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NOUVELLES CONFIRMATIONS

LA VRAIE SOLUTION AU POINT DE VUE ÉCONOxMIQUE ET PRATIQUE. — LES PLANTATIONS

J'ai démontré ici, a diverses reprises, avec preuves à Fappui, comment le coup de vent furieux^ en soufflant de la Montagne- Pelée, avait produit la sidération^ c'est-à-dire la combustion sèche sans feu, dans un furieux simoun de 2*,000 degrés de chaleur, avec une puissance de fluide électrique inconnue.

Voilà que Tinterview du premier et unique survivant authentique de la catastrophe, dans la ville . de Saint-Pierre, bien entendu, à l'hôpital de Fort-de-France en ce moment, en apporte une nouvelle et décisive confirmation. Lisez plutôt ces quelques lignes, ttant obligé de nous borner.

— Je m'appelle Léon Compère, monsieur, je suis cordonnier, j ai trente-huit ans et je suis célibataire.

— Alors voulez-vous me dire ce qui vous est arrivé dans la matinée du 8 mai ?

— Parfaitement, monsieur. J'habitais au centre de la ville, et dans la partie haute, au pied du Morne. J'étais assis sur ma porte trois ou quatre minutes avant huit heures. Tout à coup, j'entends un bruit épouvantable. Je rentre dans ma chambre, mais impossible de faire un pas de plus, tout à fait impossible, monsieur. J'étais paralysé, je ne voyais que du noir et je me sentais tout brûlé. Je tombai sous une table. Dans la chambre, monsieur, il y .avait une chaleur torride : on aurait dit l'enfer. Soudain, — comme par la main d'une fée, monsieur, — un gilet pendu au porte-manteau s'enflamme. Je peux revenir à la porte. Qu'est-ce que je vois ? Toute la ville en flammes, monsieur, et en même temps, ma maison prend feu, elle aussi.

— Alors?

— Alors, n'est-ce pas, monsieur, je tire mon plan pour la quitter. Je sors par le jardiit, j'arrive dans une rue, puis sur le boulevard. J'avais tout le côté droit du visage brûlé, et brûlé, seulement, par la chaleur de l'air, oui monsieur, par la chaleur de Tair.

C'est vous dire, monsieur, s'il faisait chaud. Et des cadavres, monsieur, des cadavres partout! Alors, je désespérai de me sauver, je fus sur le point de me coucher à terre et d'attendre la mort. Mais cette folie ne dura qu'un instant. Je pris ma course, je grimpai sur le Morne, et, bien que je fasse brûlé profondément aux jambes, je me mis à galoper sans plus penser à rien qu'à détaler.

— Où étes-vous arrivé ?

— Je suis allé tout seul jusqu'au Fond-Saint-Denis; il était à peu près onze heures. Je suis resté là deux jours sans manger, sans boire et sans soins. Nous étions à peine trois personnes : tous les habitiints avaient fui »

Ce gilet qui prend feu, comme par la main (Tune fée, est bien le témoin le plus saisissant de la sidération, de la très haute température et des courants électriques et c'est miracle que le pauvre garçon ne se soit pas trouvé dans un de ces courants là, car il aurait été anéanti sur le coup comme tous les autres habitants de la ville.

Ceci dit, il faut citer les hgnes suivantes du correspondant du Temps^ parce qu'il n'indique pas la solution, au point de vue des plantations, de la culture et que cependant il est urgent et important de l'indiquer de suite :

« Il est temps que l'on se persuade en France, comme on en est enfin persuadé ici, que Fort-de-France et tout l'arrondissement du Sud sont hors de danger. Il n'en est pas de même de l'arrondissement du Nord et il est à souhaiter que la commission scientifique, dont on nous a annoncé la prochaine arrivée, délimite le plus exactement possible, mais très largement en tous cas, la zone dangereuse, que l'on exproprie tous les habitants, propriétaires et fermiers, qui se trouvent dans

cette zone et qu'on Févacue définitivement. Comme malheureusement c'était la zone la plus fertile du pays, la plus productive, la seule où étaient cultivés les cacaoyers et les caféiers, la plus riche aussi en cannes à sucre, la perte sera momentanément grande.

