Voir ci-dessous, pages 203 à
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sortir, — que de nous éclairer sur le péril et de redoubler noire vigilance *.
De la dépêche Wolff aux événements du 19 février, la continuité de la politique allemande était absolue. Escomptant notre faiblesse, elle répondait à nos concessions, — police franco-espagnole, acceptation éventuelle d'une surveillance, — par le main* lien de ses prétentions. Et à cette conférence-, où, suivant le prince de Bulow, il ne devait y avoir ni vainqueurs ni vaincus, rlle entendait nous imposer le sacrifice de nos droits les plus précis et de nos intérêts les plus essentiels. Dans ces conditions, n'avions-nous pas été mal inspirés de poursuivre aussi longtemps les conversations particulières avec ses représentants ? Et n*cùt-il pas été plus expédient de porter plus tôt le débat devant TEurope assemblée et de solliciter son verdict? A Paris, Topinion penchait en ce sens-'. AAlgésiras, nos délégués estimaient que nous n*avions rien à regretter^. D'une part, cette longue période d'attente nous avait permis de dissiper dans l'esprit des tiers bien des préjugés
1. Cetto proposition ospagnolo fut coiuinniit(|uéû lo surlendemain à M. Rouvi<T par M. lie Lfon y Castillo. a iiihussadour d'Espagne.
:2. Voir lo Temptt (hï ITféviior.
'^. M. Josopli (ialli«'r, rono^pomlanl du TempSy exposait on ces termes, le il tV'vrter, los raison-; iiui avaÏL'nt dchTininé M. Rctvoil à ne pas bmsquer les
« II no sorail pas juste di^ soulonir «luo les eonvorsalions d'Algésiras ont clé inutiles à la France, il serait de nn'nie inexact de pi-étendrc que les dûlégué.s si> >«int plaints du dia]o<?ue franco-allemand. Voici en effet Lt nJsuKat de reinjurte que j'ai faite à in? sujet.
» Los conversations pivparatoiius sont de tradition dans les conférences. On a toujours vu les nali«.»n< priiK-ipal(Mnont intéressées essayer de s'entendre, afin de faeilitr'r la tàch»^ îles séances oflieielles : on choisit les points litigieux les plus importants qu'on selforee di» réjjrler.
» Cette fois, à Algésiras. il n'y avait en réalité que deux puissances en désaccord. Hien de plus naturel qu'ellirs aient utilisé le temps que leur laissait l'examen d«'S queslion.-; secondaires pour préparer le terrain aux discussions essonli.'lles. Sans doute, wn «-onversalions devaient l'ester confidentielles et privées, mais pour le public seulement. ICn réalité, les délégués ont pu les suivrt' : un les tenait au courant <.*t ils n'étaient pas sans influence sur la marche do ces échan«j;es de vues.
» Les deux inlerlocutuurs n'ont pas c<;ssé d'ètro devant la conférence. Loin «If se plaindre, les délégués ont parfaitement compris l'utilité de ces pour> jKîilers tjui, dans leur pensée, devaient aider au succès de la conférence. L'Allt-magno et la France ne ^e sont pas mises a l'écart pour entretenir une conversation mystérieuse : la preuve, c'est (|ue MM. Rcvoil et Regnault ont vu plus souvent les autres délégués .[uo les délégués allemands.
» Cette fa«;on de causer n'a pas eu pour elR-t de retarder la conférence ou do ralentir ses travaux. Il eon vient de rappeler que la conférence do Madrid,
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que l'Allemagne y avait éveillés et entrelenus*. D'autre part, à vouloir brusquer les choses et nous hùler vers un vote, nous aurions risqué de méconlenler ceux des plénipotentiaires, — et c'était la majorité, — qui craignaient par-dessus tout d'avoir à se prononcer publiquement entre nos adversaires et nous. L'Europe, considérée comme personne morale, n'a pas de tempérament. Elle a peur des coups et des difficultés. Et les responsabilités mêmes lui sont désagréables. Sans doute, nous étions sûrs d'être soutenus jusqu'au bout par l'Angleterre, la Russie, le Portugal et, en dépit des faiblesses récentes de ses représentants, par l'Espagne-. Mais les autres délégués ne dissimulaient pas leur désir d'éviter le iscrulin. Et quand ils conseillaient l'entente préalable, ils ne faisaient que traduire en une forme honnête les conseils de leur timidité. Le marquis Visconti-Venosla, lui-même, quand on le pressait, avouait que, si l'on volait, il craignait d'être obligé de s'abstenir. Et l'Italie cependant avait avec nous des engagements ! Que
4(ut avait une seule question à résoudre, a pris quaranle-six jours. A Alg«>&ira8, on a abordé et résolu déjù plusieurs problèmes difliciles et nous n'en sommes l>as encore à la septième semaine.
