LA TRANSFORMATION DES SOCIÉTÉS PAR LE TRAVAIL
circonscrits des ateliers de mineurs et de manufacturiers qui , sans restreindre le travail ancien, créent des produits nouveaux. Elles introduisent également avec succès l'élaboration des matières brutes et l'exploitation des métaux sur les sols absolument stériles; et elles créent les moyens de transport nécessaires pour y amener leur nourriture aux manufacturiers et aux mineurs. Enfin, elles reproduisent ces mêmes combinaisons sur une plus grande échelle, hors du territoire et dans des régions inoccupées. En même temps , elles organisent des moyens de transport pour conduire les émigrants aux lieux de destination, et pour opérer l'échange des nouveaux produits avec ceux que les colons continuent à recevoir de la mère patrie.
Toutes ces nouveautés développent progressivement, au sein des races primitives et simples, une complication à laquelle l'expérience et la raison n'assignent aucune limite. Elles multiplient et compliquent à la fois les procédés de travail , les moyens de transport , les productions naturelles et les outils employés aux récoltes, les forces matérielles qui secondent à l'infini l'action des bras, enfin et surtout, les cultures intellectuelles qui fortifienl l'esprit humain, stimulent les aptitudes d'où sortent les inventions utiles, et président de plus en plus à l'exerciee des professions.
L'extension indéfinie des régimes de nouveauté entraîne d'autres conséquences qui ont, sur la destinée des peuples, une action encore plus décisive. Dans l'organisation primitive des sociétés , chaque famille se procure par sa propre activité les produits nécessaires à sa subsistance, et elle les consomme sur les lieux de production. Sous le régime des travaux compliqués et des transports lointains, une variété extrême s'établit successivement dans les rapports mutuels des familles. On voit naître d'abord l'association des efforts dans les conditions d'égalité que comportent les travaux simples, ayant pour objet la récolte des productions spontanées. Viennent ensuite les organisations hiérarchiques, propres aux arts modernes, qui exigent le concours simultané de nombreuses familles pourvues d'aptitudes très diverses et formées, quoique dans le même voisinage, par des éducations fort inégales. Enfin, sous les régimes les plus compliqués, le commerce établit des contacts journaliers entre des hommes qui viennent, de toutes parts, échanger les productions de leur pays. Au milieu de ces associations, de ces hiérarchies et de ces contacts, les parents, même dans les familles stables, ne restent plus maîtres de conformer à la coutume des ancêtres l'éducation de leurs enfants. Selon que les influences dominantes affermissent ou ébranlent la loi morale, la race