‹ La Confédération argentineChapitre 23 sur 151 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

un chef supérieur et de lui obéir ; mais, d'un autre côté, ils ne voulaient donner à aucun d'eùxun pouvoir qui ruinerait à Tinstant même tous les projets ambitieux. Alors ils invoquèrent Inorganisation nationale et prièrent le directeur provisoire de prendre le commandement des forces réunies. Celui-ci résista d'abord, mais enfin, cédant aux instances réitérées et pressantes, et trompé sans doute par l'apparente bonne foi de ceux qui avaient invoqué l'organisation nationale quand ils s'étaient vus vaincus par l'anarchie introduite dans leurs propres rangs, le général Urquiza sollicita du congrès l'autorisation nécessaire. Celui-ci sanctionna, le 22 janvier 1853, une loi qui autorisait le directeur provisoire à employer toutes les mesures que sa prudence et son patriotisme lui inspireraient, pour faire cesser la guerre civile dans la province de Buenos-Âyres et obtenir son libre consentement à la convention de San Nicolas.

La révolution de décembre n'eut à son origine aucun but national, et jamais elle n'a changé d'objet ; elle voulait se servir du général Urquiza et du pouvoir moral et matériel de la nation pour triompher; mais dans la question d'organisation elle était restée fidèle aux principes de l'opposition de juin et des septembristes. La manière dont elle accueillit plus tard la Constitution nationale votée par le Congrès, et présentée à son acceptation, acheva de convaincre ceux qui avaient besoin de cette preuve. Se lier à un

oi LA CONFÉDÉRATION ARGENTINE,

parti qui ne donnail aucune force à la cause nationale et qui était en opposition avec les principes qui devaient servir de base à l'organisation de la Confédération, fut une nouvelle erreur; car, après le triomphe, ce parti n'offrait aucune garantie de bonne foi, et, dans le cas d'une défaite, la nation en devenait solidaire, et la haine de Buenos-Ayres, tout en augmentaQt, rendait l'union plus difficile que jamais. C'était enfin une partie dans laquelle la Confédération n'avait rien à gagner, si toutefois elle n'avait pas tout à perdre. Le général Urquiza et le Congrès auraient dû le comprendre et imposer silence à des désirs irréalisables. Ce n'était pas les armes à la main que l'on pouvait demander « le libre assentiment de Buenos-Ayres à la convention du 51 mai 1852, » ni en s' unissant à un parti qui ne l'acceptait pas davantage, car il n'y avait pas même l'excuse d'appuyer une majorité proponcée en faveur de cette convention dans la province de Buenos-Ayres.

En vertu de la loi du 22 janvier, le directeur provisoire se trouvait pleinement autorisé à passer dans la province de Buenos-Ayres ; mais il résolut de tenter auparavant une démarche pacifique près de son gouvernement.

Le ministre des affaires étrangères du Directoire et deux membres du Congrès furent chargés de cette mission, et signèrent une convention qui devait être ratifiée par l'autorité nationale provisoire de la Confédération.

Buenos-Âyres exigeait des modifications aux bases d'installation du Congrès, modifications qui devaient amener sa dissolution, ou tout au moins un ajourne* ment indéfini. Elle se réservait également le droit de révision de la constitution que voterait le Congrès. Il était impossible d'accepter ces conditions, qui détruisaient les principes de la convention de San Nicolas et faisaient renaître les dangers qu'elle avait eu pour but d'éviter. Le directeur provisoire refusa donc son approbation à la convention du 9 mars 1853, et le Congrès constituant confirma ce rejet.

Le général Urquiza, à la tête de mille hommes de troupes d'Entre Rios et de Santa Fé, attendait A San Nicolas le résultat de sa démarche. Il refusa de sanctionner la convention signée par les plénipotentiaires, se mit incontinent en marche, et arriva, dans les dermiers'jours de mars, à San Juan de Flores, quartier général de l'armée assiégeante.

La révolution du 1*' décembre avait mis sous les armes environ dix mille hommes, qui obéissaient tant bien que mal aux ordres du colonel Lagos, et portaient le nom darmée fédérale.

La présence du directeur provisoire augmentait cette force de trois mille hommes qui formaient l'armée nationale, composée des contingents d'Entre Rios et de Santa Fé, et de celui de Cordova, qui arriva à Buenos-Âyres peu de temps après ceux-ci. Ces deux armées, convenablement organisées et

réunies sous la direction immédiate du général Urquiza, qui avait à sa disposition des ressources suflisantes pour faire face aux dépenses de la guerre, eussent, avec l'aide de l'escadre nationale» oflert de grandes chances de victoire; mais, dès son arrivée à San José de Flores, le directeur provisoire vit surgir une foule de difGcultés qui s'opposaient au bon résultat des opérations militaires.

L'armée fédérale exigeait une organisation complète, et il était difficile de la lui donner, vu qu'il n'existait pas entre ses principaux chefs cette confiance et cette unité d'action indispensables : il y avait même certaines résistances mal déguisées qui rendaient impossible la création d'un tout fort et homogène.

L'armée assiégeante se composait donc d'une réunion de douze à treize mille hommes répartis en corps mal organisés et commandés par des officiers qui avaient des vues et des sentiments divers. Les uns combattaient pour l'organisation nationale, les autres seulement pour renverser le gouvernement de Buenos-Ayres, et beaucoup pour leurs intérêts particuliers.

Dans un tel état de choses, le rôle du général Urquiza devenait presque passif; les opérations militaires se limitaient à bloquer la ville par mer et par terre, sans rien entreprendre de sérieux ou de décisif.

Le directeur provisoire, prévoyant qu'il n'y avait

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