Voici la déclaration de M. Révoil
'c Le crédit du Maroc a été fondé par le marché français. Le Snltan, 4]nns le libri^ exercice de sa souveraineté, a contracté un emprunt dans des 4'ofidilions déterminées. Ce contrat appartient à un groupe" français. Onu «■et emprunt, il a été établi des droits déterminés de préférence qui, sans constituer un privilège, sont un instrument excellent de crédit. Il est sage, il est normal que le passé soit absorbé par le présent. 81 la banque n*a pas sinaie et sans conteste le droit de préférence qui appartient ai;^urd*lMi an <*onsortiun), elle ne pourra pas rendre au Maroc les services qu'on attend et i^lle rest<;rait exposée à de perpétuels litiges... Le projet frànçaia n*a pas voulu baser la i-éparlition du capital sur la situation comnMrcilîle et économique H'sprctive des diverses puissances au Maroc. Il vise seulement à sauvi'garcler les intérêts frani;ais délenninés par le Sulian dant le libre excrcicp ji> sa souveraineté. Les droite du consortium ne sont pas seulement nn
i LR DÉBAT SIR LA BANNIE 239
(comte de Taltenbach répondit que c*était exagérée On piétinait donc sur place. Et à moins de convier les délégués à jouer \ le r6\e d'arbitre, aucune solution pratique n'apparaissait à l'horizon.
Or, si les intéressés ne songeaient ni Tun ni Tautre à adresser cet appel à la conférence, la conférence était moins disposée encore à y répondre, si d'aventure on le lui eût adressé. Sans un geste d'intervention, elle laissait imperturbablement accoler à chaque article litigieux l'étiquette « réservé », qui dénonçait la faillite de ses travaux. Et elle continuait à faire des vœux pour que la fortune des négociations directes éloignât d'elle la coupe des responsabilités. Avec sa haute autorité, le marquis Visconli-Venosta traduisit éloquemmcnt l'embarras de ses collègues : « Je ne méconnais point, dit-il la gravité des questions concernant la banque qui n'ont pas encore été résolues. Mais j'estime que ces diflicultés ne sont pas au-dessus de notre bonne volonté. Je crois que leur importance n'égale pas les grands et légitimes intérêts qui attendent des délibérations de la conférence un gage de confiance et de sécurité internationales^. » C'étaient là de nobles sentiments exprimés en un beau langage. Mais la situation n'en était pas plus facile. Chaque minute qui passait aggravait pour la délégation française les risques de chaque initiative. L'Allemagne, depuis le 16 janvier, n'avait rien cédé sur rien. Par contre, la franchise et la modération de nos demandes initiales restreignaient pour nous le champ des négociations et nous faisaient bien étroite la marge des transactions possibles. Fallait-il arrêter le débat sur la banque, — il se trouvait d'ailleurs interrompu de lui-même, puisque dix de ses articles étaient « réservés » pour une élude ultérieure, — et porter devant la conférence la question de la
inlérôt privé qna la Banr|ue d'Etal doit ricessaireinont absorber et conipenàt^r; ils représentent, en «ioliois de leur valeur propre, l'rxpression résufin3j\ la ^éali^ation concrète do la situation de i)reniier ordre «lUC la France occu])»' au Maroc sur le terrain éeononiiiiuu, et qu'on peut synthétiser dans les pmporiions suivantes : sans compter 30 à 41) p. 100 du coniineroe, ')2 p. 100 do la dette publique et 80 p. 100 des alfainîs de bancpie. La porte ouverte, e«': t la livre concurrence; ce n'est pas le nivellement de» droits acquis, o (Voir Protocole», page 158.)
i. Sur les arguments par lesquels M. de Tattenbath justiliait ses prétentions, voir ci-dessus, page 228.
i. Voir Protocoles, page 119.
police? Fallail-il, au contraire, aboutir d'abord à un accord sur la banque pour que, si Ton ne s'entendait point sur la police, la conférence eût accompli néanmoins œuvre utile et qui se suffît à elle-même? A ces questions, nous ne pouvions répondre qu'en tenant compte des dispositions rencontrées par nos représentants àAlgésiras et dans les chancelleries, De ces dispositions dépendraient notre attitude. Cette môme séance du 3 mars, où ron venait de constater, pendant deux longues heures, Timpossibilité de s'accorder, allait être marquée, à son terme, par l'offensive résolue à laquelle, après examen, nous devions nous déterminer.
I. La mission du baron de Courcel. — L'histoire d'une audience. — Le silence de rEraporour. — Les olTres du prince de Bûlow. — Leur caractère inacceptable. — Une légende naissante. — Le démenti français (17-21 février).
II. Guillaume II et la Russie. — Une lettre du comte Witte à Guillaume IL — La réponse de Guillaume IL — Ses propositions. — L'étonnemcnt du Tsar. — Une déclaration do Nicolas IL — Un article de a l'Etat russo » (20 fcvrior- 2 mars).