En dehors des indemnités que Ton pourra allouer aux victimes du sinistre, il est à désirer que Ton organise rapidement une caisse de crédit agricole et industriel qui permette au Sud de développer ses plantations et de créer de nouvelles usines. En outre, Saint-Pierre était l'entrepôt où se rendaient les produits des deux tiers de l'île pour être de là dirigés sur Fort-de-France. Il faudra, si l'on renonce à créer un nouvel entrepôt dans le Nord, que Fort-de-France soit mis à mtème de devenir l'entrepôt général de toute l'Ile. Il faudra par suite créer des chemins de fer économiques permettant d'amener ici les produits de tous les centres agricoles. Il y a évidemment tout un ensemble de grands travaux d'intérêt général qui va s'imposer et pour lesquels le concours de la métropole sera indispensable à la colonie. Il est à désirer que ces questions soient étudiées sans retard et solutionnées le plus vite possible pour que la Martinique redevienne la perle des Antilles.

A ce propos, il y a deux points sur lesquels j'ai insisté souvent et que je me vois encore forcé d'indiquer aujourd'hui ; à savoir :

lo Qu'il est bien entendu que Ton ne peut pas songer à reconstruire Saint-Pierre et les villages voisins dans tout le périmètre qui a été si profondément ravagé dans les éruptions du 8 mai et suivantes, que ce serait folie de songer à les habiter de nouveau et que par conséquent, toute cette partie du nord de l'île doit être abandonnée sans esprit de retour ;

2o Qu'il est également évident que ce qui précède s'applique uniquement aux habitants sédentaires, mais pas du tout à la culture, c'est-à-dire aux paysans, aux travailleurs^ aux habitants de la plaincy comme l'on dit dans ces pays de montagnes,

qui peuvent parfaitement dans le jour reconstituer les champs de cannes, les caféières et les cacaotières, et le soir aller coucher au loin, en dehors de la sphère dévastatrice du volcan.

C'est là où l'intervention des petits chemins de fer Decauville rendrait les plus grands services.

Autrement dit, toute la partie nord dévastée doit être interdite à Yhabitanty mais non au cultivateur y passant la journée, car on est en général, averti du danger d'une éruption plusieurs jours à l'avance.

On peut donc cultiver^ on ne doit plus habiter. Je crois que je suis clair et que les premiers mois de stupeur passés, si vraiment le volcan de la Montagne-Pelée se calme, c'est là la seule et vraie solution.

Je sais bien que ce sera désagréable d'aller cultiver assez loin de chez soi, un pays intertropical, mais ça vaudra mieux que de périr et avec les petits Decauville, c'est bien certainement la seule solution pratique, au double point de vue économique et humanitaire et je veux croire que le gouvernement ne manquera pas à sa haute mission et à son devoir, dans ces graves et douloureuses circonstances.

M. Micliel Lévy, professeur à l'Ecole des mines, a communiqué à rAcadéniie une lettre émanant du chef de la mission, scientifique qui a été choisie par l'Académie pour étudier, sur place les causes et les phases des phénomènes qui ont amené la destruction de la ville de Saint-Pierre.

Cette lettre est datée des premiers jours de juillet; elle est par conséquent antérieure à la date du 9 juillet 4902, qui fut marquée, on le sait, par une nouvelle éruption. On pensait alors que le phénomène était en voie de décroissance.

L'auteur y marque en substance, qu'au cours de son ascension du mont Pelée, la mission a pu s'élever jusqu'au bord du petit lac qui est aujourd'hui rempli de cendres et de boue. Le sol, dévasté et bouleversé, présente partout l'aspect morne, caractéristique et bien connu de nos grandes cartes à relief.

Des fumerolles sortent des vallées dont la topograpliie a été changée par des inondations de boue.

Des dégagements de gaz se font également sentir sur diverses places.

