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LA MÉDECINE INTERTROPICALE

PALUDISME ET MOUSTIQUES. — LES MOYENS EMPIRIQUES. — COM- MENT LA VÉRITÉ FINIT TOUJOURS PAR TRIOMPHER

J*ai souvent raconté comment, lorsque Jules Ferry était ministre, il allait me donner un cours de colonisation comparée qui ne m'a été enfin accordé, sous forme de cours libre à la Sorbonne, que beaucoup plus tard, et comment sur mes indications, il allait faire dresser des échelles d'altitudes dans toutes nos colonies, au triple point de vue de Thygiène et des maladies à éviter au fur et à mesure que 1 on s'élève, pour les progrès de Tacclimatation, de la faune et de la flore.

Tout était prêt et décidé dans notre esprit et notre programme parfaitement arrêté, quand la politique absurde et aveugle des partis est venue le renverser.

Si je tiens à rappeler et à préciser ces souvenirs, désormais historiques, c'est qu'ils sont tout à l'honneur de la grande mémoire de Jules Ferry, et, enfin, qu'ils prouvent bien que j'ai été le modeste, mais le premier pionnier de la grande et féconde théorie des altitudes en pays intertropicaux.

Au début l'on a commencé par une plaisanterie sur ma douce manie (?) des altitudes et aujourd'hui elle est devenue la pierre angulaire de toutes colonisations pratiques et rationnelles en pays chauds ; ce qui prouve bien que la vérité et les idées justes finissent toujours par triompher, sinon les hommes, car souvent ces malheureux sont morts avant qu'ait sonné l'heure des justes réparations, comme cela est arrivé pour le Grand Français qu'était Jules Ferry.

C est ainsi que je constate avec le plus grand plaisir, que tous les jours mon programme initial est enfin appliqué et entre de plus en plus dans le domaine pratique des faits, et c'est

ainsi que, tout dernièrement, M. Jonnart a eu un long entretien avec le D"* Roux, de llnstitut Pasteur, pour arrêter avec lui les bases de l'organisation d un service destiné à combattre en Algérie le paludisme qui chaque année, y fait de nombreuses victimes.

Le gouverneur général de l'Algérie se propose donc de

faire établir, tout d'abord, une carte du paludisme dans les trois départements algériens, et de porter immédiatement ses efforts sur les points où la fièvre paludéenne exerce actuellement le plus de ravages.

Le Journal vient de recevoir de mon excellent confrère Charles Raymond, l'amusante lettre suivante, à propos de la destruction ou de Téloignement des moustiques par le papayer, phénomène, d'ailleurs, que j'ai mis moi-même ici en doute, jusqu'à plus ample enquête, dans l'avant-dernier chapitre :

« Seugy-Luzarches, le i août 1903.

<r Mon cher confrère,

« Permettez-moi de compléter votre intéressant écho d'hier.

« Il n'y pas besoin d'aller jusqu'au Soudan pour chercher Vochnum viride qui éloigne les moustiques. Nous avons son succédané dans une plante de la même famille et du même genre, vulgairement connue sous le nom de basilic— en botanique, ocimum basilicum —, et qui est très répandue dans le midi de la France, en Espagne et en Italie.

(( Pendant un assez long séjour d'été à Venise, j'ai réussi, en garnissant ma fenêtre d'une rangée de pots de basilic, à chasser de ma chambre ces terribles zanzare qui sont le fléau des lagunes.

« Veuillez, etc.

« Charles Raymond, d

Je ne voudrais rien dire de désagréable à cet aimable vaudevilliste et encore moins me trouver dans l'obligation d'écrire de nouveau ce que je disais plus haut et qui reste pour moi Texpression de la vérité observée et constatée longtemps sur place, c'est-à-dire en pays intertropicaux.

Qu'il me permette de le lui dire, tous ces procédés empiriques ressemblent singulièrement à des remèdes de boime femme. C'est très joli, mon cher confrère, d'avoir été dévoré (î) par les moustiques — oh combien ! — à Venise, à Amsterdam ou à Hendaye, mais permettez-moi de vous dire que ce n'est que de la gnognotte à côté des bataillons serrés des moustiques en pays intertropicaqx.

Allez donc vous promener seulement un peu aux Antilles, dans l'intérieur de l'Afrique et même seulement sur la côte, si le cœur vous en dit, et ensuite nous pourrons en recauser utilement.

Donc, je maintiens mes conclusions : pour sauver un pays tout entier de la fièvre jaune, de la malaria, données par les moustiques, il faut absolument prendre les grandes, belles et sages mesures des Américains à Cuba, et pour dormir tranquillement chez soi, toujours avec la moustiquaire bien entendu, il faut employer la petite vasque aux poissons dans le jour et celle qui a au-dessus d elle une petite lampe à acétylène, la nuit. Car ces deux moyens sont simples, faciles, enfantins, empiriques également, je le concède; mais jusqu'à preuve cUi contraire, en dehors des grandes rnesures de prophylaxie générale, j'avoue que je n'en connais pas d'autres et lorsque par hasard je vais voir d'autres cieux plus cléments ! — lisez plus chauds, quels que soient le continent ou l'île où je me trouve, je m empresse de les mettre en pratique et je m'en trouve très bien.

Donc, mon cher confrère, si un jour vous allez aux pays intertropicaux, croyez-moi, imitez mon exemple et vous m'en (lirez des nouvelles !

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