‹ La conférence d'AlgésirasChapitre 146 sur 357 · I. Voir ci-rlossus, pape · texte numérisé non relu

I. Voir ci-rlossus, pape

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serverait son concours efficace et resterait dans la coulisse le défenseur utile de nos propositions ^

A Rome, sans craindre une infidélité posilive, M. Barrère discernait des nuances inquiétantes dans Tappréciation que portaient les membres du gouvernement sur les accords franco-italiens. Les sympathies nous étaient acquises. Mais on différait dans Tévalualion des possibilités. L'Allemagne, surtout après les pressions des dernières semaines, était mal vue de tous. Et c'est avec satisfaction qu'on aurait assisté sans danger à 1 échec de sa politique. Mais de là à participer à notre résistance, il y avait un pas. On peut, entre alliés, se suspecter. Mais se combattre ? A cette question, quelques francophiles résolus, M. Luzzatti par exemple ^ répondaient en invoquant les obligations des arrangements avec la France et le silence de la Triple-Alliance sur les questions méditerranéennes. Il s'en fallait toutefois que cette vue simple et hardie fût celle de tous les ministres. Le comte Guicciardini,

i . Les inslruclions on ce sens furent envoyée^ le 2 mars à M. White. La presse américaine» à l'exception des journaux allemands des États-Unis, était favorable à la France. (Voir le Temps, 23 février 1906.) L'EveningPosl disait que « si rAllemaf][ne continuait à refuser, malgré les conseils des puissances désintéressées, les propositions faites par la France, elle se trouverait seule de son avis, et qu'on tout cas sa contre-proposition de conlîerla police du Maroc h de petits pays n'y ayant aucun intérêt devait être considérée comme une simple manœuvre d'obstruction ». Le (f'/o6e écrivait : « L'Kmpereur d'Allemagne, en adoptant dès le commencement une attitude intransigeante, a mis la France, qui est une nation flère, dans une telle position qu'il serait difficile à ce pays de reculer. Néanmoins» si la conférence n'aboutit pas, son insuccès, bien que tendant à aggraver la situation, n'est pas denatui*eà constituer un ca«i/« 6e/2t. » Le iVeu?- York Times disait dans un assez long article sur la question marocaine : a L'insuccès de la conférence laisserait l'Allemagne dans une position très difficile, et nous ne croyons pas que ce soit là ce que Guillaume îl désire* Elle laisserait, d«} plus, les clioscs dans un état pire qu'elles n'étaient auparavant. C'est rAllemagnc qui a délibéréiiienl fait du la question marocaine une question internationale, et si, par suite de son attitude, la conférence actuelle échouait, sa responsabilité en serait gravement augmentée. L'étal de choses est tel au Maroc que de graves désordres peuvent y éclater à tout moment; or, la Franco est la seule puissance cpii, par sa situation, puisse prendre dos mesures promptes et eflicaces si une telle éventualité se produisait. »

2. M. Luzzatti désirait qu'une solution favorable de la conférence rondtt possible la conversion de la rente italienne.

ministre des Affaires étrangères, ne contredisait pas les ambassadeurs de France et d'Angleterre, quand ils venaient lui rappeler les promesses souscrites et les devoirs acceptés. Souvent môme, il en reconnaissait toute la portée. Mais le baron Sonnino, plus subtil et plus discuteur, appliquait à ce cas de conscience internationale les ressources d'un esprit qui joint à la ténacité sémitique toute la souplesse italienne'.

— Désintéressement mutuel, disait-il, qu'est-ce que cela veut dire? Que nous ne nous gênerons pas les uns les autres; que nous assisterons avec sympathie à nos progrès respectifs. Mais sommesnous obligés de voler publiquement pour vous?