» Enfin cette méthode do travail a permis do mettre au point certaines opinions erronées à notre sujet. En effet, la diplomatie allemande par une série savante de manœuvres habiles avait voulu convaincre l'Europe que nos demandes lésaient les intérêts généraux et avait essayé de prendre, au nom ilv la justice, le prétendu mandat européen qu'elle nous accusait d'avoir usurpé en vue do servir nos desseins particuliers.
« Les pourparlers d'Algésiras ont coupé court à ces manœuvres et ruiné n*s espérances. Les préventions à notre égard, si elles existaient et là où elles existaient, sont tombées. Les puissances représentées ici savent ce ijuil faut penser des légendes créées par l'Allemagne. Elles ne voient pas, d'autre part, que celle-ci ait jusqu'ici parlé au nom des intérêts de l'Europe. Elles conslalent qu'elle a une singulière fat;on de soigner ces intérêts.
D 11 n'est personne qui ne soit convaincu, à cette heure, par la netteté de notre attitude et de notre langage, de la droiture et de la loyauté de nos inlenlions. Nous avons gagné les sympathies les plus précieuses, à ce point que, si l'Allemagne manifestait enfin un désir véritable de conciliation en faisant droit à nos justes etlcgitiraes demandes, il y aurait en Europe un sentiment de soulagement et de satisfaction. »
i. C'est ainsi notamment que l'argument, si souvent employé, de la « porto ouverte », avait pQfdu son efficacité.
2. A ce moment, à Tanger, l'Espagne dans une affaire d'importance secondaire nous mai'quait sa bonne volonté. 11 s'agissait du renouvellement dos douze membres élus de la commission d'hy»:iène qui est, à Tanger, une soite de conseil municipal à pouvoirs limités. En 1905, celte élection avait été toute à l'avantage de la colonie espagnole et nettemi*nt anti-fran(;aisc. En février 190G, les ministres de France et d'Espagne s'entendirent sur l'établissement des listes et le résultat fut : Espagnols 4: Franeais 3; Anglais 2 ; Italien!; Allemand 1; Américain 1.
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dire (les pays qui n'en avaient poinl? Les Étals Unis nous aideraient aciivement, nous le savions et l'avions éprouvé déjà. Mais Taction de M. Wliitc, d'autant plus efficace qu'elle était motos publique, pourrait-elle aller jusqu'à prendre en séance notre parliî Ses instructions et les nécessités de la politique américaÎDe ne nous permettaient guère de Tespérer. De la Belgique, de la Suède, de la Hollande, il fallait prévoir l'abstention; du Maroc et de l'Antriche, Thostilité. Cela nous donnait cinq ou six voix au maximum. Et, certes, c'était quelque chose, si nous devions en On de compl: nous contenter d'un résultat moral. Mais ce n'était pas assez pou? renoncer dès l'abord aux chances éventuelles d'accord qu'offraient les pourparlers directs dont nous venions, après coup, de constater 1 échec. QÉoi qu'il en fût, nous n'avions plus le choix. D'ailleurs les débats économiques étant presque complètement épuisés, force était de passer aux autres articles du programme. Il fallait désormais aller devant la conférence et la saisir de nos propositions, — mais non sans avoir d'abord riposté dans les capitales aux menées de la diplomatie allemande. Ces menées, plus intenses chaque jour, nous imposaient, avant le débat public, une défensive vigoureuse.
'• L'obstt'uclion allemande. — Los trois démarches du comte d'Ostcnîîacken.— Les trois refus du prince de Bûlow {10-i9 févrior).— M. «le Sclurn ^t le comte Lamsdorf. — Le prince de Reuss et M. Crozicr.