A Saint-Pierre, l'incendie couve encore sur divers points. Un dépôt de charbon, notamment, est encore en feu. L'air y est presque irrespirable. Les odeurs acres de l'incendie et celles émanant d'objets et de corps enfouis et à moitié brûlés vous prennent à la gorge.

Des nuages de mouches voltigent et s'abattent par endroits.

En résumé, trois points sont à noter :

1" Nulle part, dans leur exploration, les nicnnbros de la mission n'ont rdevé la i)réseiice d'une coulée de lave.

12«> La destruction de Saint-Pierre n'est pas due, comme on serait tenté de le croire, à une pluie de pierres ou de quartiers de rocs. Il n'en est rien. L'absence de pierres ou de bombes dans l'intérieur et le périmètre de la ville, fait voir jusqu'à l'évi-

dence que le désastre est dû à un dégagement de gaz en feu qui, sous une énorme pression, a fusé Comme par Touverture d'un chalumeau dans la direction de Saint-Pierre ;

3° Les sondages n'ont pas décelé jusqu'ici des transformations notables dans le sol sous-marin des côtes. i C'est, comme l'on voit l'éclatante confirmation de tout ce

t que notre collaborateur, Paul Vibert, avait avancé, ici même,

dès la première heure, dans une série d'articles qui ont été très remarqués de nos lecteurs. (Le Savoyard de Paris^ 2 août 1902.)

Au lendemain de la terrible catastrophe du 8 mai, j'ai écrit une longue série d'articles sur les causes et les conséquences de réruption du Mont Pelé, pendant trois mois, dans le Savoyard de Paris et je n'ai point l'intention d'y revenir aujourd'hui. Mais malheureusement il nous arrive tous les jours des nouvelles absolument désolantes de notre colonie et il faut aviser sans retard pour empêcher le retour de semblables accidents.

Au lendemain d'un semblable désastre, il nous semble que tout le monde aurait dû travailler la main dans la main pour panser les plaies et tâcher de ramener la prospérité dans l'île. Malheureusement la politique, la terrible et néfaste poUtique est venue tout brouiller, les colons, les grands usiniers n'ont pas pardonné aux malheureux travailleurs d'être de bons et sincères républicains, d'où tout le mal, et le désir mal dissimulé de s'en débarrasser.

A ce propos notre confrère Millot publie dans un article admirablement documenté le terrible réquisitoire suivant :

« Le 4 août — 1902 —, le gouverneur intérimaire, ' M. Lhuerre, adressait aux maires des communes où s'étaient réfugiés les travailleurs sinistrés une circulaire par laquelle il leur faisait savoir qu après entente avec la mission scientifique française « il avait décidé le retour des sinistrés dans leurs communes d'origine ». Il invitait, en conséquence, chacun d'eux à informer les sinistrés qui avaient trouvé asile dans sa commune c qu'ils avaient jusqu'au 15 août courant pour rallier leurs domiciles. Passé ce délai, ils ne recevraient aucun secours en nature de l'Administration. Ils continùraient, au contraire, à être nourris dans leurs communes respectives pendant un laps de temps qui leur permettrait de se remettre courageusement au travail i>.

« A Texception de Saint-Pierre et du Prêcheur, dont les habitations avaient été détruites, les sinistrés, qui îi avaient pas le choix, obéirent à la sommation qui les envoyaient à la mort. Ils regagnèrent leurs communes. Le ;30 août, une nouvelle éruption se produisait, et trois mille personnes périssaient, victimes du volcan, au Morne Rouge et à TAjoupa-Houillon. Le gouvernement avait, d'ailleurs, pris toutes ses mesures pour obliger les sinistrés à réintégrer leurs domiciles. Il avait coupé les vivres à la commission de secours chargée de ravitailler les sinistrés, au nombre de près de vingt mille. »

Loin de moi la pensée de vouloir envenimer le débat, mais il y a là de terribles responsabilités, et il faut les rechercher sans retard. Il n'est pas admissible que Ton envoie ainsi à 1? mort plus de 3.000 personnes — d aucuns disent 5,000 — sans que Ton en demande compte à ceux qui ont provoqué cette seconde catastrophe.

