‹ La concurrence étrangèreChapitre 78 sur 119 · AU · texte numérisé non relu

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lant, la pupille se dilate : c'est la première phase de Tinfection, qui dure de dix à quinze heures.

(L Puis le poil devient terne et se hérisse, les yeux pleurent, une mucosité sanguinolente s'échappe des naseaux ; l'animal se plaint, bêle ou hennit; il n avance plus qu'en chancelant. Au bout de vingt-quatre heures, les lèvres enflent démesurément et se tuméfient ; l'abdomen et les flancs s'excavent, l'amaigrissement sun^'ient, la malheureuse bête tombe bientôt, en général, dans le coma et meurt ; parfois, au contraire, elle semble atteinte de folie furieuse, et se précipite en poussant des cris inarticulés sur tous les objets qu'elle voit, les mordant, les criblant de coups de cornes et de pieds, se roule, gratte la terre de ses pieds et finit par s'abattre sur le sol où elle meurt, raidie par un dernier spasme.

d Contre ce terrible fléau, il n'existe qu'un remède : fuir au plus vite le lieu où le premier insecte venimeux a fait son apparition; c'est, pour le gardien du troupeau, la seule chance de conserver quelques têtes de bétail, car la tsé-tsé ne s'éloigne jamais bien loin des lieux qu'elle habite.

<r Les endroits que cette mouche aflectionne de préférence à tous autres sont les terrains humides, quelque peu boisés ; elle n en sort que pour aller piquer de son aiguillon empoisonné le bétail qui passe à sa portée, et y revient aussitôt. »

La maladie produite par la piqûre de la mouche tsé-tsé est toujours mortelle et est appelée par les noii-s la Naganà. M. Bruce qui a examiné, au microscope, du sang recueilli sur un cheval piqué, et encore vivant, a trouvé 73.000 microbes au centimètre cube, de la famille des hématozoaires, glissant entre les globules sanguins. M. Bruce pense que la mouche tsé-tsé n'a pas de virus nocif par elle-même, mais qu'elle propage les virus aux germes mortels, tout comme les moustiques inoculent à l'homme la fièvre jaune ou les microbes des fièvres paludéennes recueillis par les dits moustiques sur Feau des ma-, récages.

C'est aussi mon opinion et je crois qu'il ''ne peut subsister aucun doute à cet égard.

La question en était là, très grave comme Ton voit, car cette mouche a fait plus d'une fois reculer la colonisation dans le cœur de l'Afrique, lorsque tout à coup elle vient d'entrer dans une phase nouvelle et, espérons-le, résolutive^ dans le sens de solution définitive, grâce aux remarquables travaux du docteur Laveran.

A ce propos, il convient de citer tout entier le compterendu de la séance de l'Académie de médecine où il a fait sa communication en septembre 4902 :

« Le professeur Laveran communique les résultats de ses recherches sur « l'action du sérum humain sur le trypanosome ».

« Depuis Livingstone, tous les voyageurs qui ont pénétré dans l'Afrique centrale et, en particulier, dans le bassin du Zambèze, ont signalé comme un fléau de ces régions la maladie de la mouche tsé-tsé, affection qui frappe mortellement tous les mammifères, mais qui, par une heureuse exception, épargne l'homme. Les premiers observateurs croyaient que cette maladie était due à un venin de la mouche tsé-tsé : les recherches de Bruce ont démontré qu'elle était d'origine parasitaire. Ce parasite est un protozoaire flagellé : un trypanosome ; le rôle de la mouche tsé-tsé se borne à celui d'agent de transmission. La tsé-tsé suce le sang des animaux malades, des trypanosomes restent adhérents à sa trompe, et, quand la mouche pique ensuite des animaux sains, elle leur inocule la maladie. »

Au cours de recherches sur le traitement du trypanosome, M. Laveran a constaté qu'en injectant du sérum du sang humain à des animaux infectés de ce parasite, on faisait disparaître les trypanosomes du sang.

« Le traitement par le sérum humain n'est évidemment pas applicable à de grands animaux en raison de la quantité de sérum qui serait nécessaire, mais on espère que Ton pourra

utiUser l'actioii du sérum de l'homme sur le trypanosome du nagana pour immuniser des animaux contre cette terrible maladie. }>

Si je m'en tenais là, à propos des derniers résultats de cette grande enquête scientifique, je ne serais certainement pas complet. Dans le prochain chapitre, je parlerai de la maladie dans les colonies allemandes, et de la merveilleuse campagne que mènent les médecins allemands dans l'Est-Africain, et ensuite je serai autorisé à tirer les conclusions scientifiques qui s'imposent forcément à l'esprit de tous les hommes au courant des choses de l'Afrique. L'on verra alors que ces conclusions sont très optimistes et très rassurantes à tous les points de vue.

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