III. Guillaume II et M. Roosevelt. — La première dépêche de M. Roosevelt. — Le premier refus de Guillaume II. — La seconde dépr^chedc M. Roosevelt. — Le second i-cfus do Guillaume IL — Un conseil des ministres à Washington.
— Les instructions de M. White (17 février-2 mars).
IV. L'Italie et VEsparjne. — L'état d'esprit de M. Sonnlno. — L'activité do MM. Barrèrc et Egerton. — Les a confidents »du marquis Visconti-Vonosta.
— Les idées de M. Moret. —Les instructions du duc d'Almodovar. — M. de Stumni, l'Empereur et le chancelier (22 février-!»' mars).
V. Les puissances tierces. — Notre politique à leur égard. — Belgique, Pays- Bas, Suède. — L'Autriche et ses ennuis. — Un mot de François-Joseph. — L'activité transactionnelle du comte Goluchowaki (22 février-1" mars).
VI. Le bilan européen au 3 mars, — Le vole nécessaire. — Banque et Police.
— La nervosité de l'opinion française. — Les attaques de M. Jaurès. — La violence des journaux allemands. — Les instructions de M. Révoil (25 lévrier).
— Vers le scrutin.
Lorsque la désignation du baron de Courcel, ancien ambassadeur de France à Berlin et à Londres, comme représentant de la France aux obsèques du roi Christian IX de Danemark, devint publique, une partie de la presse, notamment en Allemagne, exprima l'opinion que la rencontre de Guillaume II et de ce diplomate éminent ne serait pas sans influence sur les délibérations d'AIgésii^as. Combien de fois n'avait-on pas dit que TEmpereur était conciliant; que les bureaux seuls étaient responsables de la longue intransigeance allemande IPeut-ôtre Guillaume II profite-
Tardieu. 16
242 LA CONFÉRENCE d'aLC.ÉSIRAS
rait-il de celte occasion pour prendre la direclion personnelle de TalTaire et la hûter vers sa solution. Quoi qu'il en fût, ce n'était pas au gouvernement français à provoquer cette initiative, moins encore à la solliciter. Si l'Empereur voulait proposer à M. de Courcel une solution du débat marocain, M. de Courcel écouterait et répéterait les paroles impériales : il ne pouvait faire davantage et, en renvoyant à Copenhague remplir un devoir de courtoisie, M. Rouvier n'avait pas songé à substituer soa action à celle de la conférence.
II ne semblait pas, d'ailleurs, que Guillaume II eût le désir d'aborder avec notre ambassadeur extraordinaireMeprcAlôme marocain. Par l'intermédiaire du prince de Radolin et de M. Crozier, le baron de Courcel, comme c'était son devoir, avait sollicité une audience de l'Empereur d'Allemagne. Or celte audieace spéciale avak été refusée ^ Et le prince de Reuss, secrétaire de la légation allemande en Danemark, avait ajouté, sans nécessité, k la raifioa matérielle qui expliquait ce refus, — à savoir la brièveté dti séjour à Copenhague de son soaverain, — ua motif d'ordre poUtiqua tiré du ton de la presse française. Le 17 février, TBoipereiir arrivait à Copenhague à bord du cuirassé Preussân. Le soirmème» un dtner réunissait au château les princes et princessea venus pour les obsèques et les ambassadeurs extraordinaires d'Angleterre et de France. A son entrée, Guillaume II répondait au saint du baron de Courcel par des paroles de bienvenue. Biais, le dfaer fini, il laissait échapper Toccasion d'un entretien. Le lendemain, dimanche 18 février, était consacré aux funérailles. Pendant le trajet de Copenhague à la cathédrale de Roskilde, l'Empereur, modifiant la décision que le prince de Reuss avait notifiée, deux jours plus tôt à M. Crozier, faisait savoir à notre ministre qu'il recevrait l'ambassadeur extraordinaire de France, à bord du Preussen, avant son départ. C'était une attention obligeante, — encore soulignée par le ton cordial de l'entretien qui eut lieu à quatre heures du soir. Mais, de politique, pas un moi. En quittant M. de Courcel, dont il savait le projet de rentrer à Paris par Berlin^ l'Empereur lui dit : « Au revoir, à Berlin ! » sans que d'ailleurs, à Berlin plus qu'à Copenhague, il dût, on le verra,, canser^avec Loi
i. Voir ci-cU?ssus» page 196.
LA. SEMAINB DES CHEFS d'ÉTAT 243
du Maroc. U ajouta quelques mots gracieux à l'adresse de M. Bouvier, dont le chef de cabinet, M. Dœschner, accompagnait le baron de Gourcel. Puis, l'ambassade française ayant pris congé, le cui* rassé impérial quitta les eaux danoises.