En effet, il est impossible d'invoquer son ignorance, ce qui serait d'ailleurs une bien mauvaise excuse, car après l'éruption du 8 mai, la .prudence la plus élémentaire commandait, non pas seulement de ne pas éloigner ces infortunés des lieux où ils s'étaient réfugiés, mais encore de les empèchor de partir, si, par hasard, ils avaient eu des velléités de le faire.

Mais on ne pourrait même pas arguer de cette excuse, car tous les savants américains avaient été très précis et très formels, et tous avaient appuyé sur la possibilité, la quasi-certitude de nouvelles éruptions.

Maintenant que le mal est fait, il ne laut pas que l'on puisse se livrer, dorénavant, à de pareilles fantaisies macabres.

La vérité, c'est que la Marlinique se nieuit de politi(iue, et il faut dire et proclamer bien haut, que dans nos Colonies, comme dans la Métropole, tout le monde a le droit d'être républicain, même s'il est un simple travailleur blanc, noir ou de couleur, si bon lui semble, et si telles sont ses convictions.

Je connais et j'aime beaucoup les Antilles, la population en est douce, bonne et travailleuse quoique l'on dise, connue

on peut l'être en pays intertropicaux, et je supplie instamment tous mes amis de là-bas de ne pas répondre à des provocations qui pourraient amener un nouveau massacre de Français. Je sais quïl est difficile parfois d'observer ce stoïcisme, mais c'est absolument nécessaire si l'on veut éviter de nouvelles catastrophes, de nouveaux deuils, si Ton veut sincèrement le relèvement de l'île.

Depuis ma dernière note, Finterpellation de M. Knight s'est produite au Sénat, et malheureusement, comme un grand nombre de sénateurs étaient pressés de partir préparer leur réélection en province, on n'a pas jugé à propos de donner aux débats toute l'ampleur que méritait une si navrante et si tragique aventure.

Mon excellent confrère Millot, revenant sur l'affaire, dit avec juste raison :

Après avoir fait inviter, par le gouverneur intérimaire, M. Lhuerre, les travailleurs noirs à regagner leurs communes d'origine, situées dans la zone volcanique, sous peine de ne plus recevoir de secours de l'Administration, ce dernier avait montré la plus mauvaise volonté à l'égard des sinistrés. La commission de secours, ne pouvant obtenir les sommes qu'elle réclamait pour venir en aide à ces malheureux, avait dû donner sa démission. Leur situation ne devait pas être améliorée par la présence du nouveau gouverneur, M. Lemaire, qui arriva à la Martinique le 21 août — 4902.

Le 26 août, le volcan, qui, depuis le 16, donnait de nouveaux signes d'activité, eut une violerjte éruption. Les habitants du Carbet et du Morne-Rouge, qui se voyaient exposés aux plus terribles dangers, envoyèrent des délégués au nouveau gouverneur. Celui-ci donna des ordres pour qu'on ne leur délivrât pas de secours à Fort-de-France et qu'on les obligeât de retourner dans la zone d'éruption. Le maire de Fort-de-France intervint alors et fit remarquer combien il serait cruel de les contraindre à faire un voyage de soixante kilomètres, aller et retour, le même jour, l'estomac vide. Il finit par obtenir qu'ils eussent un gîte pour la nuit avec une ration entière ; le lendemain, il ne leur était plus alloué que deux tiers de ration ; ils repartaient

ce jour-là pour leurs communes, d'où la plupart ne devaient pas revenir.

D'autres maires des localités situées dans la zone menacée avaient adressé au gouverneur des dépêches et des lettres réclamant Tévacuation de cette région ; Tun d'eux, celui de Grand-Rivière, télégraphait le 26 que toute la montagne représentait un immense brasier, que les éruptions se succédaient plus fortes que jamais, et que les phénomènes étaient en tout semblables à ceux des 5, 6 et 7 mai.

