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UN DERNIER MOT SUR LES MOUSTIQUES

l'art de s'habiller. — COMMENT IL FAUT MANGER.

Avant de poursuivre, je dois indiquer tout de suite deux excellents moyens — en dehors du moustiquaire, indispensable, bien entendu, — pour se préserver des morsures des moustiques pendant la nuit.

. Le premier consiste à avoir sur une table, au milieu de sa chambre à coucher, un vase en forme de vasque ou de coupe, c'est-à-dire offrant une large surface et dans lequel nagent quelques poissons rouges.

Ces jolis petits cyprins ont un goût prononcé pour les moustiques qui viennent baguenauder sur l'eau et ne tardent pas à être tous happés au passage pour la plus grande tranquillité du dormeur.

Le second moyen est également excellent et n'est applicable que depuis peu de temps. Il consiste à placer dans une chambre voisine de la vôtre, pour ne pas vous gêner, sur la table, au milieu de la pièce, une petite lampe à acétylène, au milieu et au-dessus d'une coupe pleine d'eau. Les moustiques viennent se brûler les ailes à la lumière et tombent dans l'eau, et, le matin, la coupe en est littéralement remplie.

Maintenant, avec la puissance de vie des pays intertropicaux, il est clair que ce moyen est excellent, mais qu'il faut l'employer tous les soirs, de même qu'il faut laisser ses poissons rouges en permanence au miUeu de sa chambre à coucher.

J'ai cru nécessaire d'insister sur ces moyens pratiques, car ils sont le fruit d'une longue expérience personnelle, et je m'en suis toujours très bien trouvé.

Les recommandations concernant le vêtement sont bien

simples, d'un ordre général et également justes pour tous les pays chauds. Les Européens doivent porter de la flanelle sur la peau, sous la chemise, car elle est la meilleure des assurances contre les brusques variations de température et les transpirations trop abondantes. Les vêtements doivent toujours être très larges et très amples, et les personnes qui ont voyagé dans les petites républiques de TAmérique du Sud savent de quelle façon pittoresque on y qualifie cette manière d'être, mais que je n'oserais rapporter ici, même en latin !

Ceci dit, comme vêtement de dessus, on peut employer indifféremment les lainages très légers, les cotonnades, les alpagas et les drills, ainsi que la toile pour les hommes ; on doit y ajouter les mousselines, les indiennes et les oxfords pour les femmes.

Il est bien entendu que le blanc ou les couleurs très claires sont de beaucoup préférables, dans un pays où Ton est toujours exposé au soleil.

Comme coiffure, les hommes feront bien de se munir du casque colonial en toile blanche garni de liège à Tintérieur et aussi léger que possible. Ce chapeau est le seul qui garantisse véritablement les Européens des insolations, en maintenant une chambre d'air au-dessus du crâne. Cependant je dois ajouter que ce n'est pas l'avis de certains coloniaux qui préfèrent le chapeau de feutre mou et souple. Il faut surtout se garder comme du feu du chapeau de paille, infiniment moins protecteur que les feutres, légers eux-mêmes, très en honneur chez les Dominicains et dans toutes les colonies espagnoles.

En débarquant en Haïti et dans n'importe quelle autre Antille, on se trouve çn face d'une nourriture tout à fait différente de celle à laquelle on est habitué en Europe.

Les habitants de la plaine, c'est-à-dire de la campagne, car il n'y a guère aux Antilles que des montagnes d'origine volcanique, les paysans et les travailleurs dans les villes, comme j'ai eu l'occasion de le dire précédemment, mangent parfois trop de poissons salés, de merluches, ce qui peut pro-

voquer des maladies de peau, et boivent trop de tafia, ce qui est toujours dangereux, même pour les noirs du pays. En dehors de cela, ils se nourrissent de riz, de haricots rouges, de bananes, de mangues et de tous les fruits- des pays intertropicaux, ce qui d'ailleurs est très sain. L'Européen peut faire venir du vin de son pays et en boire à ses repas avec moitié d'eau, mais il doit se garder de toute espèce d'excès d'alcool, ne pas toucher au rhum et au tafia, si ce n'est sous forme de grog très léger, et avec modération ; il doit également s'abstenir des cock-tails, malheureusement trop en honneur dans le pays.

Les gens de la meilleure société avalent un. demi-verre de rhum pur, sous prétexte qu'il est vieux et excellent, pour en savourer la q^alité, et ensuite boivent un verre d'eau pour contre-balancer l'action de l'alcool. Ça ne contre-balance rien du tout et c'est là une coutume des plus dangereuses.

Dans nps colonies de la côte occidentale d'Afrique, au Congo, au Soudan, au Sénégal, c'est de l'absinthe que l'on abuse toute la journée. En marché, il est évident que Ton ne peut ni ^ emporter ni boire du vin, tandis qu'un litre de bonne absinthe, dans un seau d'eau plus ou moins pure, rafraîchira toute une colonne, même mieux que du* café. C'est très vrai, mais malheureusement les officiers boivent plusieurs fois par jour des absinthes fôjles et ça conduit à toutes les maladies nerveuses, à la folie, à la mort.

On ne saurait douter des effets désastreux des alcools sur les Européens et ceux qui en abusent sont presque certains de mourir, le sang décomposé au bout de quelques mois.

