UNE ARMÉE PERMANENTE
L'une des premières conséquences de la Confédération, de l’aveu même de ses auteurs, sera l'établissement et le maintien d’une armée permanente, d’une marine et de fortifications sur une grande échelle. Suivant plusieurs des partisans du nouveau régime, la Confédération ne pourrait même pas exister sans une armée permanente. Qu'elle soit nécessaire ou non, il suffit de savoir que c’est l'intention bien arrêtée des auteurs du régime nouveau de nous imposer ce système ruineux et odieux.
M. McGse, dans sa lettre du ler mai 1867, datée de Paris et adressée à ses constituants de Montréal-ouest, énumère les choses nécessaires, suivant lui, pour créer la prospérité dans le pays. La première de ces choses est l'augmentation de notre population, qui peut être amenée, d’après lui, par l'exécution de travaux publics, et par une législation commerciale qui ne serait ni la protection ni le commerce libre, mais quelque chose qu’il n'avait pas le temps de dire. Après cet exposé des choses’ essentielles à notre prospérit», il continue ainsi : “ Messieurs, il y a, après ce que nous “ pouvons attendre de Dieu, un moyen par lequel ces garanties néces-' 4 gaires peuvent être arrachées au temps pour la réalisation de ces choses & possibles, c'est l'armement de tout notre peuple. Nous ne fesons que & prendre notre part de la destinée commune à toutes les sociétés civili- & gées, en ouvrant les yeux devant le fait implacab e que, dans ce siècle, “ toute puissance doit avoir ou être dans une position d'avoir besoin du 4 service militaire de chacun de ses enfants.... Je respecte et honore nos
4 voluntaires pour leur rioble abnégation dans le passé ; ils ont suffi pour 4 faire face à de simples maraudeurs ; mais les jours du simple volonta- “ risme sont à peu près sinon tout-à-fait passés.”
A travers ces inépties de fond et de forme, l'armée permanente 8e dressé sans équivoque, sans déguisement, (Cette iettre à été publiée ét reproduite par la plupart des orgnnes de la Confédération, sans désaveu, et de tous « ités les écrits succèdent aux écrits, les discours aux discours, et révèlent tous la même pensée.
M. Galt disait, le 22 mai 1867, en présence de M. Cartier, dans un banquet à Lennoxville : ‘ Nous pouvons avoir des sacrifices à faire pour nous “ maintenir, mais tant que nous aurons une force maritime l'Amérique 4 britannique du Nord n'a aucun adversaire à craindre. Il est bon que le “ peuple comprenne que le gouvernement de ces provinces réunies en- “ traîne une grave responsabilité. Nous devons donc avoir une organi- “ sation parfaite de notre milice. Nous ne devons pas continuer à dé- ‘ mander aux voloñtaires des sacrifices qu’ils ont faits sans réserve ; mais 4 Je pays Coit avoir et exercer le droit d'exiger que tout homme en état de “ porter les armes fasse son devoir si cela devient nécessaire. L’organi- “ sation de la milice est l'un des premiers objets que nous devons avoir en &vyus. Et si nous devons organiser la milice, il nous faut également “ veiller à la défense des points faibles de notre frontière, qui: peuvent “ facilement être attaqués. Je ne dis pas qu'il faille border toute notre 4 frontière de forts, mais il y a un ou deux points à l'Est et autant à “ l'Ouest qui doivent être l’objet d’une attention spéciale de la part du # gouvernement.”
Ce que M. Galt disait à Lennoxville, M. Cartier l'avait déjà dit à Londres, au banquet des Fishmongers, le 25 avril 1865 : “ Nous avons & l'intention de représenter au gouvernement impérial que nous sommes {“ prèts à accepter, mimé seuls, notre large part de la défense du pays ; ‘“ mais nous lui soumettons en même temps que si la Confédération se & réalisait, nous serions dans une merl'eure position pour aider la Grande- “ Bretagne, d.ns le cas d’un événement qui, je l'espère, n'arrivera jamais, ‘“ une guerre entre ce pays et les Eiats-Unis. Cependant je saisirai cètte “ occasion de remarquer qu'en acceptant nôtre part de la défense, il en { résultera pour nous une grande dépense... Nous savons qne notré pays “est vulnérable; mais nous souffrirons qu’il serve de champ de bataille “ pour venger l'honneur de l'Angleterre,... Nous savons que, suivant ce “ système, nous pourrons aider l'Angleterre dans toute guerre qu'elle & pourrait avoir à soutenir contre les Etats-Unis.” (1)
Le London Times, commentant le discours de M. Cartier, dit : ‘ Dans le “ cas d'un événement aussi déplorable qu’une guerre entre la Grande- ‘ Bretagne et l'Amérique, on doit s'attendre que les Américains attaqueront “le Canada, et, M. Cartier aborde hardiment la question. I1 espère que la “ chose n'arrivera pas, mais si elle arrive le Canada, dit-il, sera le champ “ de bataille et les canadiens accepteront le fardeau. Ils s’attendent à “ être secourus par ce pays, mais ils contribueront beaucoup aux travaux “ communs de défense en autant que leurs moyens le leur permettront, et ‘ces moyens seraient largement augmentés par la Confédération. La & position du Canada doit être entourée de difficultés, car quoique la cause “ de la guerre ne puisse provenir que de l'Angleterre, les plus grandes cala- { mités de cette guerre retrmberaïent sur les colons. Cependant les colons “ ne reculent pas devant cette perspective.”