Et à cette interrogation qu'il se posait à lui-môme, le président du Conseil s'abstenait de répondre. Il aiguillait alors vers des considérations ingénieuses :

— A quoi bon mettre l'Italie dans une situation diflicile? La France triomphait moralement : que ne se contentait-elle de ce résultat? A quoi bon voter? A quoi bon forcer à voter? Surtout sur cette question si épineuse de la police? Comme il serait plus habile de laisser finir la conférence sans conflit, sans rupture, et de compter sur le temps, ce grand médecin, qui travaillait pour la Russie, pour la France, pour tout le monde, sauf pour TAlle* magne !

Le baron Sonnino espérait-il que cette musique harmonieuse endormirait noire vigilance? C'est peu probable. En tout cas, nous ne pouvions lui en laisser l'illusion. Jamais, en signant les accords de 1900 et 1902, on n'avait hésité ni d'un côté ni de l'autre, à considérer qu'ils imposaient aux contractants l'obligation d'une aide mutuelle : la France devait favoriser le développement de l'influence italienne à Tripoli ; l'Italie devait favoriser le développement de l'influence française au Maroc. Déjà l'Italie avait éprouvé notre bonne volonté sur le terrain où nous lui avions promis de la lui témoigner. Nous comptions qu'elle nous paierait de retour en soutenant nos propositions. Et nous ne pouvions admettre aucune autre interprétation du contrat qui nous liait à elle.

En môme temps, avec un flegme impassible, M. Egerton pour-

1. Les entrcvue3 des ambassadeurs de France et d'Angleterre, qui vont être i*acontccs dans les pages qui suivent, avec le baron Sonnino et le comte Guicciardini, curonl liou les 2o, 26, 28 f«3vrier etl" mars.

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suivait ses manifeslations. Ou bien il posait des questions iniidieuses : élait-il vrai que le marquis ViscoQli-Veoosta eût rioleDtioii de s*abstenir? Cela produirait à Londres, et ailleurs, on fâcheux eiïet. Ou bien il donnait des avis positif» : si TltaUe ne volait pas, l'Angleterre éprouverait du déplaisiir et elle ne setait pas seule à ressentir cette impression. Le comte Guicciardini répétait toujours que le marquis Visconti-Venosta ferait ce que Im conseillait le respect de la foi jurée. Et, sans doute, eùt-il donné beaucoup pour que son plénipotentiaire reçàt seul les communications que l'Allemagne, la France et TAngleterre partageaient entre eux deux. Mais si fort qu*on affirmât que le marquis était libre de son action, personne ne négligeait d'agir sur le goavernemcnt italien, dontM. Visconti-Venosta n'était, après tout, que le représentant et le mandataire.

A Rome même, il y avait un petit cercle qai se prétendait dépositaire de la pensée secrète du délégué ilalieni et cpû, de temps à autre, mettait sa noie dans le concert. Un jour, une^ agence. annonça d'Algésiras que le marquis VisconËi-Venosta s'abstiendrait. Le Temps fit alors remarquer que « jusqu'à preuve du contraire, il élait impossible d'admettre que L'éminenb représentant de ritalie pût prendre une attitude aussi contcaire anx ii^éréts politiques et économiques de son pays ^ ». Sur quoi, la petite coterie romaine de dénoncer celte « attaque », de se plaindre amèrement que le concours donné à la France pu le marquis fût, en France même, si mal reconnu : colère imprudente,, puisque le Temps s'était contenté de se déclarer convaincu que M* Visconti- Venosta continuerait à mériter notre reconnaissaaeev Pour s'en assurer, nul n'était, au surplus, mieux placé que M. ftSvoil. Et lui seul pouvait être absolument fîxé. Tandis qu'en d'autres- eapitales une aide précieuse venait de nos ambassades à notre délégué, de Rome M. Barrère ne pouvait, par la force des choses, lui envoyer que des indications : et c'est l'action directe exercée à Algésicas qui déterminerait, en dernière analyse, l'attitude delà diplomatie italienne.

Madrid était plus net que Rome. L'incident du 19, le fléchissement passager de la délégation espagnole, la franche explication

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