CHAPITRE PItENIER
celui-ci et les nations étrangères. En Tcrtu des dispositions de ce traité, seul pacte existant entre les provinces, celles-ci, dûment représentées par leurs gouverneurs, conférèrent au général Urquiza la direction des affaires extérieures de la Confédération. (Appendice G.)
Alors celui-ci, désirant activer la réunion du congrès constituant, convoqua immédiatement les gouverneurs de province en assemblée générale pour fixer les bases de l'organisation du pays, et les moyens d'y arriver.
Afin que les travaux du congrès ne fussent pas illusoires, il était surtout nécessaire de se mettre d'accord sur un point de la plus haute importance; c'est-à-dire que les députés au congrès constituant viendraient munis de pouvoirs illimités pour l'accomplissement de leur mission, et, par conséquent, que les provinces renonçassent d'avance au droit de révision de la Constitution qui serait sanctionnée, condition indispensable pour arriver à l'organisation du pays; car sans elle il était probable que jamais les quatorze provinces eussent pu se mettre d'accord. Le sort qu'avait éprouvé la Constitution de 1826 rendait nécessaire cette mesure, sous peine de tomber dans Terreur commise à cette époque, où l'on avait sanctionné une Constitution provisoire soumise à Tassentiment des provinces, et dont le rejet eut pour résultat la ruine des travaux du congrès et l'anarchie de la République.
San Nicolas de los Arroyos, ville du nord de la province de Buenos-Ayres, située sur le fleuve Parana, fut choisie pour le point de la réunion des gouverneurs de province^ qui eut lieu le 20 mai. Le 50 du même mois^ après dix jours de conférences, fut signée une Convention qui porte le nom de la ville où elle fut arrêtée. (Appendice H.)
La Convention de San Nicolas, tout en ratifiant les principes fondamentaux du traité du 4 janvier 1851, ou du Littoral, établit les bases de la Constitution que devait voter le Congrès. Elle comprend trois points principaux, qui eurent pour but : d'assurer aux provinces une indépendance eflcctive sous le régime fédératif ; — de régler les intérêts généraux au moyen de la réunion d'un congrès constituant; — enfln, de créer une autorité nationale provisoire, xevêtue du pouvoir nécessaire pour effectuer immédiatement la réunion du congrès, et empêcher que la Confédération ne fût déçue dans ses espérances d'organisation définitive, ainsi qu'elle l'avait été jadis par la destruction des éléments sur lesquels on pouvait compter pour mener à bonne fin cette organisation.
Cette convention fut acceptée unanimement par les provinces, qui voyaient en elle une garantie formelle à la réalisation des vœux de toute la nation.
Buenos-Ayres seule refusa son approbation au > pacte de San Nicolas; elle prétendit ne pas apercevoir d'équilibre et de responsabilité dans l'autorité
qu'il créait, et ne pas rencontrer dans la vie politique du général Urquiza, qui avait été appelé à l'exercer, des habitudes constitutionnelles et de subordination aux lois. Buenos-Ayres craignait la dictature.
La chambre des représentants de cette province s^occupa de la convention avant même qu'elle lui eût été communiquée ofliciellement, contestant au gouverneur de Buenos-Ayres le droit de souscrire de son libre arbitre un acte de cette nature. On attaqua d'abord la question de forme, puis insensiblement celle du fond.
Buenos-Ayres avait compris que la convention de San Nicolas mettait fin au système de centralisation du pouvoir et de la rente, pratiqué à son profit par Rosas.
On reprocha à ce pacte les nombreux sacrifices qu'il imposait à Buenos-Ayres. Les représentants de cette province appelaient sacrifices ce qui n'était qu'une dévolution juste et rationnelle faite aux autres des droits qu'avait usurpés le tyran.
Le peuple de Buenos-Ayres avait applaudi à la chute de Rosas; mais il voulait voir continuer la spoliation qu'il avait exercée envers les provinces^
Loin d'attenter aux droits légitimes de celte province, la Convention facilitait son commerce avec l'intérieur de la Confédération par la suppression des entraves qui lui portaient un grand préjudice, tout en assurant à ce commerce des garanties d ordre et de sûreté qu'il ne possédait pas avan^ la créa-
4S LA CONFÉDËRâTION ARGENTINE,
lion d'une autorité nationale provisoire; Buenos- Ayres ne cédait, dans le but d'arriver à l'organisation de la République, que les attributions qui étaient par elles-mêmes de compétence nationale.
Rosas avait, comme en 1820, attribué, par son propre fait, les pouvoirs essentiellement nationaux aux autorités de fiuenos-Ayres; et celles-ci, accoutumées à cet état de choses, confondaient facilement ou malignement les attributions du ressort national avec celles qui étaient réservées aux provinces en vertu du système fédératif stipulé dans le traité du 4 janvier 1851.
La discussion de la convention de San Nicolas donna lieu à de vi& et longs débats; le désordre était à son comble dans la chambre des représentants. Les ministres y étaient insultés, et on mena(;ait même d'attenter à leurs personnes. L'impossibilité d'arriver à une discussion modérée, et d'apaiser l'agitation qui s'était répandue dans toute la population, les fit renoncer à leurs portefeuilles.
Le gouverneur de Buenos-Ayres, sans moyen d'action, sans énergie suHisante pour dominer la situation, donna également sa démission le 14 juin. Elle fut acceptée par la chambre, qui le remplaça provisoirement par son président.
Le directeur provisoire comprit toute la gravité de ces faits, et la portée qu'ils pouvaient avoir pour l'avenir du pays; alors, en vertu de l'article 14 de la convention de San Nicolas, qui lui octroyait le droit
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