‹ La conférence d'AlgésirasChapitre 157 sur 357 · IhUi.y page · texte numérisé non relu

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C'est à la conférence qu'il appartient, conformément à Taccord du S juillet, de déterminer les solutions.

C'était, dans des termes très modérés, affirmer que nous maintenions nos propositions antérieures quant à la nationalité des instructeurs et à la possibilité d'une surveillance, mais que nous entendions ne plus faire de ces propositions l'objet d'entretiens à deux, et en saisir la conférence. M. de Radowitz, qui depuis cinq jours manifestait à ses collègues de Russie et d'Italie le désir de recevoir notre réponse, marqua, lorsque M. Révoil la lui remit le lundi 26 février, de la satisfaction et de l'inquiétude : de la satisfaction, parce que, disait-il, notre note était conçue dans des termes conciliants etsoulignait notre adhésion au principe de l'égalité ; de l'inquiétude, parce qu'il se demandait s'il allait lui devenir impossible de s'entretenir, comme auparavant, avec son collègue français. C'étaient là deux sentiments aussi injustifiés l'un que l'autre. Rien ne pouvait empêcher M. de Radowitz de causer avec M. Révoil autant qu'il lui conviendrait. En revanche, notre adhésion à Tégalité commerciale, adhésion affirmée dès la première séance de la conférence, n'impliquait ni l'abandon des droits acquis que l'Allemagne prétendait en déduire, ni l'oubli de l'intérêt politique spécial qu'elle nous avait reconnu en 1903 et que, maintenant, elle contestait. M. Révoil eut soin d'ailleurs de préciser que notre réponse impliquait le refus de continuer les négociations directes. Malgré cela, dans ses entretiens avec ses collègues et bien que notre note du 26, comme nosprécédentes déclarations, n'abandonnât rien des principes affirmés par nous dès le premier jour, M. de Radowitz se déclara enchanté. Et M. deTattenbach fit comme lui. L'un et l'autre pensaient-ils que, par cette afi'eclalion de confiance, ils détourneraient les délégués d'accepter le débat public que nous réclamions? En voyant les plénipotentiaires allemands si convaincus de l'accord final, leurs collègues se demanderaientpeut-être si la discussion en séance n'allait pas gêner les pourparlers oflicicux. Et fortifiant de cette crainte leur commun désir d'éviter les responsabilités, ils accéderaient aux demandes d'ajournement que multipliait au même moment M. de Radowitz.

Lorsque, le 24 février, l'examen du questionnaire sur la banque avait été terminé en comité et que sir Arthur Nicolson avait pro-

posé la fixation de la séance prochaine au mardi 27, le délégué de l'Allemagne avait si nettement marqué ^on déplaisir, qu'aucune date ferme n'avait été arrêtée. Lorsque, le 27, M. White lui avait demandé d'accepter, pour le jeudi !•' mars, une séance publique consacrée à la banque, il avait dit non, quelques heures après avoir dit oui et, toujours en annonçant l'arrivée d'instructions, demandé qu'on attendît encore. Lorsque, le mercredi 28, le marquis Visconti-Venosta lui avait signalé que la conférence pouvait difûcilement passer une semaine entière sans siéger, il avait sollicité de nouveau un répit et prié qu'on ne se réunit pas avant le samedi 3 mars. Sa volonté de traîner les choses en longueur, soit pour user la résistance de la France et la patience des tiers, soit pour donner à la politique allemande la cohésion pratique dont elle avait été jusqu'alors dépourvue, était donc évidente. Cette évidence même nous imposait le devoir de ne pas nous prêter à ce jeu.

Mais à mesure qu'approchait l'heure du recours à la conférence, M. Révoil en apercevait mieux les risques et, tandis qu'à Paris on en voyait surtout les avantages, il en discernait les difOcultés. Tout d'abord, nous nous heurtions à une objection de forme que le comte Goluchowski ^ avait été le premier à formuler, mais qui servait trop bien la commodité des plénipotentiaires pour ne pas rencontrer dans leurs rangs de nombreux et chauds partisans. Dans une conférence, disait le ministre autrichien, on ne vote pas : et ce pour une raison bien simple, c'est que Tunanimité est requise. A quoi bon compter les voix pour et contre, du moment qu'une seule voix contre suffit à écarter les mesures proposées? Comment d'ailleurs provoquer des scrutins dans une assemblée où, de l'avis des principaux intéressés, il ne devait y avoir « ni vainqueurs ni vaincus»? Cette argumentation captieuse jouait visiblement sur les mots. Pour savoir si l'unanimité est acquise, il n'y a qu'un moyen : c'est de voter. Aussi bien, s'il est vrai que, dans les conférences, on ne procède pas d'ordinaire par scrutins proprement dits, on prend toujours l'avis des plénipotentiaires; et celte consultation équivaut pratiquement à un scrutin. Si l'on se reporte d'ailleurs aux précédents, on constate que, dans certains cas, les présidents de conférences ne se sont pas contentés

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