LA RÉFORME PRÉALABLE DANS LES IDÉES
autres régions du monde, seront, comme l'Union européenne, enclavées entre les territoires des grands empires et les rivages de la mer.
La réforme doit s'opérer d'abord dans les idées, pour s'accomplir ensuite dans les mœurs et les institutions.
Les trois groupes de réformes que je viens de signaler offrent, à divers degrés, les mêmes obstacles. Pour accomplir ces réformes il faut vaincre, par des efforts persévérants, soit les erreurs qui repoussent le retour aux traditions fondées sur la nature de l'homme , soit les manœuvres captieuses qui encouragent les actes de violence ou les préjugés qui s'opposent à l'accord des hommes de paix. Ces erreurs, ces manœuvres, ces préjugés ont pour mobiles certaines idées préconçues de bien public, plutôt que la perversité des hommes qui s'en inspirent. Cependant ils aboutissent plus ou moins directement aux mêmes conséquences : ils privent l'humanité des avantages que lui procurent l'autorité des pères { , les rites de la religion et les
1 F.es opinions qui dominent chez mes concitoyens, en ce qui touche l'autorité paternelle, sont parfaitement caractérisées dans le passage suivant : « Telle est la rapidité du progrès des con- « naissances, qu'aux deux tiers de sa carrière, le père de famille
coutumes de la paix; ils lui infligent les maux que déchaînent toutes les formes de la discorde.
J'ai dit, au paragraphe précédent, combien il est difficile de détruire dans certains esprits « l'erreur fondamentale » qui méconnaît la plus évidente des vérités. La même difficulté existe , quoique à un degré moindre, pour la réfutation des autres idées préconçues. On ne réussit guère mieux, quand on appuie les motifs de réforme sur la perte des avantages, ou même sur le développement des maux qu'implique la propagation de ces idées. La résistance vient, à la fois , des hommes qui condamnent le retour aux traditions légitimes, et de ceux qui se refusent à l'introduction des nouveautés nécessaires. Chez ces deux classes d'hommes, cette résistance repose sur des convictions énergiques dont la contrainte ne saurait triompher.
Les réformes auront donc pour agents principaux les hommes de paix, dont le nombre a été singulièrement réduit par la corruption de l'ancien régime et par les violences de la révolution. Toutefois, par une heureuse compensa-
« n'est plus au niveau de ce qu'il faut savoir; ce n'est pas lui « qui enseigne ses enfants, ce sont ses enfants qui refont son « éducation; il représente pour eux la routine ancienne, la pra- (i tique usée, la résistance qu'il faut vaincre. » ( R. de Fontenay, Journal des Économistes, juin, 1856, p. 401.) — Notre temps d'erreur a fourni peu d'assertions aussi fausses et aussi dangereuses.