(1) Voir la Minerve du 10 mai 1865.
Pas plus tard que le 28 juin 1867, la Minerve publiait, sans la désavouer, ‘une correspondance qui, tout en reconstruisant l'échafaudage, déjà croulé de lui-même, de la thèse de M. McGee, fixait, comme d’autres l'avaient fait ailleurs, le chiffre de notre armée permanente à 10,000 hommes.
Avec ces 10,000 àommes, on peut, d'après nos stratégistes canadiens, supporter le premier assaut des Etats-Unis et donner le temps à notre peuple-soldat d'arriver à la réscousse.
De deux choses l’une : ou ceux qui tiennent ce langage sont des fous, ou ils croient s'adresser à une population d'imbéciles.
La population des deux Canadas, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Bcosse était, lors du dernier recensement, de 3,090,561, Celle des Etats-Unis était, en 1860, de 31,738,321. Si notre population est aujourd'hui de 3,500,000 âmes, ainsi qu'on le répète tous les jours, celle dés Etats-Unis doit dépasser 35 millions.
Durant la guerre civile, les deux armées, alors ennemies,—mais aujourd'hui réunies contre toute attaque extérieure, —dépassaient un million et demi d'hommes, sans compter une marine comme l'Angleterre n’en a jamais eu de plus effective.
C'est contre une puissance de ce caractère que l’on nous propose d'enrégimenter la partie virile d’une population de 3,500,000 âmes et d'opposer, comme premier point d'appui, une armée permanente de 10,000 hommes !
Or sait:on un peu ce que coûtent 10,000 hommes de troupes régulières?
Un régiment de 600 hommes coûte annuellement à l'Angleterre, là où le salaire de l’homme en état de porter les armes n’est pas la moitié de ce qu’il est ici, et où un soldat ne reçoit qu'un chelin par jour, ce régiment coûte £30,000 sterling au plus bas estimé!
En supposant que nous puissions mettre ici sur pied dix mille hommes au même taux, ce seul item absorberait un demi-million de louis sterling par année |
C'est donc une dépense annuelle de $2,400,000 que l'on nous propose de faire, pour maintenir une force que l’on reconnaît insuffisante et seulement capable de supporter, de la part des Etats-Unis, une première aggression, qui n’arrivera peut-être jamais.
Ajoutez à cela quelques millions pour fortifications et pour maintenir des canonnières sur les lacs, (1) et vous arriverez bientôt à une dépense de trois à quatre miilions par année (c'est-à-dire à une somme égale à l'intérêt de notré dette publique), pour créer une force et des moyens de 4éfense qui
«devront céder au premier choc des forces supérieures des Etats-Unis.
Mais, nous dit-on, lors même que ces forces seraient inutiles, ne faut-il pas ouvrir une Carrière à la jeunesse qui encombre les professions.
Ab! voilà le grand argument, celui que répètent sur tous les tons les organes du parti ministériel. Ils veulent Fr là rejeter s1r le peuple traailleur et le gouvernement le soin de faire vivre cette classe de désœuvrés qui ne savert où trouver leur pain, parce qu'ils ne veulent pas se soumettre aux occupations qui procurent aux autres une subsista.ce honnête.
(1) Les journaux ministériels n'ont pas d'assez grands mots pour témoigner leur reconnaissance au gouvernement anglais, pour le présent qu'il vient de nous faire de trois canonnières actuellement sur les lacs. Voici en quoi consiste ce cadeau : le gouvernement anglais entretenait à ses frais les équipages de ces trois vaisseaux, pour la protection de ses possessions en Amérique : maintenant ce sera le peuple canadien qui paiera
-ces frais, toujours pour le même objet.