Mais le gouverneur était convaincu que les appels suppliants des autorités civiles n'avaient pas d'autre but que de faire nourrir par la caisse de secours des électeurs désireux de vivre sans lien faire. Et il ne commença à s'émouvoir que le 30, à cinq heures, c'est-à-dire quatre heures avant la catastrophe, manifestant son intention de se rendre dans le nord de l'île pour en ramener cinq cents sinistrés, quand il y en avait ejyiron huit mille.

11 s'embarquait le lendemain matin, et c'est après son départ que la nouvelle du double désastre du Morne-Rouge et de l'Ajoupa-Bouillon arrivait à Fort-de-France.

Vraiment, l'esprit reste confondu devant de pareils faits, connus de tous et que l'on ne peut pas démentir ni même chercher à expliquer.

Je veux croire que les gens qui ont envoyé tant de malheureux à une mort certaine n'étaient pas conscients de leurs actes, sans cela leur crime serait trop révoltant.

Maintenant, voici un court résumé du discours de M. Knight et l'on verra que ses propres paroles ne font que confirmer tout ce que j'ai avancé moi-même :

M. Knight. — Mon interpellation n'est dirigée ni contre le gouvernement, ni contre le ministre des colonies. Je ne suis à la tribune que pour protester contre les accusations que le gouverneur de la Martinique a essayé de répandre contre mes compatriotes.

Ces affirmations font contraste avec le témoignage de tous

ceux qui ont assisté à la période douloureuse qui a suivi Téruption du Mont-Pelé.

L'orateur proteste avec indignation contre les calomnies qui se sont fait jour au lendemain de la catastrophe et notamment contre les accusations portées par M. Decrais.

Il reproche ensuite au gouverneur d'avoir, par son imprévoyance, causé la seconde catastrophe du 30 août, dans laquelle deux mille Martiniquais ont trouvé la mort.

Le sénateur de la Martinique justifie par des documents officiels toutes les accusations qu'il porte contre le gouverneur de 111e.

Il rappelle, la mission Lacroix, le rapport adressé par M. Lacroix au gouverneur, et tous les événements qui se sont déroulés dans l'île pendant les mois de juillet et d'août.

M. Knight. — M. Lemaire devait avoir les yeux fixés sur le volcan ; car, dès son arrivée dans Tile, une nouvelle éruption était à craindre.

M. Lemaire n'a rien vu ; malgré tous les rapports, malgré les avertissements des maires des communes du Nord, il n'a pris aucune précaution, et il s'est bien gardé d'aller vérifier lui-même la situation lamentable qui lui était signalée.

Le 27 août, avant la nouvelle de la catastrophe, une délégation des habitants de Morne-Rouge est venue le supplier d'avancer l'évacuation des communes du Nord. M. Lemaire renvoya les délégués sans leur donner satisfaction.

Il a fallu la terrible catastrophe du 30 août, qui a causé la mort de deux mille personnes, pour faire sortir M. Lemaire de son indolence.

Continuant son exposé, le sénateur de la Martiniciue rejiroche au gouverneur de sVHre montré incapnble de venir au secours des malheureux sinistrés frappés par sa faute.

M. Knight. — Sans doute, M. Lemaire est allé à bord d'un navire chercher quelques centaines d'émigrants, mais il n'a pas eu un geste, une parole de pitié pour les blessés qui agonisaient sans secours dans des villages désolés.

L'orateur critique maintenant avec vivacité la façon dont M. Lemaire a procédé à la distribution des secours provenant de la souscription nationale.

Il attaque tout particulièrement une décision du gouverneur qui réduisait le montant des secours journaliers sous prétexte qu une grande partie des secourus se refusaient à profiter du travail qui leur était offert.

M. Knight dévoile enfin au Sénat quelques-uns des innombrables abus de pouvoir dont s'est rendu coupable M. Lemaire.

A l'heure présente, c'est-à-dire à la date du 20 novembre 1905, voîci l'interview de M. Grimond, ingénieur, chef du service des travaux publics de la Martinique, publié par Ixs Débats :

« Toute la population est absolument rassurée sur le fameux volcan, a-t-il dit, et quoique depuis 4902 il maintienne en permanence son panache de vapeur d'eau et, quelquefois de fumerolles rousses, la tranquilUté est complète.

