CHAPITRE II LE CONFLIT
f. V incident de la dépêche Wolff. — L'étonnomont dos plénipotentiaires. ' — M. Mercadier cl lo comte de Tattenbacli. — Les explications do M. do Uadowitz (9-12 février).
II. L'origine de la manœuvre. — M. de Radowitz chez M. White et chez lo marquis Visconti-Vonosta (8 février). — L'altitude de l'Italie et des États- Unis. — L'iolUalive du comte de Taltenbach el l'intransigeance allomando.
III. La troisième entrevue Rado^mlz-Révoil (13 février). — La proposition allemande. — L'inspection. — L'étal d'esprit de M. Révoil.
IV. La seconde concession de la France. — L'entente franco-améri<-ainc et la surveillance de la police. > — Le projet RévoiUWhilo (15 février). — La tactique décidée. — Les rapports de la légation d'Italie. — La réponse à M. de Radowitz (17 février) .
V. Suite des négociations Tatlenhach-Hegnaull. — Les deux thèses. — Le projet français sur" la imnque. — L'optiniisine au 17 février.
VI. La crise du 19. — Le refus du comte de Tattenbach. — Le refus do M. de Radowitz. — Introduction et exécution. — Les incertitudes du duc d'Almodovar. — Sa proposition pour la police. — Le bilan do cinq semaines. — La faillite du huis-clos.
Le vendredi 9 février, le correspondant de l'agence Wolff, à la saited*un entretien avec le comte de Tattenbach, envoyait à Berlin un télégramme qui paraissait le lendemain, samedi 10, dans tous les journaux allemands. Après avoir rappelé que l'article de M. de Lanessan avait d'abord permis d'espérer un accord, le correspondant constatait que cet article avait, au contraire, fourni à M. Révoil « l'occasion de modifier sa tactique ». Et ilajoutait :
Tandis qu'en efTet, conformément au désir exprimé par le délégué français, on avait cherché à arriver, avant d'aborder la question de la police, à une entente sur la question de la Banque d'Etat qui doit être créée au Maroc, et que des pouparlers étaient déjà engagés à cet effet.
iC8 LA <:ONFKIlKNr.E I) ALCKSIRAS
le représentant de la PYnnce a demandé, d'une façon tout à fait inattendue, à voir régler avant tout la question de la police. I^ conséquence ^ immédiate de ce changement d'attitude a été Tinterruption de la discussion sur la question de la banque qui suivait déjà un cours favorable.
Les premiers échanges de vue confidentiels concernant la question de la police ont aussitôt abouti à faire ressortir l'opposition des points de vuc/rAllemagne s'en tenant à un règlement inlernalional, tandis que la France désire le vote de disposilfons qui lui assureraient, même en dehors des districts de la frontière algérienne, une prépondéran c? < absolue pour l'exercice des pouvoirs de police dans tout le Maroc, mènc^^ au cas où pour éviter de paraître poursuivre un protectorat dégui^»* clic consentirait à ce que des pouvoirs analogues fussent accordés * l'Espagne dans quelques districts.
D'après l'attitude observée jusqu'ici par le délégué allemand, il &:=• à croire que celui-ci ne donnera son adhésion à aucun projet qui, ^ f ouvrant la porte à la tunisification de toute la côte marocaine, sanctionnerait les visées tendant à incorporer le Marot à l'Afrique française, visées qui ont donné lieu à la protestation derAIlemagnc et à la réunion de la conférence.
Lorsque le télégraphe renvoya à Algésiras le texte de celte dépêche, elle provoqua parmi les délégués une sorte de stupeur. Le récit qu'elle contenait des négociations des derniers Jours était en efiFel si manifestement contraire à la vérité ; la façon dont elle présentait les pourparlers oillcieux de .M. Kognaultet du comte de Tattenbacli dénaturait si complètement le caractère de ces pourparlers; l'altitude qu'elle prétait aux représentants de la France était si radicalement opposée à celle qu'ils n'avaient cessé de garder, que les plénipotentiaires des grandes puissances, informés, dès le début, d'une négociation dont ils avaient été les initiateurs et les garants, ne pouvaient admettre, surtout de la part de l'agence WolfT, une aussi grossière suite d'erreurs.
