MESURES A PRENDRE POUR L'EUROPÉEN EN PAYS INTERTROPICAL
l'habitation, le coucher, etc.
Nous allons quitter aujourd'hui la côte occidentale d'Afrique pour revenir aux Antilles et donner, au fur et à mesure que nous avancerons dans l'étude de la question, quelques conseils utiles aux Européens qui vont se fixer dans les contrées intertrqpicales.
Aunsi bien, en continuant à nous promener en Haïti, nous montrerons, du même coup, quelle est la vie que l'on mène à la Martinique, à la Guadeloupe et il y a là pour nous, hélas ! un trop douloureux motif d'actualité pour que je crois nécessaire d'y insister.
Nous avons tous perdu des parents, des amis, dans la terrible catastrophe de Saint-Pierre, et c'est avec une douloureuse émotion que j'écris ces lignes. ^
Beaucoup de commerçants français sont établis en Haïti, ancienne colonie française, tout comme dans nos colonies actuelles, pour y faire le double commerce d'importation et d'exportation et expédier plus particulièrement chez nous les cafés et les bois de campéche. Ces négociants, ou même souvent les commerçants haïtiens, font venir de France de tout jeunes gens de dix-huit à vingt ans, pour en faire des commis ou des comptables.
Cette population flottante aurait donc le plus grand intérêt à connaître toutes les lois de l'hygiène, et c'est pourquoi j'ai pensé qu'il était bon de s'y arrêter un instant ici même, en sériant les différents points.
Aussi bien ces renseignements pourront également servir, je l'espère du moins, à plus d'un Antillien, à plus d'un créole.
Lorsqu'on arrive d'Europe en pays intertropical, il ne faut pas se dissimuler que toutes les précautions sont nécessaires et que les plus petits détails ont leur importance.
La question de l'habitat est la première qui se présente aux préoccupations des personnes qui viennent s'installer dans le pays. S'il s'agit d'une famille entière, il est facile de trouver une maison ; s'il s'agit d'un jeune homme, on ne doit pas lui conseiller de descendre dans les hôtels coûteux, lesquels ne se trouvent guère qu'à Port-au-Prince ou dans les chefs-lieux des autres îles, c'est-à-dire en général, des colonies européennes. Il trouvera toujours une petite maison à louer et une domestique du pays pour faire son ménage.
Les pièces sont vastes et bien aérées, et l'hygiène, de ce côté, est bien observée; du reste toutes les portes et toutes les fenêtres sont garnies de persiennes mobiles sans vitres — les vitres sont inconnues en pays intertropicaux —, ce qui fait que l'aération est tout à la fois très vive ou très modérée à volonté.
Il en est d'autant plus ainsi que par un simple jeu très ingénieux, les lamelles des persiennes peuvent se mettre à peu près perpendiculaires ou horizontales à volonté. Dans le premier cas on est presque enfermé, dans le second cas, on se trouve presque en plein ah\
Des portes de bois pleines permettent, pendant la saison des pluies, c'est-à-dire pendant l'hivernage, de se garantir des abaissements subits de température. Au cap Haïtien l'atmosphère est très humide, mais à Porfc-au-Prince, par exemple, après des journées brûlantes, on a des nuits très fraîches qui réparent vos forces, il est vrai, mais contre lesquelles, il est sage également de se prémunir. Là, les portes pleines peuvent intervenir parfois utilement.
En général, on n'en a pas besoin et il suffît de se coucher, avec ou sans drap sur le corps, sous sa moustiquaire, au milieu de tous les courants d'air des portes et des fenêtres — qui ne se sentent pas dans les pays chauds—, pour être parfaitement bien. La moustiquaire -est nécessaire, surtout pour l'Européen
qui n'est pas fait aux morsures et à la musique intempestive des maringouins.
Du reste, ces petits insectes, de Tordre des diptères, — on sait que tous les insectes suceurs n'ont que deux ailes, — ne vous mordent que la nuit, et si l'on en souffre trop, au début, il suffit de se ft*otter les mains et la figure avec les petits citrons du pays pour échapper en partie à leurs attaques. En Haïti, comme dans toutes les AntUles, on se sert beaucoup de lits volants, que Ton appelait autrefois ici. des lits de camp, et que Ton nomme là-bas des cadres. Ces lits ont le grand avantage d'être très frais, et si l'on en fait venir d'Europe ou des Etats- Unis, il convient que les sommiers élastiques soient absolument à jour, de manière à obtenir les mêmes résultats et à ne pas fournir un domicile trop facile aux ravettes, comme l'on dit aux Antilles, c'est-à-dire à ce gros et sale insecte qui pullule sous les tropiques en temps de pluie et n'est autre que la blatte des États-Unis, plus connu dans la mer des Indes sous le nom de cancrelatj et ici sous le nom encore moins poétique de cafard.
Ceci dit, il ne faut pas oublier qu'un bon sommeil à l'abri des moustiques et avec la plus grande somme de fraîcheur possible, est non seulement le meilleur moyen d'éviter l'anémie, mais encore les échauboulures ou bourbouilles^ qui font le désespoir des nouveaux débarqués.
Que les maisons ne possèdent qu'un simple rez-de-chaussée, à la mode guyanaise, ou qu'elles présentent un premier étage, elles ont toutes, en Haïti, de vastes galeries ou balcons qui les entourent et qui sont surplombées par le toit de la maison ; de la sorte, on évite les pluies et le soleil et les trop brusques refroidissements du soir. En pays intertropicaux, ces galeries, plus ou moins larges, affectant parfois de grandes dimensions, comme à Port-au-Prince, répondent plus qu'à un besoin, mais à une nécessité absolue.
La propreté des Haïtiennes est légendaire. On la retrouve dans toutes les classes de la société, même dans les plus modeste»; les paysannes aussi bien que les femmes des villes ont
toujours du linge, un lit d'une blancheur immaculée et, dans ce pays où la voirie est malheureusement si défectueuse, cette propreté extrême de l'habitation nous fournit peut-être en partie la raison de l'état de salubrité relative dont on jouit dans l'île. Ajoutons-y, bien entendu, la grande raison des vents de mer et de montagne qui balayent constamment, nuit et jour, les Antilles et suppléent fort heureusement une édilité, la plupart du temps, absente ?
Successivement nous nous occuperons du vêtement et de la nourriture, en nous tenant toujoure sur le terrain pratique des faits. Ne perdons pas de vue que le principal objectif doit toujours être de renseigner . utilement le Français qui va s'étabUr dans nos belles colonies intertropicales, soit en Afrique, soit dans les autres parties du monde où nous en possédons.