‹ La Condition des Paysans et les Réformes Agraires en PrusseChapitre 23 sur 68 · DROLE · texte numérisé non relu

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résultats : elles réussirent à maintenir le bien noble dans les limites qu'il avait atteintes au milieu du xvin° siècle. Cependant, ces conséquences profitèrent surtout à l’intérêt général, car, au point de vue individuel, la transformation ne fut guère sensible : le seigneur conserve toujours le droit d’éviction dans son intégralité, on ne lui demande que de remplacer le tenancier par un autre et de ne pas réunir la tenure à son domaine propre.

Toute autre espèce de réforme pour améliorer le sort des paysans aboutit à un échec complet. On est étonné de l’opiniâtreté avec laquelle les nobles résistaient pour défendre leurs privilèges, de l'indifférence que leur causait le bienêtre des paysans. C'est qu'ils ne pouvaient se résigner à abandonner une situation si commode, qui,en vertu de la domesticité obligatoire des enfants de leurs tenanciers, leur assurait une main-d'œuvre presque gratuite, rémunérée seulement par une mauvaise nourriture — qui mettait à leur entière disposition les attelages (Spanndienste) de leurs gros tenanciers (1), à tel point que les seigneurs n'avaient même pas d’écuries pour les chevaux de trait —, enfin, qui leur conférait un nombre indéterminé et arbi-

l. Ceux qui exploitaient une tenure de 15 hectares environ.

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traire de jours de corvées. Cependant, de leur côté, les serfs commençaient à élever la voix et ils se plaignaient que « contrairement aux privilèges anciens, on augmentàt d'année en année leurs charges ». Ces plaintes étaient adressées à Frédéric IT qui s’'émut, mais, malgré toute son autorité, ce monarque ne put rien obtenir ;ilne put même pas réduire à trois par semaine le nombre de jours de corvée obligatoires, ainsi qu'il l'avait fait sur le domaine royal. Pour apporter un peu d'ordre dans ce chaos, il tenta, vers la fin de son règne, d'établir des règles déterminées, et, dans ce but, il ordonna dans tout son royaume la revision des titres et conventions qui fixaient les charges des paysans. Mais, à sa mort, l’œuvre fut abandonnée.

Toutefois, si Frédéric IT ne réussit pas à rendre un peu moins précaires les droits du paysan dans la possession du sol, il prit quelques mesures de police dont les effets furent plus sensibles. Son but principal était d'empêcher le dépeuplement des villages, et, pour y arriver, reprenant le système des ordonnances de Frédéric-Guillaume I‘, il interdit qu'une terre de paysans (Bauernstelle) soit réunie à un domaine noble ; en cas de vacance, il fallait la faire occuper de nouveau par un paysan. Mais ce qui constitue la nouveauté de cette tentative, c’est

que le Roi punissait d’une amende de 1.000 thalers tout seigneur qui laisserait une tenure de paysans non occupée ; de plus, les agents du. Roi pouvaient saisir les revenus de ce seigneur jusqu’à concurrence des sommes nécessaires à la réparation des immeubles paysans qu'il laisserait ainsi dépérir.

Malgré toutes ces mesures énergiques, Frédéric né put constituer un ensemble de réformes vraiment satisfaisant. Cependant il eut le mérite de dresser le plan, d'indiquer la marche, les procédés que ses successeurs, dans des temps plus opportuns, allaient pouvoir suivre dans leurs réformes du xIx° siècle. i

Les paysans purent-ils du moins en tirer quelque profit ? M. de Tocqueville (1) a résumé dans les termes suivants la condition des serfs allemands à la fin du xvim° siècle :

« Dans aucune parte de l'Allemagne, le ser- « vage n’était encore complètement aboli et, « dans la plupart, le peuple demeurait positive- « ment attaché à la glèbe comme au moyen âge. « Les soldats qui composaient les armées de « Frédéric IT et de Marie-Louise ont été de véri- « tables serfs.

1. A. de Tocqueville, L'ancien régime et la Révolution, Liv. IE, ch. I, pp. 53-55.

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« Dans la plupart des Etats de l'Allemagne, en 1788, le paysan ne peut quitter la seigneurie et, s’il la quitte, on peut le poursuivre partout où il se trouve et l’y ramener de force. Il ne peut, ni s'élever dans sa position, ni changer de profession, ni se marier sans le bon plaisir du maître. Une grande partie de son temps doit être consacrée au service de celui-ci. Plusieurs années de sa jeunesse doivent s’écouler dans la domesticité du manoir. La corvée seigneuriale existe dans toute sa force et peut s'étendre, dans certains pays, jusqu’à trois jours par semaine. C’est le paysan qui rebâtit et entretient les bâtiments du seigneur, mène ses denrées au marché, le conduit lui-même et est chargé de porter ses messages. Le serf peut cependant devenir propriétaire foncier, mais sa propriété reste toujours très imparfaite. Il est obligé de cultiver son champ d’une certaine manière sous l'œil du seigneur; il ne peut ni l’aliéner, ni l'hypothéquer à sa volonté. Dans certains cas, on le force d’en vendre les produits; dans d’autres cas, on l'empêche de les vendre; pour lui la culture est toujours obligatoire. Sa succession même ne passe pas toute entière à ses enfants : une partie est d'ordinaire retenue par la seigneurie.

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« Je ne recherche pas ces dispositions dans des lois surannées, je les rencontre Jusque dans le Code préparé par le grand Frédéric et promulgué par son successeur (1).

« Rien de semblable n’existait plus en France depuis longtemps; le paysan allait, venait, achetait, vendait, traitait, travaillait à sa guise. Les derniers vestiges du servage nese faisaient plus voir que dans une ou deux provinces de l'Est, provinces conquises; partout ailleurs il avait entièrement disparu, et même son abolition remontait à une époque si éloignée que la date en était déjà oubliée ».

« Mais il s'était fait, dans les conditions du peuple », ajoute M. de Tocqueville, «une bien autre révolution encore : le paysan n'avait pas seulement cessé d’être serf, il était devenu propriétaire fonciér…

€ On a cru longtemps que la division de la propriété foncière datait de la Révolution et n'avait été produite que par elle; le contraire est prouvé par toutes sortes de témoignages.

La Révolution a, il est vrai, vendu toutes les terres du clergé et une partie de celles des nobles; mais si l’on veut consulter les procèsverbaux mêmes de ces ventes, comme j'ai eu

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