Dès le premier moment, c'est-à-dire dans la matinée du samedi iO, le marquis Visconli-Venosta et M. White s'en entretinrent avec M. Révoil. Leur émotion était naturelle. Car, on s'en souvient, c'est le délégué de rilaliequi, le premier, avait fait part à M. Révuil du désir de la délégation allemande de causer officieusement avec la délégation française ^ Et c'est de ces causeries olTicieuses que l'agence WolflT prenait occasion pour attaquer injustement la
\, Voir cl-<lossus, pa«<' 138.
»/ilique française. Comme le marquis Visconti-Vcnosta, M. W'hile vait que « le désir d*arriver à une entente sur la banque », 5 lé par la dépêche à M. Révoil, avait été exprimé non par , mais par M. de Uadowilz. Comme le marquis Viscontinosla, M. White savait que les représentants de la France .raient pas eu à « demander d'une façon tout à fait inattendue à m régler avant tout la question de la police y), puisque c'était de Radowitzqui, le premier, avaitaffirméson espoir de « trouver os Tétude couplée de la banque et de la police les éléments d'une -usaction^ ». Us savaient aussi, ayant assisté aux entretiens où 3L avait été convenu, que, pour passer, suivant Tordre indiqué Y M. de Radowitz, de la banque à la police, le représentant de France n'avait pas eu à « modifier son attitude », puisque les iix questions devaient être, à la demande du délégué allemand, aminées « ensemble ». Ils savaient que la seconde visite de . de Radowitz à M. Révoil, le samedi 3 février, visite consacrée à police, avait été toute spontanée ; que jamais, au cours de cette site ni depuis, M. de Radowitz n'avait cru, pu, ni paru croire que France songeât « h incorporer le Maroc à l'Afrique française et à nisifier toute sa côte ». Ils savaient enfin qu'à aucun moment la nversation, soit sur la banque soit sur la police, n'avait été, ni ine part ni de l'autre, considérée comme rompue ni môme comme errompue.
Du moins pouvait-on espérer que, contre cette altération de la pilé par une agence officieuse, la délégation allemande serait ssi prompte à protester que la délégation française, italienne américaine. Cette protestation, en enlevant à la dépêche WolfT ite importance, eût émoussé la pointe de ses attaques. Et reffet itant qu'elle devait produire, si le gouvernement impérial ou 5 représentants semblaient y être pour quelque chose, eût été, du ime coup, conjuré. Dans un dessein de conciliation et d'apaisemt, M. Mercadier, correspondant de l'agence Havas, alla, dans près midi du dimanche il, trouver le comte de Tattenbach. Il expliqua qu'à sa connaissance la dépêche WolfT dénaturait les ts : il le priait donc de la démentir. M. de Tattenbach s'y refusa. Mercadier lui demanda l'explication de ce refus. M. de Tattenbach
. Voir ci-dessus, page 138 et suivantes.
i:0 LV CONKKRENCK D ALGKSIRAS
se contenta de le maintenir. Et ce fui tout. Force était donc de se convaincre que la délégation allemande ne voulait ou ne pouvait pas désavouer l'agence Wolflf et qu'elle n'avait pas été étrangère à une manœuvre, dont il ne restait plus qu'à parer les conséquences, en la démasquant sans retard. Dès le lundi 12, le Temps, après une double enquête à Algésiras et à Paris, rétablissait la vérité* et. après un récit circonstancié des négociations Radowitz-Révoil et Tattenbach-Regnault, concluait :
La dépèche WolfT est non seulement tendancieuse, mais mensongère. Plusieurs plénipotentiaires à Algésiras savent de visu et audilu que les faits se sont passés comme nous venons de le dire. M. de Radowitz ne nous démentira pas.
Ce démenti, en effet, ne se produisit pas. M. de Radowitz, visiblement gêné, se plaignit à difTérents délégués et à des correspondants de la « violence » avec laquelle le Temps avait répondu à la dépêche WollT. Mais, à Pobjeclion que cette réponse était légitime, il ne répliqua rien. Et quand on le pressa davantage d'expliquer les fausses nouvelles de l'agence Woliï, il invoqua <x une erreur de transmission télégraphique* ». M. deTattenbach avait refusé de découvrir l agence. M. de Radowitz accusait le télé* graphe : ce sont nuances où se mesure la différence des tempéraments. En môme temps, la Gazette de V Allemagne du Nord, organe attitré de la chancellerie, qui, dès le lundi il, s était empressé de s'approprier la dépêche avec un zèle qu'elle réserve d'ordinaire au.\ documents dont la source officielle lui est connue %