A Berlin, M. de Gourcel avait conservé trop de relations pour n'être pas forcément amené à aborder le sujet du jour. Le soir même de son arrivée, c'est-à-dire le mardi 20 février, il rencontrait dans un dîner offert par M. Bihourd, ambassadeur de France, le cbancelier de TEmpire. Le lendemain, il se rendait & un bal de cour. Et, le même jour, il avait une longue conversation avec le prince de Bulow. Si T Empereur avait gardé et devait jusqu'au bout garder uue absolue réserve, il n'en fut pas de même du chancelier. Avec la gracieuseté séduisante et Toptimisme communica^f qu'il sait témoigner à ceux, qu'il veut convaiucve, il redit au baron de Gourcel ces choses aioiables et vagues que plusieurs de nos compatriotes avaient entcnduesdéjà. Qu'était-ce que cette affaire marocaine au regard de la q^uestioo, essentielle pour le repos de Tliurope, des relations franco-allemandes?' II fallait s'entendre. Et on le pouvait, si on le voulait. La conférence piétinait et coupait les cheveux en quatre. Pourquoi ne pas lui apporter une solution toute faite, établie de bonne amitié, sans souci dea discussions précédentes? L'Allemagne ne demandait, ensomme,qu*à sauvegarder sa dignité. Et le pcince de Bulow concluait en substance :
— Vous réclamez une situation privilégiée : je vous l'accorde. Choisissez un port à votre convenance. Mettez-y des officiers français, il» y seront seuls maîtres de la police. Pour les sept autres ports, convenons d'une police internationale, recrutant ses instructeurs dans les différents pays, sans en excepter rAllemagnc et la France. Ainsi, dans chacun de ces sept ports, il y aura des officiers de nationalités différentes : et la France sera seule à. avoir son port à elle. Je n'on demanderais un pour l'Allemagne que si une autre puissance faisait la même demande. Bien entendu, tout cela serait provisoire et l'avenir serait réservé. Pour la banque, vous voulez aussi être avantagés. Bien qu'en principe je sois pourTégalité des parts,, je ne m'y refuse pas. Mais gardons cela pour un arrangement ultérieur. Laissons d'abord finir la conférence : nous nous enten(ft*ons après.
Et le chancelier, en faisant valoir l'importance de cette « conces-
244 LA CONFKRKNCE D AUJKSIRAS
sion », affirmait haulcmenl qu'il n'en ferait plus d'autres et que c'tUait son dernier mot.
Ce « dernier mot » était le plus invraisemblable qui se pût concevoir. Et, pour nous inviter à y souscrire, il fallait ou que TAllemagne n'eût rien compris à notre politique ou qu'elle nous crût résignés à toutes les abdications. Depuis le débutdela conférence, la France, appuyée sur ses accords avec l'Angleterre et l'Espagne, n'avait cessé d'affirmer deux principes, l'un négatif, l'autre positif. Le premier, c'est qu'elle n'admettrait jamais que, sous prétexte de police, on instituât aux portes de l'Algérie une organisation internationale, susceptible et de préparer un démembrement de l'empire chérifien et de troubler la sécurité de nos possessions. Le second, c'est que, pour organiser cette police, deux puissances seulement étaient qualifiées par leur situation et par leur histoire, par leurs ressources et par leurs intérêts, la France et l'Espagne*. Or, que nous offrait le prince de Bulow? De prendre le contrepied de ces deux affirmations^ de reconnaître à toutes les puissances les mêmes capacités et les mêmes droits qu'à TEspagne et à nous-mêmes, d'accepter Tin ternationalisation de la police dans la forme la plus inquiétante, puisque la porte seraitouverle même à des otficiers allemands. Et dans quelles conditions se produisait celte offre? Alorsquetousnos amis, forlsde notre parole, s'étaient compromis à Algésiras et à Berlin pour la solution franco-espagnole que nous avions indiquée comme le terme de nos concessions-. Ce qu'on nous demandait, c'était de déchirer de nos propres mains les accords de 1904 avec l'Angleterre et avec l'Espagne. L'Angleterre, en se désintéressant du Maroc à notre profit, n'avait assurément pas songé que nous pussions rétrocéder à FAUemagne une part de ce qu'elle nous livrait. Et TEspagne, que nous adjurions depuis six semaines de s'en tenir strictement à la lettre de ses arrangements avec nous, aurait le droit de s'étonner que nous en fissions si bon marché. Sans doute, elle réclamerait un port pour elle seule. Mais alors, on nous en prévenait, l'Allemagne en voulait un dans les mêmes conditions : autant dire qu'on partageait le Maroc en y installant l'Allemagne, — folie criminelle que
1. Et l'AIlornagno, en ce qui nous conccrno. avait, rappelons-le, dans l'accord iu 8 juillet 1905, reconnu cet intérêt spécial.