‹ La conférence d'AlgésirasChapitre 101 sur 357 · Voir ci-dessus, pape · texte numérisé non relu

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160 I.A CONFERENCE D ALGKSIRAS

pécnnes. Il conclut en lui signalant Tintérét qu'il y aurait à ce que rEmperour de Russie, par une démarche personnelle, fît appela l'Empereur d'Allemagne en prenant acte des engagements nombreux qu'il avait reçus de lui. Tout en observant que l'intervention directe du Tsar devait être réservée pour Tinstant décisif et ne point se produire trop tôt, le comte Lamsdorf rendit pleine justice à la légitimité de nos demandes. Et après avoir, une fois de plus, exprimé sa confiance dans l'efOcacilé de la communication confiée au comte d'Ostcn-Sacken, — communication dont les résultats n'étaient point encore connus de lui, — il promit de soumettre au Tsar le désir do l ambassadeur de France, appuyé le même jour par un télégramme de M. Nélidof, ambassadeur de Russie à Paris. Avant même que la partie ne fût engagée à fond, nous avions donc la certitude que la Russie tiendrait à nos côtés son poste d'alliée, non seulement à Algésiras, mais encore à Berlin. Sans doute, cette solidarité était une arme à deux tranchants. Elle pouvait intimider TAllemagne. Elle pouvait aussi l'irriter. Quoi qu'il en fût, nous agissions prudemment en nous l'assurant. Et par la netteté qu'il mettait à embrasser notre cause et à soutenir nos arguments» le gouvernement russe nous rendait un service notable.

Les Etats-Unis avaient été, dèsle premier jour, l'objet des avances allemandes. Au début de janvier, le baron Speck de Slcrnburg, ambassadeur d'Allemagne, remit à M. Root une note, qui était tout à la fois une apologie pour la politique antérieure de son pays et, — il le pensait du moins, — la preuve de sa modération présente. Dans cette note, il rappelait quelle importante "concession on nous avait accordée en nous laissant la police des districts frontières de TAlgérie. Et, partant de celte idée fausse qu'on avait par là épuisé la reconnaissance de notre « intérêt spécial », il indiquait Texcês qu'il y aurait à nous charger encore d*organiser la police dans le reste du Maroc, le danger aussi que cette organisation ferait courir à la liberté commerciale. 11 excluait par conséquent le mandat accordé à la France. Mais, cela dit, il proposait trois combinaisons : ou bien la police par secteurs ; ou bien la police à une puissance secondaire. Suède, Danemark, Hollande ou Suisse; ou bien enlin la police au Sultan, qui recruterait librement des instructeurs européens, de préférence parmi les Étals secondaires. L'ambassadeur d'Allemagne répétait que son pays

défendait les intérêts généraux des puissances. H avait donc Tespoîr que les puissances, et d abord les Ëtats-Unis, soutiendraient la politique désintéressée de Tempire allemand. En même temps la colonie allemande des Étals-Unis multipliait, dans les Journaux sur lesquels elle avait de Taction, les diatribes contre les « con- Toitises françaises» et conseillait, dictait presque au gouvernement américain une adhésion explicite à la thèse allemande.

La manœuvre aurait pu réussir S si, d'une part, Tindiscrétion de la campagne de presse n*avait irrité M. Roosevelt et M. Root, si, d*aatrepart, Tambassadeur de France à Washington, M. Jusserand, ne les avait mis en garde contre Targumentation du baron de Slernburg. M. Jusserand signala ce qu'avalent de sophistique les afûrmations allemandes; marqua que ni l'Allemagne ni personne n'avaient pu nous a accorder » quoi que ce fût sur la frontière aigéro-marocaine, la police de cette frontière ayant fait Tobjet d'accords directs entre le Sultan et nous de 1845 à 1902 ; revendiqua en conséquence le droit de la France de défendre dans le reste du Maroc « Tintérêt spécial » reconnu par TAllemagne; montra enfin que la police faite par le Sultan serait inefficace, que la police internationale deviendrait une source de conOits; que, seule, la France, par ses cadres algériens, pouvait utilement organiser cette police, — limitée d'ailleurs aux villes de la côte et parfaitement conciliable avec la liberté commerciale. Appuyé par l'ambassadeur d'Angleterre, qui avait reçu de Londres Tordre de s'associer aux démarches de son collègue français, M. Jusserand développa ces raisons d*abord à M. lloot, qui promit d'en tenir r compte dans ses communications avec M. White, ensuite à If. Roosevelt, qui en reconnut également la valeur. Dès le début par conséquent, notre thèse était présentée à Washington dans lôute sa force et le gouvernement américain pouvait en apprécier la cohérence.

