LA REPRÉSENTATION BASÉE SUR LA POPULATION
Quicorque s’est tant soit peu occupé de politique depuis 1858 sait parfaitement que le grand cheval de bataille des conservateurs, dans la presse et sur le Austing, a été la prétendue concession à M. Brown de la représentation basée sur le norabre, par M. Dorion et le parti libéral. Ils admettaient bien, à la vérité, que M. Dorion n'avait que concédé le principe sans l’appliquer, c’est-à-dire qu’il avait voulu donner au Haut-Canada plus de représentants qu'au Bas, sans cependant les lui avoir donnés de fait, mais ils le blamaient fortement d’avoir reconnu l'équité d’un principe dont les conséquences seraient aussi funestes aux canadiens-français. M. Dorion était à cent lieues d’avoir fait même cela, comme le prouvent ces paroles de M. McGiverin : “ N'avons-nous pas, depuis bien des années, essayé “ d'obtenir la représentation d’après le nombre ?.... M. Dorion, pour qui “ je professe le plus grand respect, et qui, je crois, est de tous les membres ‘“ de cette chambre celui dont l'esprit est le plus libéral et le plus élevé, ‘même cet honorable monsieur, lorsqu'il nous était allié, lorsque nous “ lui avons Cemandé de se joindre à nous dans l'adoption d’une politique “ propre à faire Gisparaître ces malencontreuses difficultés, s’y est toujours { refusé, disant qu'il lui était impossible, ainsi qu’à ses amis, de s'accorder ‘avec nous sur ce point?” (1) On aura beau dire et beau faire, du moment que les clear-grits eux-mêmes äéclarent que M. Dorion leur a toujours refusé la représentation d’après le nombre, il faut bien les en croire.
Mais si M. Dorion l’a refusée, M. Cartier, lui, l’a bel et bien accordée au Haut-Canada, en faisant la Confédération. Du moment que les bleus, les rouges et les clear-grits s'accordent à dire que la représentation parlementaire base sur le nombre a été concédée, c’est qu’il n’y a pas l'ombre d’un doute 1à-dessus, Eh bien! voici la preuve de cet accord :
M. Brown disait en Chambre, le 8 février 1865: “ Ce projet met fin à ‘ injustice du système actuel de représentation en parlement. Le peuple “ du Haut-Canada s'est plaint amèrement que la population du Bas ait # autant de représentants que lai, bien qu’il compte 400,000 âmes de plus. ‘“ Eh bien! la mesure devant nons met fin à cette injustice, fait disparaître {la ligne de démnarcation entre les deux sections..…, donne la représentation { d'après le nombre dans la Chambre d'Assemblée et pourvoit d’une manière “ simple et facile au remaniement de la représentation après chaque recen- ‘“ sement décennal. (2)
“ Nos amis du Bas-Canada ne nous ont concédé la représentation d'après { Ja population qu’à la condition expresse qu'ils auraient légalité dans le ‘ conseil législatif.” (3)
Le Montreal Gazette, le principal organe du gouvernement tory du jour, avouait ce qui suit, le 27 mars 1867: ‘“ Ils (les réformistes du Haut- ‘“ Canada) combattaient pour le grand principe de la représentation basée “ sur la population... Mais qu'ont-ils maintenant à 4emandér? La repré- & sentation d'après la population leur a été accardée, et la confédération qui
ÿL (1) Débats sur la Confédération, p. 469, à (2) Débats sur la Conf. p. 86. (3) Ibid., p. 87.
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“ a été adoptée & reçu l'approbation presque unanime de leurs représen- “tants. Île ont maintenant tout ce qu’ils ont demandé.”
Nous pourrions multiplier ces aveux, en citant le G/obe du 28 juin 1867, les discours de MM. Brown, McKenzie, McFarlane, Parker, en Chambre, etc., mais à quoi bon ? Une fois de plus l'hypocrisie du torysme se prouve
d’une manière irréfutable, par des aveux volontaires, par la glorification :
également volontaire d’un l'acte si longtemps impugné comme dangereux et lâche. Le peuple ne doit pas oubiier ce fait, et il devra en faire souvenir les torys en temps d'élection.
Au reste nous n'avons pas besoin de ces aveux. La 37e clause du bill de Confédération est fort claire : “ La Chambre des Communes sera com- # posée de 181 membres, dont 82 seront élus pour Ontario, 65 pour ‘ Québec, 19 pour la Nouvelle-Ecosse et 15 pour le Nouveau-Brunswick.” En sus, le Bas-Canada n'aura toujours que 65 membres, tandis que les autres provinces pourront augmenter le nombre des leurs à raison de l'augmentation de leur population.
Avant le ler juillet 1867, le Bas-Canada avait le même nombre de représentants que le Haut-Canada, c'est-à-dire 65. Sur ce nombre, 16 étaient anglais ; il n’en restait donc plus que 49 de notre origine, contre 81 d'origine anglaise (65 + 16— 81), c'est-à-dire que l'élément français comptait dans la représentation nationale dans une proportion de 37 pour cent.
Sous la Confédération, nous avons encore 65 représentants ; il n’y a pas de raison de croire que le nombre des canadiens-français augmentera. Au contraire ! [eur nombre sera donc encore de 49 contre
16 anglais du Bas-Canada,
82 4% du Haut-Canada,
19 ‘“ de la Nouvelle-Ecosse, et15 (‘du Nouveau-Brunswick,
Total: 132 anglais dans les Communes, c’est-à-dire qu'au lieu d’être comme ci-devant dans la proportion de 37 pour cent à la représentation totale, l'élément français n’y sera que dans la proportion de 27 pour cent. Et ce sera encore pis après chaque recensement.
Un autre effet irect de la Confédération est celui-ci: Sous l’ancien système, le Bas-Canada avait droit à 6 ministres sur 12; maintenant, il n'en a plus que 4 sur 13. Nous avions aussi alors 4 ministres canadiensfiançais contre 8 anglais ; aujourd’hui leur nombre n’est plus que de 3 et celui des anglais est de 10.
Il faut s’en prendre aux conservateurs de cette diminution d'influence dans les conseils de la nation.