REFUS D'UN APPEL AU PEUPLE
Les plans de Jord Durham étaient trop superbes pour que ceux qui ont entrepris de continuer son œuvre ne les adoptassent point en entier.
Üe qui agasait les nerfs de ce gouverneur gallophobe, c'était la vitalité de la nationalité canadienne-française ; ce à quoi il: travaillait sans relâche, c'était l'abaissement de notre race, l’anglifcation systématique du Bas-Canada. Ecoutons-le se réjouir des progrès de la langue anglaise : “ Cette langue, dit-il, comme langue du riche, du patron, gagne du “ terrain, Selon de récents rapports du commissaire d'enquête sur l’état de & l'éducation, il y a à Québec dix fois plus d'enfants canadiens-français “apprenant l'anglais que d'enfants ang ais apprenant le français.” (1)
Voulant à tou. prix noyer l'élément fran ais dans l'élément anglais, pour être logique il devait ne point se soucier du tout de l’opinion du Bas- Canada et croire bons tous les moyens qui pouvaient le mener à ses fins. Aussi voyez le traiter notre race de Turc à More et se moquer de ses droits les plus légitimes. Il réclame l'union législative des deux Canadas, puis l'union législative d- toutes les provinces britanniques, —et cela, remarquez-le bien, sans consulter le peuple du Bas-Canada.
De mème que lorsqu’or veut tuer un homme on ne lui en demande pas la permission, de même lord Durham conseille de ne point consulter le Bas-
lles étaient Moïse sur je
opposa sans comment le
rice radical tée par perpopulations.
chaient leur législature, pporter une y de 23,000 ses du Bas-
ement pour MM. Alleyn, lité, le preégistrement e quatri:me, inséré dans 8 sénateurs seils L'gise, de Nivernf dération, ssionnel que
Les jours.
eux qui ont ntier.
t le vitalité illait sans stématique e anglaise :
gagne du ur l’état de ns-français is.” (1)
nt anglais,
on du Basà ses fins.
e ses droits Canadas, —et cela,
mande pas Iter le Bas-
Canada sur les changements constitutionnels qu'il propose. Pour leg autres provinces, c’est différent ; les cinq ou six cent mille anglo-saxons du golfe, il faut prendre le soin de leur demander leur opinion. Mais le Bas-Canada , fi donc! Depuis quand les brigands demandent-ils aux voyageurs, avant de les détrousser, si le procédé leur est agréable ?
‘ Je recommanderais, dit le rapport de lord Durham, l'adoption immé- & diate d’une union législative de toutes les colonies anglaises de l'Amé- “rique du Nord.... s’il était possible de différer l'adoption d’une mesure & relative aux Canadas, jusqu'à ce que le projet d’anion ait été soumis aux ( législatures des provinces d'en bas. Mais le Bas-Canada est dans un état & qui, tout en justifiant le projet d’une union, est tel qu’il ne serait ni con- # venuble ni même juste pour le parlement de l’adcpter sans la mûre déli- ‘“ bération et le consentement du peuple de crs colonies” (des provinces maritimes.) (1)
Ainsi le Bas-Canada ne mérite pas qu'avant de décider à jamais de son sort on s'inquiète de son opinion, de son consentement? Lord Durham n’a pas d'aussi lestes façons de parler lorsqu'il s’agit du peuple des provinces d’en bas. Celle-là, elles sont anglaises et protestantes : il les 5" anecte et prend leur avis.
Eh bien! ce que voulait lord Durham, M. Cartier et les fauteurs dé la Confédération l'ont voulu ; ils l’ont plus que voulu, ils l'ont fait. Le Bas- Canada—la seule province qui eût tout à perdre au nouveau système— n'a pas été consulté. L'opposition libérale a proposé souvent en Chambre de soumettre la question au peuple: M. Cartier, qui se fait us jeu, un devoir de se moquer de l'opinion publique, comme il l’a déclaré dans un banquet à Montréal, (2) M. Cartier s'y est constamment opposé, et sa dorile majorité lui a donné raison.
Le 13 Mars 1865, l'Hon. J. H. Cameron proposait en Chambre, secondé par M. M. C. Cameron : t‘ Qu'il soit présenté une humble adresse à Son ‘“ Excellence la priant de vouloi: biea, en vue des grands intérêts dont il & s'agit dans les Résolutions pour une union des colonies de l'Amérique “britannique du Nord, lesquelles changent entièrement la constitution de ‘ cette province, ordonner qu'il soit fait un appel au peuple avant que le & parlement impérial ne confirme ou décrète la dite mesure.” (3) Le vote se prenait le lendemain, et le gouvernem: it, M. Cartier en tête, repoussait l'appel au peuple sur une division de 84 contre 35. (4)
Le 14 mars 1865, l'Honu. L. H. Holton proposait, secondé par l'Hon. À. À. Dorion: ‘ Qu'aucun acte (fondé sur les Résolutions de la Confé- {rence des délégués tenue à Québec en octobre dernier) qui pourra être ‘passé par le parlement impérial n’entrera en opération avant que le par- ‘lement du Canada n'ait eu l’occasior d’en examiner ies dispositions et ‘n'ait, après la prorhaine élection générale, prié Sa Majesté de lancer sa “ proclamation royale pour donner effet an dit acte— Perdu par 31 contre 79, M. Cartir donnant l’exemple et les députés ranadiens-français favorables à la Confédération l’imitant sans rougir. (5)
Le 7 mars 1865, la motion suivante, faite par l'Hon. A, A. Dorion, était déclarte hors d'ordre par le Président de la Chambre : “ Que cette
(2) P.115. (2) Le 29 octobre 1864.