Gela ne suffisait pas cependant. Et notre intérêt nous conseillait d^oblenir davantage de M. Roosevelt. M. Bompard et M. Néli- 1 dof avaient demandé au comte Lamsdorf que le Tsar intervint personnellement auprès de l'empereur d'Allemagne. Une inter- Tention identique du président des États-Unis nous serait, le

i. Notamment, l'argument de la o poiic ouverte ».

Tardieit. i 1

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moment venu, également précieuse. Pas plus à Washington qu'à Saint-l*élersbourg, le désir exprimé par nous ne rencontra d'objections^ Comme avait fait le comte Lamsdorf, M. Rooseveltse contenta de remarquer qu'il fallait réserver celle démarche comme une suprême ressource, attendre Toccasion favorable, éviter d'en compromettre le succès par une initiative prématurée. Nous avions donc la certitude qu*à Tinstanl critique une doubk action morale s'exercerait en notre faveur. Et celte certitade acquise au moment où h Algésiras la délégation allemande semblait s'orienter vers la conciliation, permettait d'espérer une issue favorable.

Les vues des délégués h Algésiras et celles des principaux gouvernements nous étaient des ce moment connues. Il nous eùl été profitable de pénétrer aussi les dispositions intimes de la chancellerie allemande. Mais, pendant les trois premières semaines de la conférence, le secret le plus absolu ne cessa de les envelopper. M. Kokovlzof avait vu Guillaume II le 16 janvier. M. d'Estournelles, ' avait vu le chancelier le 19. D'aucune de ces entrevues il n*aTail été possible de dégager une indication positive. Le prince de Hiilow avait afiirmé au comte Raben, ministre des Affaires étrangères de Danemark, ses intentions conciliantes, mais ce n*était qu'une assurance vague, après beaucoup d'autres. L'ambassade d'Allemagne à Paris n'était pas moins fermée. A Madrid, M. de Stumm, plus commniiicatif, disait que l'Empereur avait en lète • d'autres soucis que le Maroc et que ce qui se passait en Pologne l'inquiétait davantage que ce qu'on faisait à Algésiras. Hormis ces données imprécises- et le refus opposé à l'octroi du mandai de

1. Gi.'ll«? conversation oui lii'u dans les premiers jours do février.

i. On prul retenir aus>i un discours prononce à un dtner parlementaira par le conilo (le Bdllestrem, président du Rcichstag, qui lit mauvais effet à Algésiras. Il était ainsi conru :

« Pour maintenir la paix de l'Europe et du monde, canon no peut plus fains •lue do la poliliciue mondiale, soyons furls. 11 faut ôtre forts pour obliger ceux qui voudraient troubler la paix à n'en rien faire. Les autres puissancoa s'en garderont bien, si elles savent qu'elles feraient i)attues par la première armée du monilr et par \u\o jlulte grandissante.

» Le K.'ichslag, qui est né à Versailles le IS jiinvicr 1871, le même jour quo

lice à la France, l'ignorance était absolue. Force était donc de contenter des renseignements que fournissait la presse offiduse. Mais, là encore, la moisson était maigre. Au début, le ton ^principaux organes avait été médiocrement plaisant. A Toccaon de la fête de TEmpereur, la Gazette de V Allemagne du Nord rait consacré au « sabre » allemand un développement emphaque et vaguement menaçant, qui ne convenait ni à lacirconsince particulière ni aux conditions générales de l'Europe ^ Bien- H après, le professeur Schiemann, aussitôt suivi par un chœur îDii minoi'eSy avait feint de croire qne le fâcheux article publié ans le Siècle par M. de Lanessan représentait l'opinion du gou-

împire et est par conséquent son jumeau, doit soutenir la politique de empereur et lui en fournir les moyens.

I Nous avons un Empereur superbe, que les autres nations nous envient ; elles mirent même souvent leur rancune et leur jalousie de ne pas posséder un ublablc monarque. Aussi, nous soutiendrons la politique de l'Empereur pour

plaire et plaire au peuple allemand » (Voir le Temps du 29 janvier 190G). . Le Tetnps répondit à cet article on essayant, dans l'intérêt de l'entente, de ttre hors de cause la personnalité de l'Empereur :

