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LES DÉPENDANCES DE MADAGASCAR

Il est bien entendu que je laisse de côté Madagascar et la Réunion dans TOcéan Indien ; cependant les dépendances de Madagascar sont à nous depuis longtemps, elles sont fort riches naturellement et offrent toutes un intérêt particulier et c'est pourquoi je pense qu'il est utile de s y arrêter aujourd'hui. Aussi bien cette promenade à travers toutes nos Nosy ou îles de l'Océan Indien ne manque pas de charme.

Commençons par la première, Nosy Bé — nie grande — n'est séparée de Madagascar que par un détroit de 12 kilomèties au milieu duquel se trouve la petite île de Nosy-Comba dont nous dirons un mot tout à l'heure. Elle a environ 22 kilomètres de long et 45 de large et sa superficie ne dépasse pas 300 kilomètres carrés.

La côte, très découpée, offre de bons abris et l'intérieur volcanique et accidenté possède même un piton de 543 mètres d'altitude.

Si nie est très fertile, elle est aussi très humide, car il y tombe 3 mètres de pluie en moyenne par an ; mais cela permet la culture du riz, du maïs, du manioc, de la canne à sucre et même de la vanille, dont les bénéfices sont parfois énormes.

La population, composée de Sakalaves qui ont traversé le détroit, de marchands indiens et arabes, ne dépasse pas 12.000 habitants, sur lesquels il n'y a guère qu'une cinquantaine de colons français qui vont chercher leur main-d'œuvre agricole aux Comores ou à Madagascar, en général.

L'amiral de Hell, gouverneur de la Réunion, prit possession de nie en 1841 et donna son nom au chef-lieu, Hellville, qui ne compte guère que 1.200 habitants. Cependant la rade est excellente, il y a une jetée pour débarquer et la ville, bien bâtie

■au milieu de la verdure, offre l'image d un véritable paradis tropical. On pourrait faire fortune dans l'île, en venant simplement y cultiver la canne à sucre et la vanille.

Mais combien de Français le savent et surtout à qui se ■donne-t-on la peine de l'apprendre dans nos écoles ? Il paraît que nous tenons à rester très ignorants en matière coloniale.

A quelques kilomètres d'Hellville se trouve Ambanourou, qui est le principal marché indigène. Il y a dans l'île une cinquantaine de petits villages indigènes, composés de braves gens qui ignorent absolument le surmenage : il fait trop chaud I

Nosy-Comba que Ion prononce Nosy-Coumba forme un double cône montagneux qui s'élève à 548 mètres, très boisé, salubre et sur lequel on a établi en 4895 un sanatorium pour la Grande Terre, qui rend d'excellents services.

Nosy-Faly, la petite ile, se trouve à l'entrée de la baie •d'Ambato, presque rattachée à la pointe du cap ; elle est longue, basse et couverte de rizières.

Un peu plus loin, à 70 kilomètres, au Nord de Nosy-Bé, se trouve le groupe des îles Minow. La principale, Nosy-Mitsiou, longue de 20 kilomètres, est très étroite et forme un crochet «n angle droit à l'une de ses extrémités. Puis il y a les Quatre Frères, Nosy-Lava, l'Ile Verte, le Pain de Sucre qui a 280 mètres d'altitude, Nosy-Ancaréa, etc. Nosy-Bé et toutes ses dépendances sont rattachées à l'Administration de Madagascar.

Mais je ne saurais trop le répéter, il y aurait là tout à faire pour des petits colons intelligents et travailleurs, car ces îles sont merveilleusement belles et fertiles.

Nous voici juste de l'autre côté de la pointe de Madagascar, à Sainte-Marie de Madagascar, appelée dans le pays Nosy- Boroha ou Nosy-Ibrahim, séparée de la grande côte orientale par un canal de 7 kilomètres seulement, elle a lair d un long luseau de 59 kilomètres de long sur 5 de large environ, sur une superficie de 170 kilomètres.

Sur la côte Est, on ne peut guère aborder l'île qu'à lanse profonde de Calabé] mais sur la côte Ouest le port de Sainte-

Marie protégé par les deux îlots, rtle Madame et nie aux Forbans, est excellent.

