Voir ci-dessus, pag«î
non seulement contraire à ses vues, mais plus inacceptable encore que celle qu'il avait écartée dans son entretien du 3 avec le délégué de TAllemagne? Puisqu'il était établi que les tentatives pour arriver à un accord direct avaient échoué, puisque Técart entre les deux thèses, au lieu de diminuer, s aggravait, il élait correct de saisir la conférence et de confier à ses membres le soin d'élaborer la transaction que les intéressés n'avaient pas réussi à formuler. M. de Radowitz pouvait, devait communiquer à M. Révoil les instructions qu'il venait de recevoir. Mais lui seul avait qualité pour faire cette communication.
Au lieu de déférer à ce conseil et d'aller voir M. Révoil, M. de Radowitz ne bougea point. A ceux de ses collègues qui s'en étonnaient, il répondit qu'à la réflexion il avait cru préférable de ne pas nous transmettre le texte qui lui était parvenu; qu'il avait de nouveau télégraphié à Berlin ; qu'il attendait une réponse et l'espérait plus favorable. M. de Radowitz, ce faisant, n'étaitil pas d'accord avec M. de Tattenbach? C'est possible, probable môme, car le lendemain 9, après un long entretien entre le second plénipotentiaire allemand et le correspondant de Tagence WolfT, celui-ci envoyait à Berlin la dépêche que l'on sait et qui coupait les ponts à des concessions ultérieures. Non seulement, par une incorrection fâcheuse, cette dépêche, en revenant à Algésiras, apprenait à la délégation française ce refus de l'Allemagne que M. de Radowitz s'était abstenu de lui notifier. Mais elle ajoutait à ce procédé regrettable une altération plus regrettable encore des faits les mieux établis. Pourquoi ces inexactitudes inutiles? On hésite à répondre à celte question. Peut-être, espérait-on « qu'il en resterait toujours quelque chose » et que celles des puissances qui n'avaient pas connu le détail des pourparlers engagés depuis le 26 janvier seraient impressionnées par ces affirmations péremptoires. Peut-être, croyait-on que ceux-là mômes qui pourraient démentir n'oseraient point le faire, et qu'ainsi, en cas de rupture, nous aurions la responsabilité de l'échec de la conférence. Peutêtre, cédait-on simplement au mouvement de mauvaise humeur provoqué par le refus de M. White et du marquis Visconli-Venosta de se faire les avocats du projet envoyé de Berlin ; ou encore M. de Tattenbach comptait-il ainsi devancer les instructions plus conciliantes que M. de Radowitz, après sa conversation du 8 avec
17* LA C<»NFKRKNCE l> ALGKSinAS
ses collègues italien et américain, avait dû demander à Berlin. Quoi qu'il en fùl, on prenait l'Europe à témoin du refus que Fou opposait à nos propositions en nous attribuant le mauvais rôle. Kt Ton s'engageait à fond dans la voie de l'intransigeance par la publicité incorrecte qu*on donnait à cette décision. Immédiatement, d'ailleurs, les manifestations irritées qui, du télégramme Wolff, se répercutaient dans toute la presse d'oulre-Rhin *, prouvalent que le gouvernement allemand, tournant le dos à la conciliation, allait reprendre contre nous une campagne de brutalité. Coniiantedans notre faiblesse, l'Allemagne ressuscitaillesroéthodes de 1905 et mettait en pratique l'axiome, alors vérifié ànosdépens, qu'en menaçant la France, on la tient, — et qu'elle marche.
HI
Il faut rendre à M. de Radowitz cette justice que, pendant ces Journées dont chacune ajoutait quelque chose à l'antinomie des thèses en présence, son attitude personnelle fut conciliante : conciliation de surface, il est vrai, et qui ne changeait rien au fond du débat, mais qui, du moins, avait le mérite de n'en pas aggraver l'aprelé. Lorsque, le mardi 13 févier, il vint, en s'excusant d'avoir tant tardé, apporter à son collègue la réponse qu'il lui avait annoncée dix Jours plus tôt, ce fut en prolestant de son désir
i. Toute la pivsse allemande eniboUe à ce moinont le pas à rAgcnce Woliï. La Gazette île l'Allemagne du yord écril : « D'après des dépôches des journaux berlinois, le Temps public un nouvel article provocateur contre TatUtudc dorAllemagne dans la «fuestion de la police. Les injures ne sont pas des arguments. Plus le rédacteur du « Bulletin i> du Temps s'emportera dans une colère injusliliée. plus rAUomaj^ne enregistrera froidement ces reproches, se bornant à regretter le cas où l'entente à la conférence devrait en ôtr© rendue plus diflicile. Les représentants français el allemands ont la mission de n-cbercber cette entente à Alf^ésiras et étaient entrés en pourparlers confidentiels sur les questions de la banque et de la police. Qui a pris la première initiative dos pourparlers et qui a exprimé à, l'un ou à l'autre un désir sur l'ordre de discussion? C'est véritablement une chose d'importance secondaire, Nous croyons qu'en France aussi, peu de gens prendront goût aux invectives d'un publiciste trop zélé. Ces apostrophes, dans tous les cas, ne sont pas empreintes d'un esprit pacilique et conciliateur. Elles ne contiennent rien de neuf. Quanil on piétine dans de l'ordure, elle s'étale, mais no se fortifle pas {Getretener Quarfc wird breit nicht stark) ». Le Berliner Tageblatl déclare que i'Allemagn»' sera « intraitable sur la question de la police ». Le LoM^Anzeiger dit : « La conférence est en danger. » (Voir les extraits dans le Temps des ii). 16, 17, 18 février 1906.)
d^en tente, en afllrmaDt la possibilité de continuer la discussion, en corrigeant enfin, par un optimisme affecté, ce que les offres allemandes avaient d'inacceptable.