Nous avons ici môme assez énergiquemcnt affirmé notre foi dans la posilité et dans l'utilité d'un règlement équitable des difficultés coloniales nca-allemandos pour avoir le droit d'espérer que notre parole sera entendue. l'y a, nous l'avons dit et nous le répétons, aucun obstacle réel à. ce règlent, à condition toutefois qu'on n'en crée pas d'artificiels. Nous ne doutons » de la sincérité de l'Empereur cl du chancelier, quand ils affirment leurs incs intentions. Mais il nous parait qu'ils sont mal servis et que, notamnt, les fonctionnaires chargés d'inspirer la presse trahissent ou contredisent r pensée. 11 existe à Toffice des Âtfaires étrangères des traditions fâcheuses endues par certains chefs de service qui ont fini par se croire les maîtres la politique impériale. Et l'on no peut que regretter de trouver fréquemnt dans les journaux allemands les traces d'une infiuence qui a survécu à is chanceliers et s'exerce encore aujourd'hui. Ce n'est point notre coutume traiter ici des questions do personnes. Mais nous ne pouvons pas ne point ;retter que, dans toute cette affaire, M. de Ilolstein et son entourage aient [S souvent que de raison ressuscité les vieilles habitudes provocantes, qui répondent ni à l'intérêt de l'Allemagne, ni à la dignité de la France. SiM.deTchirschky-Bœgendorlî, en prenant la succession du baron de Rich- »fen, peut collaborer utilement avec l'Empereur et le chancelier pour tenir bride ces officieux trop zélés, nous nous féliciterons sans réserve de ce tngement. L'Allemagne et la France ont accompli un elfort sérieux pour idre à leurs relations un caractèn) normal. Est-ce au moment où elles ont bonnes raisons de croire qu'elles y sont parvenues, qu'il convient de com- )mettre ce résultat par des fautes de goût telles que celle qu'on relève jourd'hui dans la Gazette de VAllemafjne du Nord? Nous ne le pensons 5. El nous espérons qu'à Berlin on partagera celte opinion. » (Voir le Temps 28 janvier) .

1 convient d'ajouter que l'ambassade d'Allemagne à Paris prit vivement la 'enso de M. de Ilolstein et assura que c'était un ami de la France. Il ivient d'observer aussi que, depuis quinze jours, M. de Holstein était dircclent chargé du service do la presse.

iùk l.\ CONFtlRENCE I) ALGKSIRAS

Ycrneinenl el du public français '. Et avec un optimisme blessant pour la France, il avait écrit :« On a Timpression très nette que la conférence, après sélrc rangée au programme allemand, ne pourra avoir qu'un résultat satisfaisant et pacifique. » Enfin le Lûkal- Anzeiger avait abondé dans le même sens, et prétendu que M. Ilévoil était loin d'approuver l'intransigeance du Temps et des autres journaux français-.

Bientôt, il est vrai, — et au moment même où à Algésiras le ton des négociateurs allemands se modifiait^ — une certaine détente parut se dessiner. La Gazette de Cologne ^ non sans quelque leur-

1 . Lo professeur Sehieniann avait écrit, à propos do la tlièse de 11. de Lanessan : « Si pareille pensée avait été colle du gouverDcment français penilunl ces dornièreâ années, il n'y aurait eu ni affaire marocaine, ni confi)r<>n<;(.> d'Al^ésiras. Jusqu'au 31 mars 1903, le peuple français semble s'être placé sur le lorrain de M. Delcassé. H n'est donc pas étonnant que nous ayoni supposé que la France était derrière ses ministres et que nous ayons dirig» nos [dans en c)nsé(]u<.>nce. Mais ù. quoi bon des récriminations stériles? Noos comptons avec des faits qui sont lo résultat linsi d'une évolution politique et \ nous trouvons les conséquences que tire M. de Lanossan tont à fait acceptables. Sans doute, pour réorganiser la police marocaine, il vaudrait uiioaila f-oniicr au Sultan et à des instructeurs, ({u'ils fussent soit Européens, soit indigènes, élevés milildiremcnt à l'européenne. Pour qu'ils pussent jouir (l'une autorité suffisante, il faudrait aussi obtonir certaines garanties intemalii)nales et protéger leurs personnalités: mais ce sont là des question» do (itriails qui seront faciles à régler, du moment où l'on aura accepté en partie II' projet de M. de Lanossan. Reste à. savoir jusqu'à quel point le peuple de I^'rancc est d'accord avec cet homme d'État. »

Le Temps du t février releva cet article en disant : « Il suifit de considérer l'article de M. Schiemann pour constater que l'optimisme do son autev doit nous être aussi peu plaisant que le fut naguère son pessimisme. Si M. Schtemarm se réjouit, c'est qu'il estime que la France cédera, cédera sur tonte la ligne, ctWlera plus qu'elle n'a jamais cédé, plus qu'elle n'a promis de céder dans les accords du S juillet et du â8 septembre 1905. Tout ira bien, pense-t-il, parée que, le (lébat sur la police étant ouvert, les délégués français manquant à leur devoir, s'abstiendront de faire valoir « cet intérêt spécial », que l'Allemagne nous a reconnu au Maroc, accepteront qu'on institue à nos portes une organisation internationale qui sera la négation môme de la spécialité de nos intérêts, annuleront d'un cœur léger les sacrifices antérieurs qne nous a coûtés le Maroc, perdront on un mot la partie sans même se servir des cartes qu'ils ont en main. M. Schiemann. à ce compte, se déclare satisfait. Sa satisfacUon nous serait précieuse. Mais nous no saurions la payer d'un tel prix. » (Volrle- Tetnps du 2 février).

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