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LA COTE DES SOMALI ET DÉPENDANCES

A la suite de mes deux premiers articles sur TArchipel des Eerguelen et sur les îles Saint-Paul et de la Nouvelle-Amsterdam, plusieurs lecteurs, tout à la fois trop bénévoles et trop ambitieux, ont eu la bonté de me dire :

— Mais c'est très bien, vous allez ainsi nous faire une petite géographie, une courte histoire de nos petites colonies méconnues ou tout au 4noins mal connues de la plupart des Français ; ça sera fort utile.

Moins grande est mon ambition et je pense qu'il est toujours facile, à ce point de vue général, de se documenter chez Elysée Reclus, Vinen de Saint-Martin et parfois même dans les Encyclopédies courantes, encore qu'elles soient paifois par trop rudimentaires à Fégard de notre domaine colonial.

Non, le but que je vais tenter d'atteindre est tout à la fois plus simple et plus utile, si je ne m'abuse pas, car après avoir donné, en quelque sorte, les grandes lignes, l'état-civil de la colonie dont je parle, ce qui n'est à tout prendre que l'inévitable façon d'éclairer sa lanterne, je voudrais mettre en relief les deux ou trois points qui font que cette colonie est, et doit être pour nous, de la plus haute importance.

Une colonie est toujours plus ou moins importante, toujours utile à la Métropole. Voilà ce qu'il faut bien se mettre dans la tète et c'est une vérité que je vais m'efTorcer de rendre tangible au cours de ces notes trop brèves, trop heureux si j'ai pu ainsi convaincre et éclairer quelques lecteurs.

Sous le nom officiel de Côte des Somali et dépendances, le décret du 20 mai 1896, a réuni les territoires d'Obock, de Sagallo, de Tadjoura, de Djibouti et des Danakil. Obock avait été acheté à un chef indigène de la Côte par notre exceUent et

avisé consul à Aden, M. Lambert, en prévision du percement du canal de Suez ; notre installation dans le pays est donc relativement ancienne et dès 1843 le gouvernement français, avait signé un traité d'alliance et de commerce avec le roi du Choa. En 4874, les relations amicales hirent reprises et moa vieil ami Soleillet en fut Tun des meilleurs artisans.

La baie de Tadjoura, longue de 400 kilomètres, possède quelques échancrures suffisantes pour abriter les ports d'Obock,. de Sagallo, d'Ambado et de Djibouti et tout au fond de la baie s'en trouve une autre, connue sous le nom de rade de Sagallo, qui est appelée au plus bel avenir. Le climat est chaud, mais sain. L'importance maritime de la rade de Djibouti sur la route d'Extrême-Orient n'est pas à démontrer pas plus que son importance commerciale, car ces différents ports offrent la pénétration la plus courte par terre, pour drainer tous les échanges^ avec l'Abyssinie méridionale et le haut Nil, le Harar et le Choa,, à eux seuls sont appelés à devenir pour nous d'excellents clients. Mais ce n'est pas tout, et il importe maintenant de mettre en^ lumière précisément les points que l'on ignore ou dont on ne tient pas suffisamment compte.

Chacun sait que nous sommes dans les meilleurs termes d'amitié avec Ménélick, le Négus d'Abyssinie qui nous a autorisés à construire un chemin de fer entre Djibouti et sa capitale.

Le chemin de fer se divisant en deux tronçons, a. 230 kilomètres jusqu'à Harar et 450 jusqu'à Ankober ; bientôt il sera terminé jusqu'à Addis-Ababa, la capitale de l'Abyssinie. Ce jourlà, tout le produit de l'élevage des .tribus nomades pourra venir facilement à la côte, ainsi que les cafés, gommes, ivoire, peaux brutes, musc, or, sel, nacre, etc., tandis que notre importation en objets manufacturés suivra la même proportion ascendante.

Enfin, et c'est là un point sur lequel je veux insister tout particulièrement, comme nous avons déjà là-bas quelques établissements industriels importants, tels que l'usine de la maison Ménier, les salines et la concession Chefneux, il est certain qu'un jour ou l'autre nous pourrons nous livrer à l'élevage de

l'autruche sur une grande échelle, tout comme les Anglais au Cap, ce qui serait pour la colonie une véritable source de richesses régulières et inépuisables.

Maintenant j'arrive à un point sur lequel on n'insiste pas généralement dans les géographies, quand on daigne même en dire un mot,

Je n'ai ni le temps ni le désir de raconter ici comment nous avons par notre éternelle négligence, laissé les Anglais s'emparer de la petite île de Périm, au beau milieu du détroit de Bab el Mandeb. Mais aujourd'hui que le mal est fait, il faut au moins le réparer en partie, comme on l'a déjà si bien dit dans Le Petit Colonial^ en s'établissant solidement sur les deux rives, sur nos propres territoires, c'est-à-dire à Obock et. à Cheikh- Saïd. Nous le devons et le pouvons d'autant plus facilement que l'on oublie toujours que Périm est un îlot plat, tandis que nos possessions sur les deux côtes, ont une élévation assez considérable pour commander et défendre facilement le détroit, s il en était besoin.

Cette question d'altitude, à tous les points de vue, de la défense, de l'hygiène, de l'eau, etc., est là le nœud véritable de la situation et si nous le voulons bien, grâce à elle, nous pouvons nous trouver dans une situation bien supérieure à celle des Anglais, sans jeu de mot.

En eilet, en face de nos établissements de la côte des Somali, sur la côte d'Arabie, à 2500 mètres de l'îlot anglais de Périm et plongeant dessus se trouve Cheikh-Saïd, où nous avions mis un dépôt de charbon et étabh des factoreries dès 18f)8. Ce territoire de 150.000 hectares est donc bien terre française et les Turcs, même poussés par les Anglais, n'y ont aucun droit.

Cheikh-Saïd commande et domine la partie la plus étroite du détroit de Bab el Mandeb ; la création d'un port, comme station navale complétant celle de la baie de Tadjoura, comme débouché naturel de tous les produits de l'Arabie, s'impose donc impérieusement à la solUcitude de nos gouvernants. Ajoutons

que ce port ne tarderait pas à devenir un centre commercial de premier ordre; car il -y a de l'eau potable, conséquence naturelle de l'altitude relativement élevée du pays, 05 mètres environ, si mes souvenirs sont exacts.

Je me résume : nous possédons à la côte des Somali, un chemin de fer, l'amitié du Négus, une altitude suffisante et la possibilité de faire l'élevage des autruches en grand.

Avec Cheikh-Saïd nous pouvons être les maîtres de la Mer rouge, de cette grande route des Indes, de notre empire Indo-Chinois, de l'Extrême-Orient, ou, tout au inoins nous pouvons et nous devons tenir les Anglais en respect dans leur ilôt de Périm et dans leur fournaise d'Aden.

Nous pouvons drainer à notre profit le commerce des deux Arables, de l'Yemen, renommé pour son café. Ce sont là de trop grands avantages pour y renoncer de gaîté de cœur et je veux croire que notre Parlement saura accomplir tout son patriotique devoir en faisant réoccuper de suite et effectivement Cheikh-Saïd.

Cette occupation est d'ailleurs absolument nécessaire à tous les points de vue de la stratégie commerciale, aussi bien que militaire et maritime pour la sécurité et le libre développement de nos établissements de la côte des Somali et dépendances, d'Obock, de Tadjoura, de Djibouti et de Sagallo, qui s©nt certainement appelés à un grand développement commercial dans un jour prochain.

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