‹ La Condition des Paysans et les Réformes Agraires en PrusseChapitre 21 sur 68 · SN NAN · texte numérisé non relu

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de négliger le travail d'autrui fit que les paysans en arrivèrent à prendre peu de soin de leur propre ménage.

Aussi dès le xvu siècle, d’éminents esprits s’émurent de cette situation et sentirent le besoin de réformes. Les philosophes au nom du principe de la liberté humaine, les économistes, les publicistes du temps créèrent un courant d’opinion en faveur d’un adoucissement du sort des classes paysannes. Comme les physiocrates en France à la même époque, ils montraient que la richesse nationale, la prospérité générale résultaient de la productivité de la terre, qu’il y avait donc pour l’Etat un intérêt primordial à voir les cultivateurs dans l’aisance.

Ces raisons frappèrent d’autant plus l'esprit des gouvernants qu’en ce moment l'Etat avait orand besoin d’argent; les dépenses augmentaient sans cesse par suite de l’armement, des guerres, des travaux publics, etc. Or, à qui l'Etat pouvait-il s'adresser pour obtenir des subsides? A une époque où, d’une part laristocratie ne payait pas d'impôt, où, d'autre part l'industrie n'existait pas encore, tout le fardeau des dépenses publiques retombait fatalement sur le paysan. Le gouvernement avait donc intérêt à protéger ses uniques bailleurs de fonds, s’il ne voulait voir tarir la source de ses revenus. D'où

ses efforts multipliés pour réaliser les projets généreux qui circulaient alors, pour soustraire la classe des paysans à l'oppression excessive. des seigneurs. | É

Mais cette tâche ne put être menée à bien:

que le jour où les rois se sentirent assez forts vis-ä-vis des seigneurs fonciers. C’est ce qui explique pourquoi les réformes concernèrent tout d’abord les paysans du domaine royal.

SECTION I

Paysans du domaine royal

Les domaines royaux constituaient un champ d'expériences tout indiqué pour faire des essais de réformes. Et ces tentatives devaient être d’autant plus efficaces que ces domaines étaient très considérables à la fin du xvi° siècle (environ 10 0/0 du territoire de la Prusse) et que le. nombre de ses petits tenanciers était très impor tant.

Dès le commencement du xvin:* siècle, un certain Lüben de Wäüllfen avait préparé un projet de réforme de l'administration du domaine royal. Le but apparent de ce projet était d'augmenter les revenus du roi par un remaniement

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administratif; mais au fond, il avait limportance d’une véritable réforme sociale, puisqu'il transformait les petits fermiers provisoires en petits fermiers héréditaires, c'est à-dire presque en propriétaires. Le roi, qui était alors, Frédéric [*, approuva pleinement le projet; mais quand il fallut mettre la réforme à exécution, on rencontra de tels obstacles qu'il fallut tout abandonner et que finalement Lüben de Wüllfen, rendu responsable de cet insuccès, fut mis en prison. |

La première tentative réelle fut effectuée par Frédéric-Guillaume I° qui, en 1718 pour la Prusse orientale et en 1719 pour la Poméranie, voulut supprimer le servage sur le domaine royal. Mais par cette expression : supprimer le servage, le souverain n’entendait pas affranchir le paysan Celui-ci restera attaché à la glèbe, ne pourra la quitter sans autorisation, 1l obtiendra seulement la possession héréditaire de sa parcelle, afin de lui donner quelque sécurité légale.

C'était une réforme assez modeste ; néanmoins, Frédéric-Guillaume I* échoua pour deux motifs : |

4° L'opposition de l'administration ;

2 L’inertie des paysans.

Avec Frédéric Il, prince plus énergique, très

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minutieux, la réforme atteignit presque son but. Le monarque se montra toujours plein de sollicitude pour les paysans de ses domaines, mais sa protection fut peu efficace jusqu'au moment où il mourut, fatigué de régner sur une nation d'esclaves.

Un pas beaucoup plus décisif fut fait sous Frédéric-Guillaume IT, successeur de Frédéric le Grand. Par une ordonnance du 25 mars 1790, les tenures furent déclarées héréditaires ; mais le tenancier ne put encore en disposer par testament, c'était l’administration qui désignait l'héritier conformément à l'ordonnance de 1790. L'ordre de succession était ainsi dressé : la tenure et le matériel d’exploitation étaient attribués à l’un des fils du dernier tenancier, à défaut de fils à la veuve, à défaut de veuve à l’un des frères ou sœurs. Telle fut, à partir de 1790, la règle générale de l’hérédité des tenures sur les domaines royaux

Dans cette même période, de la mort du Grand Electeur à la fin du siècle, on tenta de porter des améliorations sur un autre point: sur la condition matérielle des serfs royaux, en restreignant les corvées et charges foncières, en adoucissant les mauvais traitements qu’ils enduraient. Frédéric-Guillaume I* fut encore le premier qui se préoccupa de cette question. Il

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aurait voulu en quelque sorte soumettre les corvées à des règles fixes, assigner aux serfs royaux une tâche déterminée, après quoi on les aurait laissés tranquilles. — Il tenta aussi d’arrêter un trafic honteux auquel avaient l’habitude de se livrer les fonctionnaires du domaine : ceux-ci vendaient aux seigneurs voisins, non pas les sérfs eux-mêmes, c’eût été le rétablissement de l’ancien esclavage, mais le travail que ces paysans devaient à titre gratuit.

Tous les efforts du Roi furent inutiles ; ils ne furent un peu efficaces que lorsqu'ils portèrent sur les mauvais traitements. Une lettre-patente du même Frédéric-Guillaume I: du 9 avril 1739 interdit l’usage du fouet et des coups de bâton. Toutefois, on fit exception pour certaines provinces, comme la Lithuanie, où les paysans, paresseux et grossiers, ne marchaient que par ce procédé. De plus, en cas d'insuffisance de travail, l'ordonnance autorisait à revêtir le serf du manteau espagnol (1) et si cette punition ne donnait pas d'assez bons résultats à lui infliger un certain temps de travail de forteresse.

Frédéric Il aussi usa de son autorité pour adoucir les mauvais traitements. Puis il essaya

1. Le manteau espagnol était une profonde et lourde cuve que le patient portait sur les épaules et à travers le fond de laquelle il passait la tête.

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de déterminer les jours de corvée dont le maximum, dans les baux nouveaux, fut fixé à 4, puis à 3 par semaine. Enfin, en 1763 et en 1767, il Supprima la domesticité obligatoire, mais dans la Prusse orientale seulement. Cette suppression de l’une des conséquences les plus dures de la sujétion héréditaire était tellement importante que, depuis ce moment, on a l’habitude de considérer comme libres les paysans du Domaine dans la Prusse orientale (1),

SECTION II

Paysans des domaines particuliers

Dans les domaines privés des seigneurs, la tâche du Roi était infiniment plus délicate et son action bien souvent impuissante. Aussi ne voyons-nous commencer l'ère des réformes qu’au jour où le pouvoir royal fut assez fort pour faire respecter ses décisions par l’aristocratie jusque dans les domaines propres de celle-ci. Longtemps, il fallut lutter, quelquefois sans succès, contre la puissance du grand propriétaire, véritable souverain sur son domaine.

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