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Le peuple est-il prêt à se taxer pour faire vivre ces frelons qui aiment: mieux mendier des places que de travailler ? S'il veut ajouter encore quelques millions de taxes annuelles au fardeau qui l’écrase déjà, il n’a& qu’à voter pour les partiscns de Ja Confédération ou de ses auteurs. Ils lui donneront une armée permanente, une marine et des fortifications, et le peuple, le peuple qui travaille, n'aura qu’à payer.
De L'ÉMIGRATIUN.
L'émigration en masse des canadiens est un fait malheureusement trop réel pour que quelqu'un songe à le nier. Elle est si considérable que,. d’après le recensement de 1861, il y a en Bas-Canada un grand nombre de paroisses où la population est moindre qu’à l’époque du recensement de 1851. L’'irlandais émigre parce que sur le sol natal son travail est improductif ; qu'il n'y gagne pas la subsistance de sa famille ; qu'il ne peut guère espérer de devenir propriétaire; qu'il est chargé des frais d'un culte qu'il ne professe pas ? — L'allemand émigre parce qu'il ne peut trouver dins son pays la subsistance de sa famille, qu’on l’écrase de ‘:xes de tous genres, qu’on lui enlève ses enfants pour en faire des soldats et les mener à la boucherie, pour servir le caprice et l'ambition d’un premier ministre ?- ‘7 canadien émigre parce que, lui aussi, il s’épuise en vain à trouver la subsistance de sa famille ?
Nous n'avons pas encore ici toutes les causes qui expliquent l’'émigration allemande, mais nous les aurons toutes sous le régime nouveau. Ce qui explique l'impuissance du cultivateur ou de l’ouvrier à gagner sa vie dans le pays, voulez-vous le savoir ?—C'est le pillage des deniers publics, pratiqué depuis quiz ze ans par les conservateurs, pour les donner au Grand- Tronc, aux Vapeurs Océaniques, aux contracteurs de travaux publics inutiles, aux fournisseurs du gouvernement, pour corrompre les électeurs, récompenser les services des valets, et maintenir v.ne foule de sinécuristes.
Ce piliage a mis à sec le coffre de la province, il nous a endettés au profit de quelques favoris, il a conduit à l'augmentation des taxes qui se fait tous les ans sous une forme on une autre. Tous les articles de consoramation journalière, les articles indispensables, sont frennés de taxes, de droits d'entrée, de droit d'accise, preuve : le thé, le sucre, le coton, la toile, ie drap, le whisky, la melasse, le tabac, etc. L'on a tellement taxé, retaxé et surtaxé qu'il n’y a plus guère moyen aujourd'hui d'élever les druits sur les articles de consommation, et que nous n'avons plus en perspective, la Confédération aidant, que la hideuse taxe directe.
La presse vénale eugraissée par ces taxes a toujours caché aux yeux €u peuple l’abime sons une couche de fieurs. L'homme du peuple, qui ne comprend puut-être pas très-clairement le jeu du tarif, ferme les jeux, jusqu'au jour où le marchand lui refuse crédit, où il lui faut répondre en secouant une bourse vide à sa femme et à ses enfants qui lui demandent du pain et des habits —et alors le désespoir le prend. Il tourne les yeux autour de lui, il calcule ce qu'il en coûtera pour transporter sa famille aux Etats-Unis, auprès de quelque manufacture où il recevra lui-même le prix de son travail, où sa petite fille de dix ans gagnera sa propre existence, où son garçon de quinze ans gagnera la sienne et cesie d'une jeune sœur; il calcule ce que lui rapportera la vente de quelques animaux ou de quelques articles de ménage. et si les deux comptes s’équilibrent, il prend sa feuiile de route, il secoue ses sandales, il jette un dernier regard sur son village où son quartier natal, et il prend tristement le chemin de l'exil,
CA
Son départ n'empêche pas les journaux vendus de vanter la prospérité du Canada et l'excellence du gouvernement qui les engraisse, de même que les mensonges d# ces mêmes journaux conservateurs n’empêchent pas notre population d'émisrer.
Des TAXES INDIRECTES.
Encore une fois, pourquoi émigre-t-on ? Ah ! c’est que le gouvernement prend un écn pour lui sur les deux piastres que le pauvre paie pour habiller ou nourrir un enfant !