(3) Journaux de l’Assemblée Législative, 1865, page 199.
(4) On trouvera à la fin de ce travail les noms des députés qui ont voté dans l’un ou l'autre sens, sur toutes les questions importantes, depuis le 14 juin 1864. (5) Journaux de l’Ass. Lég., p. 200.
& Chambre est d'avis que les débats snr cette résolution, qui a pour but le “ changement radical des institutions et relations politiques de cette pro- “ vince, —changements qui n'étaient pas prévus par le peuple lors de la “ dernière élection génerale,—devraient être ajournés d’ici à un mois, ou { jusqu’à ce que le peuple de cette province ait eu l’occasion de se pro- “ noncer constitutionnellement à son sujet, dans une élection géné- “ rule.” (1) Et M. Cartier et sa clique appuyèrent cette décision.
Le 11 juin 1866, l’'Hon. A. A. Dorion proposait, secondé par l'Hon. L. H. Holton, cette résolution : ‘ Bien que nous accueillions avec tout le res- & pect possible la déclaration faite par Son Excellence au sujet de la question Ge l'union des provinces de l'Amérique britannique du Nord, cependant nous croyons de notre devoir d'exprimer à Son Excellence ‘“ notre ferme conviction qu'une mesure ayant pour but d'opérer un chan- # gement si radical dans les institutions politiques et les relations de cette “ province, ne devrait pas être mise à effet avant que le peuple eût eu & l'occasion d'exprimer son approbation d’une telle mesure” La majorité ministérielle, toujours fidèle à celui de qui elle attendait tout, votait avec M. Cartier contre cette proposition si raisonnable, si juste, si véritablement démocratique. La division fut de 79 contre 19. (2)
Le 11 août 1866, MM. Dorion et Holton revenaient encore à la charge et proposaient : ‘‘ Qu’une adresse soit présentée à Son Excellence, la ÿ “ priant de vouloir bien ordonner, vu l'importance des intérêts impliqués dans les Résolutions au sujet des constitutions locales du Haut et “ du Bas-Canada, respectivement, sous l’union fédérale des proviuces de “l'Amérique britannique du Nord, et vu le changement complet de la “ constitution de cette province, qu’un appel constitutionnel soit fait au »| ‘€ peuple avant que ces Résolutions ne soient soumises à la considération k “du parlement impérial, et qu'il en soit définitivement disposé.” 52 membres votaient contre cette motion, et 13 seulement votaient pour. (3) (La session tirant à sa fin, beaucoup de députés étaient rendus dans leurs I foyers).
Le tableau que nous publions à la fin de ce travail fait voir quels sont ceux qui ont voté pour ou contre l'appel au peuple, quels sont pai consé-
ii quent les vrais amis du peuple. On verra que ceux qui ont tout fait pour 0 lui enlever l’occasion de se prononcer sur un changement radical de cons- (HS titution qui l’intéresse au plus haut point, sont les conservateurs. Ils FI tenaient leurs mandats du peuple qui les avait chargés de faire fonctionner F la constitution existante, et sans permission aucune ils ont déchiré la
charte, détruit la constitution, aboli nos institutions politiques, pour leur en substituer de leur invention, tout cela comme si le peuple n'avait rien à y voir. Ils ont osé refuser au peuple le droit et l’occasion de dire si ces bouleversements lui plaisaient.
Que dirait-on d'un commis de confiance ou d’un intendant à qui son patron aurait remis les clefs de sa maison on de son magasin, et qui s’en servir:.it pour le mettre à la porte? Il n‘y aurait pas d’indignation assez forte contre ce misérable. Or, les députés qui ont changé notre constitufi tion et refusé à leurs commettants le droit de les juger, ont fait exactement fit comme cet indigne intendant. Et le patron, c’est-à-dire le peuple, ne leur ferait point payer cher cette audace ? Cela n’est pas possible,
RNPTAET ET
(1) Ibidem, p. 181 ; Débats sur la Confédération, p. 773 et 774. (2) Jour. de l’Ass. Lég., 1866, p. 13.
(3) Jour. de l’Ass. Lég. 1866, p. 367.
bour but le cette prolors de la h mois, ou de se proion géné-
l'Hon. L.
out le restujet de la
du Nord,
xcellence un chanhs de cette ple eût eu
a majorité Dtait avec véritable-
la charge ellence, la ts impli-
Haut et vices de let de la pit fait au sidération osé.” 52 pour. (2) ans leurs
quels sont A1 COnséfait pour | de consurs, Ils nctionner léchiré la pour leur vait rien ire si ces
qui son ; qui s’en ion assez constituactement , ne leur
Les libéraux ont demandé à cor et à cris l'appel au peuple : ce sont eux qui sont les amis du peuple.