*'• L'intrigue allemande. — Les accusations de M. de Schœn. — L'ne Icttie (le Guillaume II au Tsar (11 février). — Le ministère Sonnino et l*insistan«v du pomte de Monts. — Le recours au marquis Visconti-Venosta. — Les loenaces de M. do Slumm. — Alphonse XIII et Guillaume II. — Une dépt^chc (le l'Empereur. — Le prince de Radolin au quoi d'Orsay (14 et 13 février). — Le prince de Diilow et le comte Goluchowski.
lu. la résistance française. — La réfutation des griefs allomands. — Le marquis de Reverseaux et le comte Goluchowski. — Les conseils autrichiens.
— Les avis du comte Lamsdorf. — L'action de M. Barrèro et do M. Egerlon sur le gouvernement italien. — M. Jules Camhon et M. More t. — Les insfrucllons d'Alphonse XIII (iO-20 février).
IV. L'affaire de Mar-Chica. — La défiance espagnole. — La première croisière (lu Lalande. — L'intervention du Ti/riti.— L'incident du Zénith (15 février).
— L'émotion de M. Moret. — Une étrange démarche du prince de Radolin.
V. Léchée des négociations directes. — Le pessimisme. — Les rcsponsahilitéd de l'Allemagne. — La France et la conférence. — Le débat nécessaire.
La dépêche Wolff nous avait apporté, la première, la nouvelle du refus par l'Allemagne de nos propositions. Mais M. de Radowitz, dans sa communication du 13 février, ne fut pas devancé que par elle. De toutes parts, enelTcl, s'affirmaitTintransigeance allemande.
Le comte d'Osten-Sacken, ambassadeur de Russie à Berlin, fut le premier à en être informé. C'est un vieux diplomate que M. d'Osten-Sacken. De sympathies, il est Allemand. Mais, fonctionnaire correct et scrupuleux, il accomplit avec ponctualité les missions qui lui sont confiées. En Tespèce, il ne portait guère intérêt aux revendications françaises ; peut-être ne les connaissait-il qu'imparfaitement et discernait-il mal la gravité du problème Tardieu. i3
Vn LA CONFKnENCK D ALGKSIRAS
marocain pour TAlgérie et pour la France. Il suffisait cependant qu il re(;ût l'ordre de soutenir ces revendications pour qu'il le fit en toute loyauté. Suivant les instructions du comte Lamsdorf, il demanda une audience au prince de Bulow. Le 10 février, il lui lut le télégramme du comte Cassini ^ exposant et recommandanl la solution franco-espagnole ; il appuya cette solution. A cesargu.ments sérieux, le chancelier répondit par un syllogisme en forme de pirouette.
— Nous écartons absolument, dit-il, la possibilité de confier le mandat de police à la Fronce seule. Or le donner à la France et» à TEspagne, c'est comme si on le donnait à la France. Nousrepoixs* sons donc la combinaison franco-espagnole.
Suivait l'argumentation connue et maintes fois déjà réfaté& • Les puissances chargées de la police pourraient à leur gré refermer la (( porte ouverte )> ; aussi bien, M. Rouvier avait promis au D'Rosen de ne pas solliciter le mandat général^. Par conséquent^ une seule solution était acceptable, — celle que M. de Radowitz avait reçu Tordr» de proposer à M. Révoil : la police par le Sultan avec instructeurs librement recrutés par lui sous le contrôle du corps diplomatique , (M siirvoil lance d'un inspecteur. A défaut de quoi, on pourrait adopter la division par secteurs; ou encore rester dans le statu quo. Malgré ce que celte réponse avait de décourageant, M. d'Osten- Sacken, obéissant avec zèle aux instructions du comte Lamsdorf, revint à la charge. Quelques jours après, au cours d'une soirée (>riici('Ilo, il insista sur l'importance que le gouvernement russe alliicliail à sa récente démiurhe. Le prince de Biilow lui répliqua par uu no7i possumus catégorique. La France, cependant, donnant spontanément satisfaction à une suggestion du comte Lamsdorf, venait de faire un pas de plus vers TAllemagne en déclarant à Algésiras. le 17 février, que, si la police franco-espagnole était acceptée, elle ne refuserait pas d'envisager les garanties dont pourrait être entouré le fonctionnement de cette police'. De nouveau, lambassadeur de Russie, informé de cette concession, recul l'ordre de se rendre chez le chancelier, de lui signaler que,
1. 1.0 iMomior cnlrclicii uiit lieu le 9 ou le 10 février. Je n*ai pu savoir exac-
Iviui'iil IC'iuol di.* CCS dou\ jours.