Enfin à la pointe Sud Filôt des Nattes est séparé de Sainte- Marie par un fossé de quelques centaines de mètres, tellement régulier, que Ton pourrait s'imaginer qu'il a été creusé par la main de l'homme, ce qui ne serait guère vraisemblable dans ce pays. Le sol ondulé possède des collines qui ne dépassent guère GO mètres ; aussi Vile bien arrosée et couverte d'une végétation superbe, est-elle cependant insalubre, à cause de ses marécages et de sa trop faible altitude. Il y pleut huit mois de l'année avec une température très supportable de -[- 49 à 37o centigrades. Aussi rîle est très boisée et produit du manioc, de la vanille, de la canne à sucre, du riz et surtout un clou de girofle très estimé. Si Ton voulait dans toutes ces îles, faire quelques travaux d'assèchement, on les rendrait facilement salubres, étant toujours balayées par le vent de mer. tt la vie y est si facile, la nature si merveilleusement belle que malgré tout, j'ai connu depuis plus de trente ans des colons de Sainte-Marie qui adoraient leur île. Sa population de 8,000 habitants environ, est composée de Malgaches, de races de la Grande Terre, de créoles, d'origine française. Le clief-Ueu Saint-Pierre, sur l'île Madame, est réuni par un pont à Ambodifototra qui compte environ 4.200 habitants. On y trouve des écoles européennes et Sainte-Marie, rattachée à Madagascar, forme une commune, avec 42 villages indigènes.

-Maintenant Sainte-Marie a toute une histoire romanesque qui nous la rend chère et que je veux rappeler ici en deux mots. Nous nous y installâmes dès 1(143 et en 1750, un caporal de la Compagnie des Indes, La Bigorne, qui possédait un nom bien fiançais et quelque peu inquiétant pour un futur prince conseil fjui aurait clé superstitieux, épousait la belle Béti, reine de FouleiK)inte et de Sainte-Marie de Madagascar et naturellement s'empressait d'en faire don à la France.

Sous IVidniinistration de Sylin-Roux, de 1804 à 1811, l'île fut très pro^^^père ('t c'est ce qui fait que Ton trouve encore une

église, un fort, etc. ; heureusement qu'en 1815 nous la gardâmes officiellement et depuis, les manigances combinées des Hovas et des Anglais furent impuissantes à nous enlever ce joli petit bijou colonial.

Il me reste juàte assez de place pour dire un mot des îles Glorieuses, au Nord et au Nord-Ouest de Madagascar, entre les Seychelles et le cap d'Ambre, c'est-à-dire au-dessus même de la baie de Diégo-Suarez. En 1892 le gouvernement français a fait prendre possession des îles Glorieuses qui comprennent nie Glorieuse^ nie du Lys et les Roches Vertes.

A mi-chemin entre Diégo-Suarez et les Comores, elles ont été concédées à bail à une maison française qui était établie depuis 1880 pour y faire la pèche et le commerce des écailles de tortues, très nombreuses sur les bancs de sables qui entourent ces îles. •

C'est parfait, mais l'on peut regretter amèrement que le Gouvernement français n'ait pas jugé à propos, alors comme il pouvait le faire facilement et comme on le lui demandait, de planter notre drapeau sur les îles Amarantes^ Prouidence, Cosmolédos, Farqhuar, Aldabra, etc.

Quand on voit la beauté incomparable de ces Îles, le climat enchanteur dont elles jouissent, surtout pendant la saison froide, on est vraiment surpris de constater qu'il y ait tant de gens riches en France qui vivent de leurs rentes et qui n'ont pas l'idée d'aller passer trois mois dans ces paradis qui n'ont rien d'artificiel. Ne devrait-il pas y avoir dans ces îles des instalaltions pour touristes, tout comme à Ceyland ?

Nous ne savons pas voyager, nous ne connaissons pas même de nom nos plus belles colonies, nous sommes timorés, casaniers et peureux et c'est lamentable, car aujourd'hui, avec la concurrence étrangère, avec la lutte ardente pour la vie, ce n est pas ainsi que Ton reste un grand peuple. Mais trêve d'indignation, et dans les chapitres suivants, nous terminerons cette petite promenade dans l'Océan Indien par l'archipel des Comores et Mayotte qui en est la principale.

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