‹ La Confédération argentineChapitre 16 sur 151 · CHAPITRE PREAIIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREAIIER

soumis à la volonté absolue d'un maître^ et les étrangerSy protégés et respectés dans leurs personnes et leurs biens en vertu du droit des gens et des traités. Le dictateur comprenait que cette différence de droits devait amener une perturbation sérieuse dans ses sinistres projets; il imagina alors le système ou principe américain, au nom duquel il^ commis tant d'iniquités, de crimes et de folies. Ce principe américain n'était autre que la haine qu'il inspirait aux Argentins contre les étrangers, haine mal déguisée sous le manteau d'une politique nationale, maladroite et inconséquente, qui le mit en mésintelligence avec tous les États voisins et avec les nations qui avaient des relations avec la Confédération.

Rosas ne pouvait établir sa dictature sur des bases solides et comme il l'entendait, sans isoler la Confédération de la civilisation européenne, ou sans amener les intérêts étrangers à l'état d'abaissement qu'il était parvenu à imposer à ceux des Argentins. A cette fin, il égara^ pervertit et porta à l'excès l'esprit de nationalité, chercha à ranimer les germes encore vivaces du régime colonial et à en rétablir les principes. Il n'épargna rien pour soulever la haine la plus implacable contre l'étranger; il montra l'Europe conquérante et despotique, a L'Europe veut nous conquérir, cUsait-il; réveillons la colère de nos enfants, et, les armes à la main, crions : Mort aux étrangers ! »

Telle était la situation de la Confédération Argen-

30 LA COiNFÉDÉRATION ARGENTINE,

tine en 1851 ; les hommes qui professaient les idées libérales, qui désiraient vivement voir constituée la république, et qui avaient échappé au fer ou au plomb des hordes exterminatrices du tyran, s'étaient réfugiés à l'étranger, sans espoir de revoir leur patrie; l'intervention anglo-française, fatiguée d'inutiles efforts, allait abandonner ses alliés, qui avaient été vaincus à différentes reprises sur les champs de bataille, quand le général Urquiza, gouverneur et capitaine général de la province d'Entre Bios, se souleva le 1" mai de la même année contre Rosas. (Appendice C.)

La Confédération fit entendre un cri d'espoir auquel répondit toute l'émigration argentine. Le général Urquiza se préparait un avenir glorieux, car non-seulement il se proposait de renverser le tyran, mais il inscrivait en tête de son programme : exécution des stipulations du traité du 4 janvier 1851, en ce qui concerne l'organisation nationale, oubli du passé et abolition des distinctions de parti. Son but était la mise en pratique du droit fondamental et écrit de la Confédération, l'ouverture des grandes artères de communication au commerce du monde entier, l'abolition des entraves mises au développement du commerce et de l'industrie, l'emploi des immenses sommes qui se dépensaient en guerres fratricides et dévastatrices, à des travaux productifs et d'utilité générale, enfln l'abolition du système de persécution et de sang qui durait depuis vingt ans.

Page 1