LA MEDECINE INTERTROPICALE
A LA COTE OCCIDENTALE d'AFRIQUE. — MESURES PRÉVENTIVES.
A l'école de Médecine tropicale de liverpool
L'Ecole de Médecine tropicale de Liverpool, dont on connaît la haute compétence et les services rendus, vient de s'occuper de nouveau tout particulièrement de l'état sanitaire à la côte occidentale d'Afrique qui, par la force des choses et les progrès incessants des navires à marche rapide, se trouve être de plus en plus à la porte même de l'Europe, en attendant qu'elle y soit tout à fait par la construction du Transsaharien.
En labsence de sir Alfred Jones, qui se trouvait empêché, cette importante séance était présidée par M. IL Cotterell, président de l'Association africaine, et il est inutile d'ajouter que tout ce que contient d'illustrations l'Angleterre, avait tenu à venir assister à cette belle et intéressante conférence. '
. Le professeur Ross, que ses beaux travaux sur la malaria ont rendu célèbre dans le monde entier, a informé l'assemblée, au milieu d'un enthousiasme indescriptible et discret tout à la fois, comme il convient à de vrais savants, que la fièvre jaune avait disparu de la Havane, grâce aux mesures aussi énergiques qu'intelligentes qu'avaient su prendre les Etats-Unis, dès les premiers temps de leur occupation, mesures que j'ai indiquées moi-même tout au long ici-rnême.
Il a ensuite lu des extraits d'une lettre du major R.-H. Peuton, médecin principal au Soudan, qui, ayant visité les travaux d'assainissement entrepris par les médecins de la Compagnie du canal de Suez à la suite delà visite du savant anglais et sur sa recommandation, déclare que les résultats en ont été des plus remarquables, puisque du Ici- janvier au 30 juin de cette année, — 1903 — iln y a eu à l'hôpital de la Compagnie, à Saint-
Vincent-de-Paul, que 3 cas de fièvre contre 52 pendant la période correspondante de Tannée précédente. En outre, dans la ville même d'Ismaïlia, 72 cas de fièvre seulement ont été observés contre 509 en 1902.
Le major Ross a alors réclamé la constitution d'un département sanitaii'e dans les colonies ouest-africaines et a proposé les résolutions suivantes qui ont été adoptées par l'assemblée :
1o Qu'un médecin pleinement qualifié, assisté d'un personnel sanitaire suffisant, soit nommé dans chacune des principales villes de l'Ouest-Africain ; les seules fonctions de ce médecin devront être de s'occuper des affaiies sanitaires de ces villes ;
2o Qu'il soit également nommé, pour toutes les colonies de rOuest-Africain, un commissaire sanitaire compétent suivant le précédent de l'organisation sanitaii'e indienne. Les fonctions dudit commissaire seraient les suivantes :
a) Consacrer au moins la moitié de l'année à visiter autant de parties desdites colonies qu'il sera possible, afin d'inspecter et de dresser un rapport sur leur situation sanitaire et leurs progrès à ce point de vue ; un tel rapport devant être adressé directement au Colonial Office — et non directement au gouvernement de chacpe colonie ;
bj Contrôler les statistiques sanitaires, et conseiller le Colonial Office pour les mesures sanitaires importantes ;
3<' Qu'il soit demandé au Colonial Office de publier annuellement un rapport sanitaire contenant des statistiques dignes de foi sur la maladie et la mortalité, spécialement parmi les Eui'opéens, dans lesdites colonies, et aussi donnant des détails sur les travaux sanitiures qui s'y accomplissent; un tel rapport (levant èti'e analogue au rapport annuel publié par le commissaire sanitaire du gouvernement de l'Inde;
4o Qu'une copie de ces résolutions soit envoyée à M. Chamberlain.
Tous ces rlcHÎderala sont excellents, marqués au coin du bon sens et du sens pratique qui distinguent toujours les Anglais et pailiculièrement le major Ross, et vraiment je pense qu'il
n'y a qu'un vœu à formuler, c'est que toutes les mesures qu'il indique soient proraptement réalisées dans les colonies françaises aussi bien que dans les colonies anglaises. Il y a là une question de progrès et d'humanité en pays intertropicaux, et fort heureusement elle n a point de patrie ou plutôt elle les a toutes au nom de la solidarité humaine.