PRÉCAUTIONS A PRENDRE
Comme dans tous les pays neufs, où les routes sont mauvaises et les moyens de transport insuffisants, on se sert beaucoup du cheval, de Fane et du mulet pour voyager dans toutes les Antilles, et j'ajouterai dans toutes nos colonies similaires, car je ne parlerai pas ici d^ la chaise à porteurs de Madagascar, de la filanzane qui tend heureusement à disparaître devant le« progrès de la civilisation.
En général, le cheval de monture sert, tout à la fois, de monture et de moyen de transport pour les paysannes, pour les femmes de la plaine, et le mulet surtout de moyen de transport, car, avec son pied sûr, il supporte dans son bât, sur son dos, des charges relativement considérables, et, s'il est affreusement têtu, il est résistant.
Comme nous le savons, la température se maintenant toujours à un degré assez élevé, les exercices violents sont interdits, et la marche elle-même ne tarde pas à devenir fatigante. Il n'en est pas de même de l'équitation qui permet à tous les muscles du corps d'agir et de se développer librement sans surmenage. J'ai dit plus haut que l'extrême propreté des Haiti^n9 sur eux était peut-être le principal facteur de la salubrité du pays — car, hélas ! au point de vue de l'édilité, ils laissent beaucoup à désirer. Je ne crois pas être au-dessous de la vérité, en disant que l'usage du cheval doit être considéré comme le second facteur.
Du reste, sur ce terrain, je crois que je suis d'accord avec tous les voyageurs qui ont visité des pays similaires.
N'oublions pas qme l'équitation est le seul exercice violent,
le seul entrainement auquel on puisse se livrer avec fruit sous lès tropiques.
Cependant, il y a une recommandation très importante à faire, et que je prie mes lecteurs de ne jamais oublier, s'il» partent un jour en pays intertropicaux.
Aussitôt que Ton est arrivé dans un village aux Antilles, vos hôtes, ou leurs domestiques, prennent votre cheval, le mettent à Tombre si possible et toujours mettent de suite sur la selle une étoffe épaisse qu'ils ne retirent que lorsque vous remontez à cheval. Quand on oublie cette précaution et que Ton remonte sur une selle chaude, on est sûr de voir des clous se former sur les fesses, ce qui est fort douloureux et toujours inutile, sinon dangereux, dans un pays chaud. Donc, ne jamais oublier cette précaution tout à fait indispensable.
Je ne veux pas allonger outre mesure ces quelques conseils pratiques aux Européens qui vont se fixer dans les Antilles ou en Afrique ; mais je ne puis terminer ces courtes notes sans solliciter Tattention des médecins^ de ceux qui s'occupent d'anthropologie et d'ethnographie, sur la merveilleuse fécondité de la race noire en général, et en Haïti, plus particulièrement.
Ils ont tous beaucoup d'enfants solides et bien bâtis, et si quelques-uns ont le ventre ballonné dans leur enfance, cela tient à ce que le lait de la mère est remplacé trop souvent par une nourriture trop forte. Cela ne les empêche pas d'ailleurs de jouir d'une bonne santé et cette difformité temporaire disparaît toujours avant l'âge de la puberté.
Je n'ai pas pu me procurer pendant mon séjour en Haïti une table de statistique démographique. Mais on affirnie que la mortalité aux Antilles serait de 9 contre 2 4/2 pour la France et 3 pour la Guyane ; cependant il est certain que la natalité l'emporte sur les décès en Haïti, ce qui explique l'augmentation régulière et relativement rapide de la population.
Du reste, au fur et à mesure que les travaux d'édilité, de voirie, deviennent moins rudimentaires dans ces pays neufs, la mortalité diminue. Tout est là, et c'est malheureusement, soit par
tnanque d'argent, soit par paresse, ce que Von a tant de mal à faire comprendre à ces peuples jeunes. Je le répète, ce merveilleux développement de la race noire, dans un milieu n'offrant pas encore toutes les garanties et tous les progrès de l'hygiène publique, et avec une thérapeutique souvent plus qu!insuffisante, mérite d'attirer l'attention et de provoquer les recherches de nos savants.
Dans mon prochain chapitre, je parlerai plus spécialement de la terrible maladie du sommeil, qui fait tant de victimes parmi les noirs, en ce moment, en Afrique.