CHAPITRE TROISIÈME
La création d'un gouvernement national n'était possible qu'à la condition que les provinces lui céderaient une partie de leur pouvoir ou autorité ; sans cette condition indispensable, un gouvernement national qui réglât et consolidât Tordre politique intérieur et réunit les intérêts généraux de la nation était impossible. Les provinces, en cédant une partie de leur autorité, ne font que la déléguer au gouvernement national, car ce gouvernement est élu par ces mêmes provinces; ce sont elles qui nomment les dépositaires de l'autorité qu'elles délèguent.
La constitution de mai représente à la fois le pays comme une seule nation et comme une réunion de provinces indépendantes et souveraines. La Confédération, aux yeux des étrangers, en matière politique ou commerciale, représente une seule nation et doit être considérée comme telle ; les provinces conservent leur souveraineté intérieure non déléguée au gouvernement nation»al ; elles conservent le pouvoir de nommer leurs autorités, de se donner une constitution provinciale en harmonie avec celle de la Confédération, de fixer leurs impôts et leurs dépenses, etc., etc.
La délinéation des attributions du gouvernement national et de celles des gouvernements provinciaux était un objet de grande importance pour éviter les conflits ; le congrès s'est efforcé d'établir et de définir les attributions de chacune de ces autorités. L'autorité du gouvernement national porte prin-
cipalement sur les affaires extérieures, les traités avec les nations étrangères, les douanes, le commerce étranger, les affaires de paix et de guerre ; dans l'intérieur de la Confédération, elle se réduit au commerce intérieur et à ce qui en dépend, et au maintien de la sûreté intérieure, comprenant l'imposition et la perception des contributions, l'organisation de l'armée, etc., etc.
La nécessité de rendre la législation uniforme et d'éviter une véritable anarchie dans cette même législation, ce qui Fût infailliblement arrivé sans l'adoption d'une loi commune à toutes les provinces, a fait donner au gouvernement national le droit de dicter les lois en matière civile, pénale et commerciale.
Les citoyens d'une province sont considérés comme Argentins dans toutes les autres; afin d'éviter un contre-sens, le droit de conférer la naturalisation devait appartenir à l'autorité nationale.
Les moyens d'action et de gouvernement étant intimement liés au moyen de communications sûres et promptes, la direction des courriers et postes incombait au gouvernement national, afin d'éviter les entraves qui pourraient provenir de la division entre provinces ou de la négligence qu'apporteraient quelques-unes d'entre elles dans cet important service.
La concession de privilèges, éléments d'émulation puissants pour la prospérité du pays, n'aurait aucune