LE NATURALISME
au sujet du naturalisme, l'homme et l'animal n'offrent ni dans leur origine, ni dans leur existence actuelle, le contraste absolu que signalent les doctrines traditionnelles de l'humanité. D'un autre côté, l'homme comparé à l'animal est loin de s'élever au degré de bonheur que comporte la supériorité évidente de sa nature. Ainsi, par exemple, les animaux sociables de chaque espèce constituent avec succès des communautés pour se procurer la subsistance dans des conditions immuables de stabilité. Ce succès leur est assuré par leur organisme physique, qui est à la fois le principe de leurs besoins et le moyen de les satisfaire. Les facultés organiques de l'animal, l'intelligence, l'aptitude au travail, créée par l'expérience et l'éducation, grandissent à mesure que l'espèce s'élève dans la hiérarchie des êtres doués de vie et de mouvement. Enfin, l'homme est évidemment placé au sommet de cette hiérarchie.
Le rapprochement de ces faits indique une anomalie, et même une contradiction : les sociétés d'hommes sont les seules qui soient incapables de se perpétuer dans la paix. Les adeptes du naturalisme prétendent donner, au sujet de ce contraste, une explication toute simple : l'animal prospère dans la paix parce qu'il reste fidèle aux impulsions de sa nature; l'homme souffre dans la discorde parce qu'il est dominé
par des traditions qui le dépravent, sous prétexte de l'améliorer. Comme on le voit, cette explication n'est qu'une manifestation particulière de «. l'erreur fondamentale ». J'ai exposé, dans les premiers chapitres de ce livre, comment elle est réfutée par la nature même de l'homme, par la pratique de la Constitution essentielle chez les anciens et les modernes.
L'évolutioiiisme.
Selon la pensée dominante de l'évolutionisme, telle qu'elle m'est apparue dans les ouvrages et dans les conversations de ses adeptes, les défaillances actuelles de l'humanité ne constituent pas, comme l'enseigne le naturalisme, un régime de corruption et de décadence : elles ne sont que les restes d'une succession infinie de régimes antérieurs où apparaissait seulement le besoin du pain quotidien, où la notion de la loi morale n'existait pas encore. Au surplus, ce trait spécial à l'histoire du globe terrestre n'est qu'un incident de la théorie du « progrès » , que la doctrine considère comme la loi suprême de l'univers. A ce point de vue, le monde physique continue à subir, dans la suite des temps, une transformation perpétuelle. Comme tous les êtres
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animés, l'homme est sorti d'un premier germe de vie, et il se modifie sans cesse conformément à cette loi.
Par l'ampleur même du champ qu'il embrasse, l'évolutionisme ne répond guère aux questions que l'homme s'est adressé de tout temps sur sa destinée; mais il se recommande à certains esprits, en leur offrant cette décevante perspective que L'humanité a une marche assurée vers la perfection et le bonheur. Pour justifier l'affirmation de cet avenir, les professeurs de la doctrine ont généralement recours au même procédé : ils décrivent, avec des détails attrayants, les améliorations extraordinaires qui s'accomplissent sous nos yeux dans le régime du travail et le service du pain quotidien. Ils ne se montrent pas indifférents aux améliorations que comporte la pratique de la loi morale; mais, sans s'étendre beaucoup sur ce point, ils admettent implicitement que les deux conditions du progrès ne sauraient être séparées, et qu'elles se produisent à la fois sous l'influence d'harmonies créées par les matériaux et les Innés de la nature. Enfin, les partisans de l'évolutionisme se montrent 1res prudents en ce qui concerne la critique des institutions traditionnelles que condamne ouvertement le naturalisme; mais on entrevoit que, dans leur pensée, « le progrès » consistera surtout à les rendre inutiles.
La stabilité absolue, conservée chez les pasteurs nomades cToù étaient issus, il y a déjà quarante-deux siècles, les races sédentaires de l'empire chinois , concorde peu avec la doctrine de l'évolution continue. Quant aux faits exposés méthodiquement dans ce livre, ils ne s'accordent pas non plus avec les jugements portés par l'évolutionisme sur l'avenir de l'humanité.
Comment les trois doctrines propagent l'erreur, déchaînent la soullrance et empêchent la rélorme.
Depuis un siècle, les propagateurs des trois fausses doctrines se manifestent, parleurs idées et leurs actions, avec des nuances innombrables. C'est parmi eux que figurent tes principales célébrités de l'époque actuelle. Leur influence croissante s'explique par la satisfaction que donnent leurs écrits et leurs discours, à deux tendances actuelles des Européens : le mépris de la tradition et l'amour de la nouveauté. Dans cette partie de leurs travaux, ils ont été plus nuisibles qu'utiles à la réforme sociale. Toutefois, sur d'autres points, ils ont mieux répondu aux besoins vrais et permanents de l'humanité. Une part légitime de renommée restera acquise à deux catégories de novateurs : aux hommes