‹ La Condition des Paysans et les Réformes Agraires en PrusseChapitre 42 sur 68 · Knapp, op. cit., IL, p · texte numérisé non relu

Knapp, op. cit., IL, p

et c'était pour lui la chose la plus importante, il conservait la main-d'œuvre gratuite de la plus grande partie de la population rurale dont la situation restait tout aussi précaire qu’auparavant.

Quelques partisans des réformes agraires, tels que Scharnweber, essayèrent de s'opposer à ces prétentions et élaborèrent un projet ayant la couleur d'un compromis, qui acceptait la limitation de l’édit de 1811 aux gros tenanciers, mais à condition que ceux-ci puissent au moins profiter de la réforme immédiatement et sans délai. L’édit de 1811, en effet, accordait un délai de deux ans pour le règlement des rapports entre seigneurs et tenanciers. Au bout de ce terme, assez mal déterminé d’ailleurs, l'Etat intervenait d'office.

Ainsi chacun tirait de son côté à qui emporterait le morceau.

Le projet de Scharnweber soumis à l'examen des ZLandesrepresentanten fut repoussé, bien que, semble-t-il, il était plutôt avantageux à la noblesse. Mais celle-ci espérait plus, montrant dans toute cette lutte un égoïsmé outré et une grande insouciance pour tout ce qui touchait au bien-être des paysans. Elle s’appuya sur l'entourage d’Hardenberg pour faire retarder l'exécution de l'édit, ce qui était facile, car cet

entourage était entièrement réactionnaire. La manœuvre réussit d'autant mieux que bientôt le chancelier d'Etat se trouva occupé de tout autre chose, son attention fut détournée de la réforme agraire par la situation diplomatique et extérieure de l’Europe. Après la fameuse retraite de Russie, la guerre éclata et arrêta la marche des réformes avant que les paysans en eussent tiré un grand profit.

La noblesse avait réussi dans son plan de retarder l’exécution de l’édit de 1811. Quand vint la paix de 1815, le désir de régénérer la Prusse par des réformes était moins vif. La noblesse

obtint facilement la revision de l’édit, qui, après des modifications, devint la déclaration du 29 mai 1816. Par l’édit, tous les paysans pouvalent se libérer ; la déclaration limita cette faculté aux gros tenanciers possédant un attelage. La noblesse conservait ainsi, ce qui lui tenait tant à cœur, la main-d'œuvre gratuite.

Malgré ces profondes modifications, lédit s’étendait encore à 70.000 gros tenanciers, désormais affranchis et transformés en propriétaires libres.

Avant la réforme, ces cultivateurs possédaient, à titre précaire, il est vrai, 2 à 3 millions d’hectares de terre ; les dispositions de l’édit leur en attribuèrent en toute propriété 1 à 1 1/2 million,

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