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LA RÉFORME AGRAIRE APRÈS LA PAIX TILSITT

La décadence de la Prusse au commencement du xix° siècle s'explique par son histoire intérieure.

Avec Frédéric le Grand, la Prusse était devenue une nation de premier ordre. Pourquoi?

C’est qu’elle a su sortir de la guerre de Trente ans jeune et fortement constituée, en face des vieilles monarchies européennes « vermoulues et branlantes ». Plus tard un revirement se produit et la Prusse devient elle-même une nation d’ancien régime, le premier rang appartient à la France rajeunie par la Révolution. Il y a là un argument historique de grande valeur contre les idées des conservateurs et des réactionnaires.

Il fallut le désastre d’Iéna, Napoléon bouleversant de fond en comble l’état social de la Prusse,

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ne laissant aux Hohenzollern que quelques provinces en aumône sur la prière du tzar Alexandre, pour tirer la Prusse de sa somnolence. Le réveil fut terrible, mais il faut reconnaître que dans ces circonstances dramatiques la Prusse fit preuve d’une vitalité extraordinaire ; elle travailla avec la plus, grande ardeur à sa réorganisation militaire, financière et sociale. « Ce que la Prusse a perdu en étendue, « elle doit essayer de le regagner en intensité » disait Stein. La tâche était difficile, car la Prusse était tombée bien bas. Le Roï etla cour s'étaient retirés à Memer, le territoire était occupé par les Français, 1l n’y avait pas un thaler dans les coffres de l’Etat et l’armée était réduite aux trois quarts. C'était à dêsespérer du présent et de l'avenir.

Une transfurmation sociale était nécessaire.

Mais personne ne se sentait le courage de l’entreprendre, car elle semblait à tous être de celles qu'on ne pouvait mener à bien qu'après plusieurs siècles de travail ou qu’au moyen d’une violente révolution. Un homme cependant était désigné comme seul capable de prendre la direction du gouvernement, c'était le baron Karl von Stein. Mais celui-ci avait des griefs envers le roi Frédéric Guillaume IIT, allait-il les oublier? Après quelques hésitations, il céda devant l’insistance

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générale et il accepta le poste si dangereux qu'on lui offrait. Napoléon accueillerait favorablement son élévation. « Prenez Stein, avait-il « dit, c'est un homme d'esprit ». Mais cette recommandation résultait de ce fait que le nouveau ministre n'était pas prussien.

Le baron de Stein était né en effet dans le duché de Nassau le 8 mai 1757. Sa famille étant de noblesse fort ancienne, son nom lui permit d’épouser une riche héritière prussienne et par ce mariage 1l obtint une place dans l’administration du pays de sa femme. Ses brillantes qualités lui valurent un avancement rapide.

Au cours de sa carrière, 1l fit, pour compléter son instruction, un voyage en Angleterre. Il put ainsi étudier sur place les effets merveilleux d’une organisation libérale comparée à l’inertie résultant du servage; il comprit alors la cause principale des maux dont souffrait la monarchie prussienne. Et depuis ce moment, il résolut d'employer toute son énergie à améliorer le sort des populations rurales de son pays.

Quand Stein fut appelé au pouvoir, il était dans le Nassau, retenu par la maladie et il ne put regagner son poste que trois mois plus tard, le 3 septembre 1807.

Mais dans cet intervalle de temps, il fallait de toute nécessité prendre des mesures provisoires.

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Son prédécesseur au ministère, Hardenberg, écarté par Napoléon, demanda au roi de constituer pour la direction des affaires intérieures une « Commission immédiate » (1) composée d'hommes d'élite, tels que Schœn, Altenstein, Niebuhr célèbre pour avoir réhabilité les Gracques après vingt siècles de réprobation immé ritée, Schrœætter, etc.

Cette « Commission immédiate » se mit à l'œuvre et proposa quelques projets. Dès le 16 juillet, un commissaire proposait purement et simplement de supprimer le servage. Mais on ne pouvait aller si vite en besogne. Le 20 juillet, Schrætter, ému de la situation lamentable des paysans à la suite des désastres de la dernière guerre : maisons détruites, troupeaux dispersés, récoltes ravagées, proposait des secours matériels. Ce n’était là qu’un palliatif. Schœn combattit ce projet et émit son avis de faire une réforme générale et radicale. Ce furent les idées de Schœn qui lemportèrent et le 17 août la « Commission immédiate » proposa un projet de véritables réformes sociales, mais applicables seulement à Ia Prusse orientale.

En même temps Schrœætter jaloux d’être

4. C'est-à-dire dont les membres étaient nommés directement par le roi.

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devancé, modifia son idée première et présenta un projet peu différent de celui de la « Commission », mais plus précis.

Le point carastéristique de ces deux projets était :

1° La suppression de la sujétion héréditaire ;

2 La suppression de toutes les restrictions anciennes au régime de la propriété.

Cette dernière réforme ne pouvait être accomplie tout d’un coup, c'était une œuvre de longue haleine et il fallait beaucoup d’années pour établir véritablement le libre commerce des terres.

Quant à la suppression de la sujétion héréditaire, elle effraya quelques hommes timorés qui croyaient que les paysans désormais libres iraient se réfugier dans le duché de Varsovie où Napoléon venait de proclamer l'abolition du servage. Ces craintes aboutirent à une transaction : on supprimerait la domesticité obligatoire des enfants, mais le paysan resterait comme par le passé attaché à la terre, soumis aux mêmes corvées.

Le projet se trouvait ainsi bien réduit et l’on se bornait à supprimer la servitude personnelle et l’une des obligations de la sujétion héréditaire : la domesticité obligatoire. Qu’étaient ces modestes réformes à côté de ce qu'il aurait fallu faire ? En France, la Constituante avait trouvé une

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