‹ La Confédération argentineChapitre 18 sur 151 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

mouvement de l'armée brésilienne, Urquiza passe le fleuve Uruguay, vis-à-vis de Paysandu, et se jette sans perdre de temps sur le général Oribe, qui concentre ses forces dans son camp retranché du Cerrite, sous les murs de Montevideo.

Les troupes orientales abandonnent le tyran de leur patrie, et celui-ci, réduit aux troupes argentines, accepte la capitulation qui lui est offerte. Le 8 octobre, les meilleurs soldats de Rosas étaient au pouvoir du général Urquiza, et devaient plus tard contribuer à renverser leur ancien maître. Cette campagne de deux mois et demi fut pour le général Urquiza un glorieux triomphe, et pour les amis de la liberté un heureux présage. Sans répandre une goutte de sang, il avait détruit en quelques semaines l'œuvre de vasselage de la République Orientale de l'Uruguay, qui allait s'accomplir après dix ans de guerres d'extermination soutenues par Rosas. Le triomphe du 8 octobre mit fin au siège de Montevideo, qui avait duré neuf ans, et qu'avaient soutenu avec énergie et valeur les habitants de la rivale de Ruenos-Âyres.

Le gouverneur d'Entre Rios s'empressa de repasser l'Uruguay après avoir rendu la liberté à la République Orientale, et se prépara h ouvrir la campagne contre Ruenos-Âyres.

Un nouveau traité fut signé entre les provinces d'Entre Rios et Gorrientes, la République Orientale de l'Uruguay et le Rrésil, le 21 novembre, dans le

bul de régler les dispositions relatives à celte nouvelle campagne. (Appendice F.)

A la fin de décembre, l'armée alliée^ composée de vingt-sept mille hommes, envahit, sans rencontrer aucune résistance» la province de Santa Fé, dont le chef prit la fuite et alla rejoindre le tyran à Buenos-Àyres. Santa Fé adhéra immédiatement au mouvement libérateur, et fournit un contingent de deux mille hommes de cavalerie ^

Dans les premiers jours du mois de janvier 1852, l'armée alliée fit son entrée dans la province de Buenos-Ayres, et dirigea sa marche sur la capitale sans rencontrer d'obstacle.

Rosas avait concentré ses troupes à Santos Lugares, camp permanent situé à quatre lieues de Buenos-Ayres et célèbre par les atrocités et les cruautés qui y furent commises par ses ordres.

Son avant-garde, qui avait passé le pont de Marquez, fut complètement défaite, le 31 janvier, par celle de l'armée alliée.

* Composition de l*arniée alliée :

Divisions d'Entre Rios. . . . 10,000 hommes des trois armes.

» de Corrientes. . . 5,000

» de Santa Fé. . . . 2,000 » de cavalerie.

Corps argentins ayant servi

sous Oribe 4,000 » des trois armes

Division orientale (aux ordres

du général Diaz) 2,000

Division brésilienne (aux ordres du baron de Puerto Alegre). 4,000

Total. . . . 27,000

Le 1" février, Rosas fil faire à son armée un mouvement en avant et occupa la position de Monte Caseros, à proximité de Santos Lugares. Enfin^ le 3 du même mois, après cinq heures de combat, le pouvoir du tyran fut détruit à tout jamais dans ces mêmes champs de Monte Caseros, qui doivent à cette circonstance une célébrité qu'ils conserveront longtemps. Rosas et ses principaux chefs s'enfuirent vers Buenos-Âyres, où ils cherchèrent asile et protection sur des vaisseaux de guerre étrangers.

Après la glorieuse bataille du 3 février, Buenos- Ayres se trouvait sans autorité. Le général en chef de l'armée alliée installa un gouvernement provisoire qui pourvut à Tordre intérieur de la province et prit les mesures nécessaires pour lui élire un chef.

L'élection des représentants eut lieu, et ceux-ci ratifièrent le choix du général en chef : le gouvernement provisoire fut conservé à la tête de l'administration provinciale.

Cette époque de l'histoire politique de la Confédération offre à l'esprit de tous ceux qui s'intéressent à la prospérité et à la grandeur de la nation argentine une question de haute importance.

Le général Urquiza fit-il bien de mettre Buenosx\yres en possession de ses institutions provinciales et de rester avec son armée aux portes de la capitale? ou, croyant sa présence nécessaire dans cette partie de la République, eAt-il mieux fait de gouverner la proTÎnce de Buenos-Ayres en vertu du pouvoir

qu'il avait conquis à Monte Caseros, jusqu'au moment de la sanction de la conslilulion nationale par un congrès général constituant réuni sans perdre un instant? ou bien, enfin, devait-il donner à la fois liberté et constitution au pays? car les peuples se donnent librement leurs institutions quand ils ont atteint un degré de maturité qui leur en fait sentir la nécessité et apprécier les avantages, ou bien elles s'imposent par une volonté ferme qui possède l'appui d'un pouvoir fort.

La tyrannie avait cherché à éloigner de plus en plus l'époque de l'organisation de la République, en détruisant avec soin et avec constance tous les éléments qui auraient pu concourir à cette œuvre.

Il n'élait donc pas à espérer que le pays se trouvât, à la chute de la dictature, en état de se donner une constitution.

IjC libérateur allait, au moment du triomphe, acquérir une force matérielle et morale immense, et l'étude des tentatives faites antérieurement pour constituer le pays devait lui conseiller de profiter de la victoire pour donner à la République une constitution qui fût la mise en œuvre du programme de la révolution du 1" mai.

Cette constitution eût été reçue du général Urquiza, même par Ruenos-Âyres, avec joie et enthousiasme, car elle eût offert la liberté en échange des chaînes qu'il venait de briser, et l'on eût évité bien certainement les funestes événements qui succédèrent à cette

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