LA QUESTION D'ÉDUCATION
On vient de nous dire sans honte, dans un diner, (3) qu’une promesse avait été faite à M. Galt dans l'intérêt de la minorité protestante du Bas-Canada; que cette promesse, on avait tenté de la racheter au moyen du bill de M. Langevin, dans la dernière session, mais que la majorité du parlement ayant été opposée à ce bill, il avait fallu l'abandonner et laisser M. Gait
(1) Journaux de l’Ass. Lég. de 1866, p. 275.
(2) Ibidem, p. 277.
(3) À Lennoxville, le 22 mai 1867.
sortir du ministère ;—on dit encore, sans rougir, que le gouvernement canadien, se moquant de la majorité parlementaire, avait invité M. Galt à se rendre en Angleterre, et que là les ministres canadiens et M. Galt n'étant plus sous le contrôle de cette majorité, ils s'étaient entendns pour faire insérer dans la constitution de la Confédération ce que la majorité parlementaire avait refusé d'accepter.
Voilà au moins quelque chose qui a le mérite de la franchise, et dans notre admiraiion pour ce franc parler, nous serions tenté de pardonner aux auteurs d’un tour aussi bien joué, si la ch'se n'était pas aussi sérieuse. Quand nous songeons que ce sont les représentants diplomés du catholicisme qui se vantent J’avoir aussi adroitement tonrné le cap à la majorité, il devient nécessaire de rapj:eler cet incident de la dernière session.
Le bill de M. Langevin avait en eff t pour: objet de donner à la minorité protestante du Bas-Canada les garanties promises à M. Galt et aux représentants des townships'du Bas-Canada pour leur faire accepter la confédération.
Un rouge, M. Bourassa, député de St. Jean, propose que cette garantie soit étendue à la minorité catholique du Haut-Canada.
Tous les évêques du pays demandent cette garantie et font à ce sujet des représentations à l'Exécutif,
Puisque ion soupçonnait la majorité catholique du Bas-Canada de vouloir un jour être intolérante envers la minorité protestante, —il n’est pas étonnant que les catholiques aient conçu le mème soupçon à l'égard de la majorité protestante du Haut-Canada dans ses rapports avec la minorité catholique, La preuve que ce dernier soupçon était seul fondé, c'est que les catholiques étaient prêts à donner aux protestants toutes les garanties désirables, pourvu que les catholiques, placés dans le Hant- Canada dans une position analogue à celle des protestants dans le Bas- Canada, eussent de leur côté les mêmes protections contre une majorité intolérante.
Eh bien! les protestants ne voulurent pas de cette réciprocité de garanties ; ils voulaient bien des garanties pour eux et ne voulaient pas en donner aux autres.
Les ministres, placés dans l'alternative ou de refuser cette vulgaire et commune justice ou de retirer leur bill Langevin, aimèrent mieux ailopter ce dernier parti que de prendre une position franche et équitable envers les deux minorités.
Ils supprimrent donc le bill Langevin, mais avec l’arrière-pensée de faire, en Angleterre et derrière les représentants du peuple canadien, ce qu’ils n’osaient faire devant lui, et ils se rendirent en Angleterre et introduisirent dans l'acte de la Confédération la garantie qui doit protéger les protestants dans le Bas-Canada,—laissant les catholiques du Haut-Canada à la merci de la majorité protestante.
Si l'on vient nous dire que le droit d'appel donné aux minorités apparvent aux catholiques du Haut-Canadi comme aux protestants du Bas- Canada, nous répondons que ce droit d'appel, sérieux et proterteur pou ies protestants du Bas-Canada, est un mensonge et un leurre pour le catholiques du Haut-Canada. Les protestants peuvent sérieusement se plaindre à la Chambre Fédérale, composée pour les trois quarts de protestante ; mais il est ridicule de vouloir forcer les catholiques à en appeler d’une décision rendue par une Chambre protestante à une autre Chambre également protestante.
Des personnes qui repoussent comme une injure l’imputation de se méler à la politique ont cru devoir féliciter les auteurs de cette magnifique
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‘garantie pour les catholiques du Haut-Canada, mais le sentiment public
a vu, clair comme le jour, que la fanatisme politique aveuglait ceux qui acclamaient une trahison aussi manifeste que celle-là, et les protestations d'abstention de la politique, de la part de ces personnes, se trouvent irrévocablement jugées par leurs actes.
Ce qui rend cette trahison plus odieuse, c'est qu'evant le vote définitif sur les constitutions locales, le procureur-général Cartier, interpellé en Chambre par M. Cauchon, déclara publiquement et à plusieurs reprises que le gouvernement ne consentirait pas à ce que l’on changeñt les projets de constitutions adoptés par les Chambres surtout à l'endroit de la question d'éducation sans les soumettre de nouveau au parlement. C'est quelques jours seulement après cet engagement qu'il s'entendit avec M. Galt pour faire modifier en Angleterre le projet de constitution de manière à accorder aux protestants du Bas-Canada ce qu’ils demandaient et laisser les catholiques da Haut-Canada sans protection ni garantie.
En 1863, le ministère Macdonald-Sicotte avec cinq votes seulement de majorité a pu faire passer une mesure pour faciliter aux caiholiques du Haut-Canada le maintien des écoles séparées, et MM. Cartier, Chapais, Langevin et Belleau, avec une immense majorité, n'ont pas eu le courage de faire rendre justice aux catholiques du Haut-Canada, et en violation de leur parole solennellement engagée, ils ont eu recours à un fanx-fuyant pour accorder aux protestants du Bas-Canada ce qu'il refusaient aux catholiques Il y à plus, cest que, pour en venir là, ils soumirent tous les catholiques du Bas-Canada et leur système d'éducation au gouvernement central et à la législature fédérale, qui seront composés en grande majorité de protestants. (Voir la clause 93 de l'acte impérial.)
Nous n'avons pas d'expressions assez fort:s pour flétrir une pareille conduite.