans la très haute atmosphère où Tair est très raréfié.
A 4.000 mètres et surtout à 6.000 mètres d'altitude, la couche inférieure d'air, infiniment plus lourde, les empêche de tomber et les soutient au contraire.
Quant à la pluie, il y a peu de nuages ou plutôt il n'y en a plus à ces hauteurs et la pluie ne peut donc guère les entraîner.
Donc théoriquement les cendres volcaniques de la Montagne-Pelée peuvent rester de longs mois, peut-être des années dans la haute atmosphère et faire le tour du globe et provoquer ces merveilleux spectacles de soleil couchant, la lumière s'irradiant dans les atomes.
C'est certes là un des phénomènes les plus curieux que puisse nous offrir la nature et c'est fiourquoi j'ai tenu à donner ici ces courtes explications.