L'ENFANT NATUREL
Nous avons vu quelle est la situation du bâtard dans l’ancien droit. La Révolution, influencée par la philosophie humanitaire du xvin* siècle (1), veut le relever et le faire sortir du rang inférieur où l'a relégué l'ancien régime. Après lui avoir donné des droits politiques, elle lui donne des droits de famille et, par un esprit de réaction poussé à outrance, elle ira jusqu'à lui accorder les mêmes droits qu’à l'enfant légitime.
Dès 1786, dans un discours prononcé devant l’Académie d'Arras (2), Robespierre plaide la cause du bâtard et propose de modifier, dans un sens plus conforme à l'humanité, les lois relatives à l'enfant naturel, lois « empreintes de la barbarie d’un autre âge ». Il
4) Encyclopédie : « Dans l’ordre de la nature, la condition des bâtards et des enfants légitimes est la même, parce qu'ils sont tous du même sang ; mais elle est inégale dans le droit civil qui prononce contre les bâtards l'incapacité de succéder à leur père, et même de recevoir de Jui des dons et des legs considérables. Ils avaient autrefois un droit de légtime pareil à celui des autres enfants dont on les a privés pour l’avantage, dit-on, des mœurs. Cette- loi est bien dure, et je demanderais volontiers ce que les mœurs y ont gagné. »
(2) Robespierre. Discours à l’Académie d'Arras (27 avril 1786). Cf, Amel, Hsloire de Robespierre 1, 58 et 59.