Là NOURRITURE

l'hygiène du corps. — LES BAINS. — PRÉCAUTIONS A PRENDRE.

On trouve dans toutes les Antilles, comme sur toutes les côtes d'Afrique, — moins naturellement dans l'intérieur du continent noir — de belles volailles, de superbes canards de Barbarie, puis aux Antilles des tortues de mer, des carets énormes et excellents, des poissons en abondance et, chose amusante, que l'on retrouve dans toutes les mers intertropicales, des poissons de toutes les couleurs I Mais la viande de boucherie n'est pas toujours d'aussi bonne qualité qu'en Europe, et l'on ne voit pas, comme chez nous, les paysans se livrer à lëlève du mouton.

Cependant on a sous la main des viandes saines à condition, surtout en été, de les faire cuire rapidement pour éviter la ponte des insectes et la décomposition. Les femmes du pays ont l'habitude de les frotter, de'*les laver, pourrait-on dire, avec des citrons verts coupés en deux, et cette mesure, pour primitive qu'elle soit, n'en est pas moins excellente, car elle éloigne les mouches et les fourmis qui envahissent tout.

Dans la Dominicami, les habitants se nourrissent de préférence de chair de cabri séchée au soleil et connue sous le nom de gécine ; ces viandes, moins irritantes que les boucanées, ne sauraient pourtant être comptées aux viandes fraîches, surtout dans les pays chauds.

D'ailleurs, il n'est pas nécessaire de manger énormément de viande ; une abondante consommation de légumes est préférable.

On peut se servir d'eau frappée et de glace sans danger, mais à condition que l'on soit bien reposé et que ce soit pendant les repas autant que possible.

Ainsi un demi-verre d'eau glacée bu mal à propos entre les repas, peut amener les plus graves complications, et les gens du pays se gardent bien de boire un verre de cidre d'ananas quand ils ont chaud, car ils prétendent, d'ailleurs avec juste raison, que les boissons acidulées sont alors mortelles. De fâcheux accidents peuvent aussi se produire, si l'on mange certains fruits, tels que des ananas, des figues-bananes, des corosols, etc., lorsque Ton rentre en état de transpiration, après une longue course.

A peine est-il besoin de dire que l'on doit prendre tous les matins un bain froid. Je suis de ceux qui pensent qu'il n'est pas mauvais que l'eau ait été tirée la veille dans la baignoire ou ait été dégourdie au soleil, car des bains absolument froids, même dans les bassins confortablement établis de Port-au- Prince, ou tels qu'ils l'étaient encore avant la catastrophe du 8 mai, dans la vieille ville en pierre qu'était Saint-Pierre de la Martinique, ne conviennent pas à tous les tempéraments. Il est bien entendu que les bains de rivière sont toujours excellents, quand on peut les avoir à sa portée. Quant aux bains de mer, c'est le supplice de Tantale, car malheureusement les requins vous en privent d'une façon absolue, surtout dans les ports, où ils pullulent.

Quoi qu'il en soit, le bain pris tous les matins à la température ambiante, est indispensable dans les pays intertropicaux, aussi bien pour conserver son énergie que pour maintenir libres les pores de la peau et le bon fonctionnement de la transpiration.

Il est important de faire ses courses et ses visites de 6 à 8 heures du matin, 9 heures au plus tard, ou de 5 à 7 heures de l'après-midi ; car avant tout, surtout dans les premiers temps de l'acclimatation, il convient d'éviter les insolations. C'est pour cela que l'on doit se coucher vers 9 heures du. soir pour se lever de bon matin et profiter des premières heures, relativement fraîches, du jour.

Il est également bon d'éviter de sortir pendant les pluies.

dont la violence sous les tropiques est légendaire, car c'est le meilleur moyen d'attraper des fièvres bénignes, il est vrai, qui cèdent à quelques prises de quinine, mais au-devant desquelles il est toujours inutile d'aller.

Ainsi, il ne doit pas être sain, pour les gens de la plaine, de marcher pieds nus ni de garder sur eux des habits mouillés, à la suite d'une pluie diluvienne ; ne serait-ce pas là une cause des fièvres fréquentes, mais non dangereuses dont ils sont atteints? Du reste, c'est une maxime en Haïti et dans toutes les Antilles, qu'il ne faut jamais aller 7ii dans le soleil^ ni dans la pluie !

Dans les accidents traumatiques, la gangrène se mettra d'autant plus facilement que l'on sera en pays chauds et que l'on manquera de moyens réfrigérants; et le tétanos, qui semble souvent en être une conséquence et qui est fréquent dans tous les pays intertropicaux, demanderait à être étudié de près par des spécialistes, quand ce ne serait que pour vérifier les diverses théories des émanations ou propagations de la terre, où quelques médecins croient avoir trouvé le germe tétanique. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans ces contrées, le tétanos est beaucoup plus fréquent qu'en Europe, qu'il frappe les enfants comme les convulsions ici, et qu'il est souvent consécutif à des blessures, surtout si elles ont été mouillées par l'eau, ce qui parait être une croyance populaire, corroborée malheureusement par les faits. A tous les points de vue, de l'antisepsie par exemple et autres, il serait donc du plus haut intérêt pour les jeunes médecins européens, qui séjournent dans ces pays^ d'étudier de près cette grave et intéressante question du tétanos, dans ses multiples et toujours terribles manifestations,

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