LES FAMILLES STABLES SOUS LEUR DOUBLE FORME
elle entrevoit l'époque où il deviendra nécessaire d'expédier au dehors un essaim. En vue de cette éventualité, il se forme peu à peu deux groupes, animés chacun par l'esprit de tradition ou par l'esprit de nouveauté, qui contrastent partout dans les tendances innées de l'homme. Le groupe qui désire rester au lieu natal et celui qui veut en sortir, s'accordent pour hâter l'époque de l'essaimage : en conséquence, tous s'efforcent d'accumuler les ressources qui devront constituer la dot des futurs émigrants. C'est ainsi qu'un intérêt commun neutralise l'égoïsme , qui, chez les individualités inférieures, affaiblirait l'esprit de travail et de frugalité. Le culte de ce bon accord et des autres éléments de la paix domestique est pour le patriarche le constant objet de sa sollicitude. En accomplissant cette mission, il découvre à la longue, parmi ses frères ou ses fils , son meilleur auxiliaire. 11 choisit donc sûrement, avec l'assentiment de la famille, l'héritier, qui le seconde quand arrivent les défaillances de l'âge, et qui le remplace quand vient la mort.
La famille-souche, seconde forme de la famille stable, associe, comme la première, les intérêts et les sentiments qui perpétuent, ù travers les générations successives, la stabilité et la paix. En général, elle s'impose plus habituellement aux populations, non par la supériorité absolue du principe, mais par l'exiguïté relative du lieu que
la famille habite et des ressources qu'elle possède. Toutefois, si le chef de famille et l'héritier ont acquis au degré nécessaire le talent et la vertu, ce régime s'applique aussi aux propriétés les plus vastes et aux établissements les plus compliqués. Il diffère du précédent par un trait caractéristique : le foyer domestique est occupé par un seul ménage; en sorte qu'en conservant à ce foyer le premier enfant qu'il marie, le père lui attribue en fait la fonction d'héritier. Le mariage de l'héritier est le grand événement de chaque génération. A partir de cette époque , il a le devoir d'assurer le bien-être de ses sœurs et de ses frères comme celui de ses propres enfants. Bien que l'épargne de la maison -souche représente en grande partie le fruit de son travail personnel, elle est néanmoins employée tout entière à doter les rejetons qui s'établissent au dehors, et à procurer un pécule équivalent à ceux qui restent au foyer natal en gardant le célibat.
Inégalité des tendances innées qui, dans les familles fécondes, distinguent les enfants issus des mêmes parents.
Les voyageurs signalent avec raison les différences que présente la constitution physique des