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NOUVELLE PREUVE DE LA COMMUNICATION DE LA MER AVEC LES VOLCANS

RECTIFICATIONS NÉCESSAIRES A PROPOS DE L'eXODE

D'une lettre de ce pauvre Paul Mervvart, le peintre bien connu qui a trouvé la mort à Saint-Pierre, adressée à son frère Emile, secrétaire général de la Guyane, je pense qu'il est intéressant de citer le passage suivant qui prouvera encore, une fois de plus, comment la mer a bien été, par son contact, la cause de l'éruption de la Montage-Pelée :

n Toujours est-il que de la cendre verdâtre recouvre tous les feuillages d'alentour. Mais le plus typique, c'est que la cuvette qui représentait l'ancien grand entonnoir des cratères et qui, de temps immémorial, était à sec, s'est rempli d'eau et forme un lac d'une étendue d'environ 400 mètres de long sur *2()0 de large, alimenté [)ar le cratère le plus important d'où l'eau s'échappe abondante et chaude à une (juarantiiine de degrés.

(( La profondeur de cette pièce d'eau doit être assez sérieuse, car on y voit immerger des cimes d'arbres qui dénotent un certain développement et dont le feuillage roussi, les branches dépouillées et comme calcinées donnent au paysage, sous la brume constante des nuages enveloppants, un aspect d'hiver ou d'automne avancés des pays d'Europe. La pluie qui nous pénètre jusqu'à la moelle contribue à rendre rillusion complète, d'autant plus que mon brave guide Alexis et son compagnon tremblent de froid et n'arrivent à se récliaulTer qu'en se tenant au bord du lac, vei's sa source chaude, autant que les vapeurs de soufre le permettent. y>

Ceci dit, il convient de revenir une dernière fois sur la

très grosse question de Texode, c'est-à-dire de révacuation de rile, qui a été traitée bien à la légère par la plupart des journaux.

On a dit que les Martiniquais iraient à la Guadeloupe; mais cette dernière pourrait à peine en recevoir 6 à 7 mille temporairement ; or, la population de la Martinique était de près de 190,000 âmes avant la catastrophe, soit près de 150,000 maintenant.

On a parlé de la Guyane. C'est possible, à condition de mettre en valeur et de défricher les hauts plateaux sains et salubres de l'intérieur, et alors pour y arriver il faut que la colonie, ou plutôt le groupe des trois colonies, comme je Tai déjà indiqué, contractent un grand emprunt de 100 ou 200 millions.

On a également parlé d'émigrations possibles à Madagascar et en Algérie. C'est déjà bien loin et bien coûteux.

Enfin, ce qu'il faut tâcher d'empêcher à tous prix, c'est rémigration en Amérique, dans les colonies anglaises ou aux Etats-Unis, car un colon, un homme, représente un capital, et par intérêt économique, aussi bien que par humanité, il ne faut pas perdre nos frères de la Martinique et les laisser aller à l'étranger.

Et puis, il y a le sentiment même des Martiniquais dont il convient de tenir compte ; or, beaucoup ne veulent pas quitter le sol natal, et cela se comprend ; comment vivraient-ils dans une autre colonie française, ceux qui ne possèdent rien ? Et puis, on ne déplace pas comme cela 150,000 hommes.

La vérité semble donc, comme toujours, dans les mesures, non pas extrêmes, mais moyennes. Il est bien évident que l'on ne peut pas, sans folie, songer à remettre en valeur le nord de l'ile, dans un rayon de 35 à 40 kilomètres autour de la Montagne Pelée, «l'autant plus que la mission scientifique américaine se montre très pessimiste, croit toute cette partie rongée par la mer, ce qui est probable avec les dénivellations sousmarines de [)lus de 1,000 mètres constatés sur la côte en fiice

le Carbet, Sainte-Philomèle. Mais tout le Sud reste heureusement indemne, et ce qui paraît être la vérité, c'est de faciliter Texode de tous ceux qui veulent partir vers nos colonies dans la plus large mesure possible, et faire tout au monde, en môme temps, pour réorganiser économiquement, le mieux et le plus vite possible, la Martinique elle-même.

Cela est si vrai que si nous avions un instant de défaillance, les Américains du Nord, les Etats-Unis, ne demanderaient pas mieux que de prendre notre place, et c'est là ce qu'il faut empêcher à tous prix.

Voici un extrait d'une correspondance privée, qui ne laisse subsister aucun doute à cet égard :

« Les marchandises de secours, de provenance américaine, encombrent le marché. Les habitants de Fort-de-France paraissent reprendre courage. On attend avec impatience la décision du gouvernement. On ne peut croire, ainsi que le bruit en a couru, que l'évacuation de l'île sera décidée. On compte sur un régime économique à intervenir qui relèvera avant peu notre colonie, dont la vitalité lui fit surmonter déjà de terribles épreuves et supporter de redoutables calamités.

On a constaté l'arrivée à Fort-de-France de plusieurs représentants de maisons américaines prêtes à s'installer dans le pays.

Voilà qui est clair pour qui sait comprendre et tout en gardant une grande reconnaissance aux Etats-Unis pour ce qu'ils ont fait si généreusement dès la première heure, ce n'est pas une raison cependant pour se laisser absorber.

D'un autre côté, plusieurs personnes me disent :

— Mais comment? 40,000 personnes ayant péri, elles n'ont plus besoin de rien, hélas ! Elles n'ont pas envahi le reste de File et alors pourquoi tant parler d'émigration et d'exode ?

A cela, la réponse est facile.

La question ne se pose malheureusement pas avec cette simplicité. Ce n'est pas seulement une partie du nord de file qui est perdue, c'est aussi Saint-Pierre, c'est-à-dire la tête

commerciale, la véritable métropole industrielle, dû monde des affaires et voilà pourquoi le coup aura une répercussion si terrible sur Tensemble de la Martinique et sur son avenir économique.

Et maintenant pour me résumer, je dirait qull faut :

4o Nommer un gouverneur général pour la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane et si c'était un effet de la bonté de nos politiciens, autant que possible un homme compétent, aimant les colonies, les connaissant bien et plein d'initiative ;

2o Faire contracter à ces trois colonies un emprunt de 400 à 200 millions, suivant les besoins afin de relever la Martinique et préparer les voies et moyens pour l'émigration dans le centre de la Guyane, au-dessus des chutes ;

3o Laisser tout le monde libre, biep entendu, mais cependant ne pousser l'émigration des Martiniquais que vers nos colonies ou la Métropole et, au besoin, les décourager de l'idée de partir pour les pays étrangers, car nous n'avons déjà pas trop de sujets, de bras, de Français, et il faut tout faire pour les garder.

Ces courtes observations présentées en toute sincérité, je pense que je n'aurais plus à revenir sur ce douloureux sujet, à moins de faits et d'événements nouveaux, ce qui ne se produira pas, il faut bien l'espérer.

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