CHAPITRE CINQUIÈME
Trois expéditions de colons sont arrivées à Santa Féde février à avril 1856, formant un total de cent quatre-vingt-treize familles^ ou d'environ 1,300 personnes, dont 1^150 sont déjà établies sur les terrains de la colonie, sur les bords du fleuve Salado, à huit lieues de la ville de Santa Fé ; les autre3 colons sont restés dans cette dernière ville, mais il est probable qu'ils ne tarderont pas à rejoindre les premiers.
Ce sont des Allemands, des Suisses, des Français ; ils se montrent satisfaits, et se sont livrés avec ardeur à la culture des terres concédées. Us ont semé en grand du froment, du maïs, du tabac et des pommes de terre qui promettent une abondante récolte. La plupart d'entre eux ont formé des jardins potagers plantés d'arbres fiui tiers, et qui produisent de très-beaux légumes. Tous ont reçu des vaches, des bœufs et des chevaux, et non-seulement les aliments promis par le gouvernement, mais encore les vivres qui leur sont nécessaires pour attendre le produit de la vente des récolles. Le gouvernement de Santa Fé a déjà dépensé pour rétablissement de cette colonie plus de 465,000 francs, et le gouvernement national lui est aussi déjà venu en aide par un subside de 110,000 francs; on calcule qu'il dépensera encore une soixantaine de mille francs pour le soutien de la colonie jusqu'à Tépoque des récoltes. Sans compter le prix du passage et les avances faites aux colons par M. Castellanos, que celui-ci évalue à environ 500,000 francs, le gouvernement national et celui
^lO"! LA CONFÉDÉRATION AHGKMINE.
(le Santa Fé auroni fait une avance de fonds de plus de 635,000 francs. 11 est question que ces gouvernements fassent abandon aux colons de ces avances, qui, aux termes du contrat, devraient être remboursées. La petite colonie de Santa Fé est sous la direction administrative et de police de juges de paix choisis parmi les colons, et une commission nommée par le gouvernement est chargée de la distribution des vivres. Il n*y a pas de doute qu'elle ne prospère et que ce petit groupe de travailleurs actifs et intelligents n'appelle vers lui une immigration plus nombreuse. Il est donc à espérer que les sacrifices que s'est imposés le gouvernement pour la fondation de cette colonie ne seront pas perdus.
Le gouvernement argentin, après avoir concédé à MM. Brougnes et Castellanos les avantages qui font l'objet de leurs contrats respectifs, a cru devoir, malgré la voie de succès dans laquelle se trouvent actuellement les colonies de Corrientes et de Santa Fé, renoncer à ce système de colonisation, excessivement dispendieux pour l'Étal, et qui n'offre peut-être pas aux colons tous les avantages que ceux-ci peuvent attendre de l'application de leur force, de leur intelligence et de leurs petits capitaux, à l'exploitation du sol. D'un autre côté, les beaux résultats que se sont promis de ces entreprises les spéculateurs qui s'y sont livrés ne sont pas certainement de réalisation facile en pratique, car la contribution du tiers à prélever sur les récoltes pendant cinq ans est un