DE L'ESCLAVAGE AU SERVAGE
Le principe de légalité naturelle des hommes affirmé par la conscience cessa vite d’être respecté et aussi loin que nous remontons dans l'histoire des temps, nous trouvons l'humanité divisée en deux classes bien distinctes : l’une possédant tous les droits, l’autre supportant toutes les charges, les maîtres et les esclaves.
Nous ne pouvons examiner ici les causes génératrices de l'esclavage, ni même faire l’histoire des esclaves de l'Ancien Monde ; nous voudrions seulémént indiquer commént l'an-
ris
tique esclavage transporté en Germänie après la conquête romaine s’est modifié insensiblement pour faire place au servage.
SECTION I
Causes générales de la disparition de l'esclavage
La plus grande révolution qui signale la marche de la civilisation humaine est assurément l’abolition de l’ancien esclavage.
Quelles furent les causes de cet important mouvement social ?
A la tête de cette grande œuvre se mit le christianisme et son influence fut, quoiqu’on en dise, tout à fait prépondérante. C'est en effet sous l'action des idées chrétiennes que les premières lueurs de la liberté commencèrent à poindre. D'une part le principe de l'égalité spirituelle prenant de plus en plus de force mina l'esclavage sans interruption ; d’autre part la simplicité des mœurs augmentant réduisit le nombre des esclaves domestiques, que l'intérêt du maître est maintenant d'attacher à la terre.
Sans doute la guerre et la misère firent.encore longtemps des esclaves, mais lesclavage du
HDi
quand des guerres sévissaient, des âmes pieuses rachetaient les prisonniers ; par exemple, en France, sainte Bathilde, saint Berchaire, saint Eloi, Pabbé Smaragdus et tant d’autres se sont distingués dans cette lutte protectrice.
L'influence salutaire de l'Eglise est donc indéniable. Sans doute, elle abusa souvent de sa puissance et de son autorité pour étendre ses privilèges et ses domaines, mais il faut cependant reconnaître qu’elle en fit aussi un noble usage pour l’amélioration de la société. On a retrouvé des formules d’affranchissement commençant par ces mots : /n nomine Dei... — Pro salute animcæ mec... — Pro amore Dei..…, etc.
Il est remarquable que cette action fut toute morale. Il n’était pas en effet au pouvoir de l'Eglise de faire une loi abolissant l’esclavage ; mais sa coopération à l'adoucissement des mœurs n’en fut pas moins efficace Tous les écrivains du xv° et du xvr° siècle l’ont reconnu.
On a dit que l’islamisme lui aussi défendait l'esclavage, mais cette interdiction ne s’appliquait que de Musulman à Musulman, il était au contraire méritoire d’asservir un infidèle. Le christianisme était mu par une pensée plus haute et recommandait l'indulgence entre tous les hommes quelle que fût leur religion Il est
donc difficile d'assimiler l'influence des deux doctrines.
Une autre cause, au moyen âge, hâta la fin de l'esclavage, ce fut la constitution de la féodalité. Comme on l’a dit très bien : « Les fiefs ont « asservi les hommes libres et affranchi les « esclaves » (1). Cette phrase nous montre comment à l'esclavage personnel succéda le servage réel. |
L'Histoire nous apprend combien furent faibles et sans autorité les successeurs de Charlemagne. Aussi les grands dignitaires et les grands propriétaires, que ne retenait plus la crainte du monarque, rivalisèrent pour la conquête du pouvoir et cette lutte amena entre eux des guerres continuelles qui durèrent toute la féodalité. Pour être plus forts, les maîtres ou seigneurs durent resserrer autour d’eux tous leurs serviteurs, d'esclaves qu'ils étaient, ils les élevèrent au rang de compagnons d'armes.
Cette méthode se généralisa et il est probable que la création des villes produisit le même lien de confraternité militaire entre les bourgeois et leurs serviteurs.
On a dit que ce n'était pas là une raison pour abolir l'esclavage et que les Grecs par exemple