‹ La condition essentielle de l'humanitéChapitre 61 sur 86 · CONSÉQUENCES FUNESTES DES TROIS DOCTRINES · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES FUNESTES DES TROIS DOCTRINES

sincères et modérés de 1789, qui apercevaient la corruption de l'ancien régime et voulaient la réprimer; aux adeptes du naturalisme et de l'évolutionisme qui, tout en adoptant de fausses conclusions en matière sociale, ont cultivé avec succès les sciences de la nature.

Les bonnes intentions et les travaux utiles restent donc un sujet d'éloges; mais les fausses doctrines qui en sont la formule ou le résultat définitif, deviennent le sujet de graves inquiétudes et doivent être condamnées. Chez les peuples où se perpétue la corruption de l'ancien régime, la principale source du danger semble , au premier aperçu , résider dans l'esprit de violence érigé en dogme par les principes de 1789. En effet, les dix formes de gouvernement qui depuis cette date se sont succédé en France ont démontré l'impuissance absolue de ce prétendu moyen de réforme : on entrevoit donc le moment où les esprits renonceront à ce funeste remède, sous le salutaire enseignement de l'expérience et des catastrophes nationales.

Le naturalisme et l'évolutionisme se présentent d'abord à la pensée avec des apparences moins dangereuses. Les doctrines sont, en effet, propagées par des hommes qui ne se mêlent point aux discordes sociales et s'adonnent exclusivement à la culture des sciences physiques. Beaucoup de condisciples dont j'ai suivi les travaux

étaient dans cette situation d'esprit. Je la retrouve journellement chez les hommes de science. Absorbés dans leur spécialité, étrangers aux affaires et aux devoirs généraux qui , seuls , développent l'intelligence de la vie sociale, ils deviennent peu à peu incapables de comprendre les vérités fondamentales de la Constitution essentielle. Ils sont donc conduits à les nier dans les rapports qu'amène l'intimité du voisinage. Ceux qui se distinguent par la passion du vrai et l'activité de l'esprit sont , faute d'un enseignement préalable, choqués par l'affirmation journalière des vérités traditionnelles. Ils sont peu disposés à admettre les lois du monde moral, affirmées par des hommes qui ne connaissent pas les lois du monde physique. D'un autre côté, ils sont frappés des souffrances qui débordent autourd'eux, et ils les attribuent à l'état d'ignorance dans lequel se complaisent souvent ces hommes de tradition. Aussi, dès qu'ils ont aperçu le mal, ils en cherchent le remède, bien qu'ils soient eux-mêmes étrangers à la pratique de la vie sociale. Leur attention se porte alors naturellement sur les faits qu'ils connaissent le mieux. Ils voient les ressources merveilleuses dont dispose maintenant l'esprit humain pour découvrir les lois du monde matériel. Ils savent que ces lois, appliquées au régime du travail, ont centuplé récemment les moyens de subsistance et la force intellectuelle

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