Si l’on veut avoir une idée des droits prélevés par le gouvernement sur certains articles de consommation, l’on ra qu’à parcourir la liste suivante :
As bc ce sésrosrocecorssesees né «…. T0 cts p. gal. Balais de toutes sortes .....,,....,....,,.., 15 p. 100 Bèches et pelles ,....,,..,,.. sudo ose es di ce do do Beurre.....,..... s'ésndee dasure cos. À cts. p. Ibs. Bière, porter, etc............ sonesosesssess 1 Cts. p. gal. BI d'inde sie 600 vo0000 ce vo. ss. 10 cts. p. min. BRAVE sud scies de à 060 08: #0 6810 0: 06 nee ove 70 cts. p. gal. Café moulu...... uote dede te smoocsse.ss 4 Cts p. Ib. ORDRE he de sv die 00.8 5 0 anne pro.6. of ve Le 0.86 25 cts p. 100 Chaussures...... TR CN DRE 15 p. 100 Chapeaux, etc...... SRE UNE cseoves. D do Clous et ferrures.....,,....,..... os... 49 do nn? OC à 0 05 00 00 8 0 soie das eue $1.20 p. gal. CD de rie user nr oér es + 15 p.100 Cuirs ..... dresse sé ve coovescesse 00 40 Etoffes en line vais snécene ss esse. “00: ‘0 MAO Sr ren nesbososeerensssé est 82.50 p. 100 Ibs. Fauc:lles, faux, etc. sise dose vd ÉEe eee «+ 15 p. 100 Fil à coudre, etc ..,.., ses ses soso 0 do Fleur d’avoine,....,..........., Levée 25 cts. v. 100 lbs. 008 Mb: 45 ee vo ve de 60 d6 0 5 6 ves.es DO Cts. p. quart. do de fèves....... sons vesess css... 25 Cts. p. 100 Ibs. do de sarrasin.:..... sos, cc ooov ce do do Grains de toutes ‘espèces excepté blé. .. 10 cts: p. min. D NET ET ÉD 6 86 0% Sa déde sous... 70 cts. p. gal. Gingembre moulu..... soccer ee ess o se 26 pi 100 DAMDRIS seu 608 0 0 50 s'éiebée to toide EB:D: 100 Habits faita...,,,..,,,.,....,...,6.:.... d0 do Huile de caarbon..... NT soso. 10 Cts. p. gal. do de pétrole distillée.. ..... bises eisese 15 cts p. gal. 30 1 24 DPIREENRR RSS PEANEUES ssorovosocssioess ID 'PA'I06
Melagse,...,.,....,....... soso... 13 Ci8 p 10 lbs. Médecines....,...... soso ose. 25 p. 100 DD TU eo di eo dada over cts 00: 26:p: 100 MUBONQN à 4 Edo ee o6 6 6 à 0 6 déve do dec vuo "BE RS 200 PA 6200 Le Du on 03 6 6 ae do 8 v 0 cod ‘F0 100
Parquets et enveloppes... .... nobsss verte des do do PURES PT e 6 5 05 à 00 o dve 0 0 0 60 0.86 60 de do do DE a dé Lu NATURES DNS A TETE CL ET ZE do do Planches et madriers. .,,.,..:4:444+-....... AO do Poivorisis.... APP NET TU so rént ste do do
Sarrazin,....,....
nes .…....
Sirop de canne.......
Sucre candy... s.s.s
10 cts. p. min.
Senseo esessessssce.-P1.00 p. 100 Ibs, duo cosserssossesecse 1:87-D: do cons oseoso os ss es 8,00 Ds 00
do blanc......, ....., cesse 2.60 p. Go do brun (cassonade)......,..,......,.... 2.25p. do SP use sos vos cénenme ent mers owpiocs * Dit. D: De Soierieg, .. se oonvos ones voseoescesses 1D.p. 100 Tabac à priser....., 0e sessss coco oneses 15 GS. p. 10. do manufacturé...,,.......... ess ses AO 40
do commun Coupé... ss. ooos ee do coupé .......,.....se0..
74 cts, p. lb.
20 cts. p. Ib.
AO GAMAÏÈN. use cos voos se sos esse SOIR DiID: Thé, 15 p. 100 sur la valeur et..,,.,,..,::.. 7 ets.-p. 1b. TOR ve hope sacste soie ose ues ste re EU D 100 VARMIRG es soc eo de coscet dons sécsee à CONCISV NEENR Viande conservée. . ,...4 se soso soso ess 15:p. 100 Vin en fÜt....,... sos sos occeesoicse 26 ta p. gal. do en bouteilles....,.,.....,..,....,.,...#1:06 p. doz. VA no ao oec osocc ss oscsec cocdéedecé CO QE
L'augmentation de la dette publique explique les nécessités toujours croissantes d'élever le tarif et de soutirer chaque jour davantage de la bourse des consommateurs. Eh} pourtant, nous avoris vu nos plus beaux jours. La taxe indirecte a produit tout ce qu’elle était capable de produirs, et depuis quelques années l'on habitue peu à peu le peuple à la t=se directe. Dre :