» Les habitants des régions évacuées sont tous rentrés maintenant dans leurs habitations ; la population des bourgs de Macouba, Grand-Rivière et Basse-Pointe est la môme aujourd'hui qu'avant la catastrophe de 1902. Cette population intéressante attend seulement avec impatience la réorganisation administrative des communes éprouvées ; c'est d'ailleurs une question déjà résolue par M. le gouverneur Bonhoure qui a fourni au ministre des Colonies un projet de réorganisation administrative des communes.

i> La ville de Saint-lMerre restera longtemps ensevelie et abandonnée. Cependant il est (luestion de rétablir sommairement la viabilité des routes dmis les régions évacuées du Nord et d'établir la communication, — en traversant en partie la ville détruite, — sur le littoral avec le Carbet, bourg important voisin de Saint-Pierre et situé sur la côte Sud ».

Du moment que la population est rassurée, on peut faii-e

périr en masse ces bons noirs d'un cœur léger ; il paraît que l'exemple de la catastrophe du mois d'août ne suffit pas !

Il est impossible de répondre à tant de cynisme ou à tant d'inconscience cruelle.

M. Knight. — C'est ainsi qu'un journal ayant diffamé le commandant de gendarmerie Hervé, celui-ci poursuivit et fit condamner le directeur de la feuille, mais le gouverneur ordonna à l'officier de se désister de sa plainte ; le commandant Hervé se soumit, et le jugement fut cassé.

Je dois dire, toutefois, que la feuille en question soutient la politique de M. Lemaire. Je laisse le Sénat juge de pareils abus.

C'est à lui qu'il appartient, par son vote, de dire s'il approuve de pareils actes et une violation si flagrante du principe de la séparation des pouvoirs.

L'honorable sénateur n a pu malheureusement que citer une partie des abus journellement commis.

Il a terminé en adressant au Sénat un chaleureux appel en faveur de la malheureuse population de la Martinique qui, a-t-il dit, a passé par la gamme de toutes les souffrances.

Après ce courageux discours qui, malheureusement, est resté sans sanction, parce que les sénateurs étaient pressés, comme je l'ai indiqué, la cause est entendue, comme l'on dit au palais, on sait où se trouvent les responsabilités et si Ton n a pas voulu les châtier aujourd'hui, il faudra bien les châtier demain, ce n'est que reculer pour mieux sauter... après une nouvelle catastrophe, après un nouveau mas.sacre du François et non pas des Français, comme on me le fait dire par erreur et ce qui ne signif irait rien.

Précisément, tout le monde est français et bien français de cœur, à la Martinique et à la Guadeloupe, et c'est justement là où gît le nœud de la question. Une poignée de blancs réactionnaires, remplis des préjugés les plus grossiers, ne veulent pas qu'un noir ou un homme de couleur puisse être libre, républicain, français et encore moins électeur, et cette poignée

misérable a pensé que plus le mont Pelé ferait de victimes parmi les noirs, mieux ça vaudrait...

Mais aujourd'hui, il est aussi monstrueux d'être esclava- 'giste, négrophobe, qu'il est monstrueux d'être antisémite, car toutes les races sont égales et la liberté de conscience doit être égale aussi pour tous.

Voilà ce que l'on ne veut pas savoir et comprendre à Paris et comme je l'ai déjà dit, il ne faut pas que Ton provoque de nouveaux massacres dd François parmi cette bonne et excellente population de la Martinique, si cruellement, si douloureusement frappée depuis le 8 mai dernier.

Je suis de ceux qui croient que la justice immanente n'est pas un vain mot, et voilà pourquoi je viens pousser ici le cri d alarme et avertir, si possible, les pouvoirs publics, de la situation réelle, afin de rappeler à la pudeur les politiciens blancs et réactionnaires de là-bas et éviter peut-être d'irréparables malheurs si on les laisse libres de maltraiter plus longtemps et même d'envoyer à une mort certaine une malheureuse population sans défense, sous prétexte qu'elle a la peau plus foncée que la leur! (1)

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