La note que M. de Radowitz avait ordre de remettre à M. Révoil était conçue comme il suit :
Il serait à propos que la conférence demandât au Sultan de se
charger de rorganisation de la police. Il aurait le devoir d'entretenir
dans des places déterminées une troupe de police, laquelle serait
formée et commandée par des officiers étrangers choisis librement par
le Sultan. Les fonds nécessaires pour l'entretien de la troupe seraient
mis à la disposition du Sultan par la nouvelle Banque d'État. Le corps
diplomatique à Tanger aurait à exercer le contrôle de l'exécution de
cette organisation. Un officier supérieur étranger appartenant à Tune
des puissances secondaires pourrait être chargé de 1 inspection et en
rendre compte au corps diplomatique à Tanger. Toute cette institution
serait faite, à titre d'essai, pour une durée de trois à cinq années .
L'Allemagne, par conséquent, n'avait pas fait un pas. Nous lui avions marqué nos intentions modérées en passant du mandat unique au mandat franco-espagnol, indiqué par M. Révoil comme une concession éventuellement acceptable. Cette concessionn'élait pas payée de retour*. Pour sauvegarder la « souveraineté du Sultan elTégalité des puissances », il fallait, disait-elle, d'une part que le sultan lui-même fût chargé de la police, d'autre part que les instructeurs étrangers de cette police fussent librement choisis par lui. Le projet communiqué le 8 à M. White el au marquis Visconti-Venosta était donc modifié sur ce point, il l'était aussi en ce sens que le rôle de l'Europe, limité d'abord à déterminer les villes où le Sultan serait tenu d'entretenir un corps de police, recevait une extension nouvelle. Les puissances, d'après la note du 13, devaient « contrôler » le fonctionnement de la police. .V cet effet un officier supérieur choisi dans l'armée d'un État secondaire serait chargé de l'inspection et rendrait compte de sa mission au corps
1. Cependant la Gazettede Cologne, dans une note oflicieuse, n'avait pas paru écarter absolument cette solution. Klle avait dit : « Si une telle proposition était faite, elle aurait besoin d'Ctre soumise à un examen très sérieux et très prudent, car elle n'excluerait pas a priori Tappréhension qu'une domination commune de la France et de l'Espagne sur la police ne dégénérât de fait en une domination sinon exclusive, du moins prépondérante de la France. » Voir le Temps, 42 février 4006.)
i:0 I.\ ïlONKKHKNllK I> AUiKSIILVS
diplomatuiuc à Tun^n^. M. de Kadowitz ajoutait que c*ctait là un cadre pénrral dont les principes devaient être sauvegardés, mais qui, dans le diHail el dans la forme, pouvait ôtre amendé ou modifié. Il faisait valoir le (caractère logique de la combinaison, le respect qu^elle témoignait de la souveraineté du Sultan en conGaot à Abd-el-Aziz lui-^mc^mo la réorganisation de la police, au lieu de donner à telle ou telle puissance le mandat d'y procéder. 11 souhaitait que, sur ces bases, on parvint enfin à s'accorder.
Le projet qu'il nous recommandait et que son gouvernement avait mis près de deux semaines à élaborer était pour nous une vieille connaissance, car il reproduisait dans ses grandes lignes, avec rinspection en plus, un de ceux que M. de Slernburg avait suggérés ù M. Rool *, celui que M. de Lanessan avait exposé dans le Siècle et qui avait reçu à ce moment Tapprobalion de M. Schiemann el de M. de Uadowilz lui-môme-. Nos objections à ce revenant demeuraient donc identiques. Nous ne pouvions admettre ni que Ton annulAt Tintérét spécial de la France qu'on avait promis de respecter; ni que Ton créât à nos portes une organisation internationale où la « liberté » du Sultan servirait d'instrument à des intrigues européennes aussi menaçantes pour notre paix algérienne que pour notre sécurité continentale. Au surplus, ces instructeurs, venus on ne savait d'où, n'apporteraient à leur tâche aucune garantie de compétence et les inévitables rivalités nationales, qui les opposeraient les uns aux autres, frapperaient de stérilité les efforts mêmes qu'ils tenteraient pour accomplir œuvre utile. N'était-îl pas curieux d'ailleurs que, dans le même temps où l'Allemagne abandonnait l'organisation de la police par secteurs et par mandat international pour mieux sauvegarder, disait-elle, la souveraineté (lAbd-el-Aziz, elle portât â cette souveraineté une atteinte directe en plaçant â la tête de la police un oflicier étranger qui, au lieu d'être responsable devant le Sultan, rendrait ses comptes au corps diplomatique à Tanger? il y avait là une contradiction qui montrait, une fois de plus, combien lésa principes» invoqués par TAUemagne étaient incertains et flottants^